MOUTONNET, GUSTAVE DUVIVIER
MouTONpïET, à part. * Le fils de la victime!
GUSTAVE
Je vous prie de m'excuser, monsieur, niais ayant adressé trois télégrammes à mon père, depuis trois jours, et n'ayant pas reçu de réponse...
MOUTONNET, à part, â''un ton pénétré.
Le contraire seul m'aurait étonné. [Emt.) Il s'agissait donc d'une affaire bien importante?
GUSTAVE
Il s'agit d'une livraison de trente mille mètres de 4rap; pour les Pompes funèbres.
MOUTONNET, frùsonnant.
Pour ks Pompes,,.
GUSTAVE
Et je voulais m'entendre avec lui à ce sujet. MOUTONNET, à part.
Et dire qu'il sera peut-être enveloppé dans sa marcbandise!... [Il lui offre la^chaise de droite et passe derrière lui. Haut.) Vous vous occupez donc aussi de commerce?*' GUSTAVE. Il met son chapeau sur la table et prend lentement la chaise.
Que voulez-vous? les causes célèbres sont rares, et en attendant qu'il m'en tombe une du ciel, j'assiste mon père dans son industrie.
MOUTONNET
C'est très-bien, mon ami, c'est très-bien.
GUSTAVE, s'asseyant.
Mais dites-moi, momieur Moutonnet, mon père est toujours à Paris, n'est-ce pas? et chez vous?
MOUTONNET, prenant la chaise de gauche^ Oui ; mais, pour Hnstant...
* Gustave, Moutonnet.
** Moutonnet, Gustave.
GDSTATB.
Il est sorti?
xouTOHNET, B^osseyont.
Oui, il est... extrêmement sorti.
GUSTAVE
Mais il va, sans doute, rentrer?
MOCTONNET.
Oui, oui. {A part.) Je ne sais comment lui apprendre. (A part.) Ah, i*ai mon joint. (Haut.) Dites-moi, mon cher enfant, TOUS qui êtes avocat : quelle est votre opinion sur le duel?
GUSTAVE
Mon opinion!... mais il me semble <][u'il ne peut en exister qu'une seule, sur une infraction aussi scandaleuse à toutes les lois, divines est humaines I
MOUTONNET
Ah I vous trouvez que le duel. .. ?
GUSTAVE
Est-ce que vous seriez, par hasard, le partisan...?
MOUTONNET
Moi? grand Dieu! — mais, pourtant il est certains cas...
GUSTAVE
Non, monsieur! Le duel, c'est l'addition d'un crime à une faute quand on est Tagresseur. et l'addition d'une duperie à une injure quand on estl'oiiensé!
MOUTONNET, rt part.
Il parle bien. (Haut) Ma foi, j'avoue que je suis tout & fait de votre avis ! et Je trouve qu'on a bien raison de punir ces enragés qui, les armes à la main. ..
GUSTAVE, se levantj avec vimcité.
On ne les punit pas assez, monsieur l
MOUTONNET, avec force.
Non, monsieur!
GUSTAVE
Les témoins, surtout!
MOUTONNET, entraîné d'ahcrd.
Les témoins surt... Ah!... les...
GUSTAVE
Les témoins, qui, en réalité, sont les seuls et les vrais coupables!
MOUTONNET
Gonunent, les seuls coupables?
GUSTAVE
Oui, monsieur, les seuls! Et comment les punit-on, je vous le demande? d'un peu d'amende, et d'un peu de prison!
MOUTONNET
De prison?
GUSTAVE
Et en casy de blessare grave, seulement.
MOUTONNET, 86 levatlt
Oui— mais en cas de.r. de... de... de...
GUSTAVE
Ohl en cas de mort^ la peine augmente^ en proportion, naturellement.
MOUTONNET
Oui... mai?, dans une proportion... qui ne peut jamais s'élever très.;.
GUSTAVE^ se rasseyant.
Mon Dieu! tout dépend des circonstances. — Le silence de la loi assimilant, forcément^ le duel à un homicide vo« lontaire, avec préméditation...
MOUTONNET
Gomment, avec préméditation?...
GUSTAVE
Sans doute; {continuant) lorsqu'il y a eu, non-seule méat tentative de meurtre^ mais exécution^ les témoins sont considérés comme complices...
MOUTONNET, fléchissant.
Complices I
GUSTAVE
Et le Jury...
MOUTONNET
Le jury!
GUSTAVE, achevant.
Peut leur appliquer les peines les plus graves. Et son seul tort, si sévère qu'il soit aujourd'hui, c est de ne l'être jamais assez ! (Il reporte la chaise à droite,)
MOUTONNET, tombant anéanti dans le fauteuil, £h ben, ça va bieni
GUSTAVE, soudainement et revenant i Moutonnet, Ah ! je dois reconnaître qu'il est un cas où le jury...
MOUTONNET, respirant un peu, Ahl
GUSTAVE, finissant sa phrase.
Est toujours sans pitié.
MOUTONNET
C'est?...
GUSTAVE
C'est lors que le duel a eu lieu dans un endroit entouré de haies ou de fossés I
MOUTONNET^ Se souievont à demi.
Et quand c'est un mur?
GUSTAVE
Ohl quand c'est un mur, c'est le bouquet! (Moutonnet
tombe à la renverse en entraînant son fauteuil dans sa chute. Gustave le relevant,) Mais qu'avez-vous donc, monsieur, Moiitonnet?
MODTONNET.
Rien, mon ami, je n'ai rien. (A part.) G^estle bouquet!
GUSTAVE
Vous ne vous êtes pas blessé?
MODTONKET,
Non,* au contraire.
GUSTAVE, allant prendre son cJiapemu
Allons, puisque mon père ne rentre pas, je vous laisf e ; j« leviendrai plus tard ; ai revoir, monsieur Moutonnct, au revoir. {Gustave salue et sort )