SCÈNE X
Le» Mêmes^ SOPHIE. Elle entre d'un air tragique; elle tend en silence à Moutonnet deux lettres,
MODTONNET, s^ arrêtant.
QaVst-ce que c'est que ça?
SOPHIE, avec ironie.
Votre courrier, monsieur I
MOUTONNET
C'est bien. Je lirai çi plus tard.
SOPHIE
Tout de suite, monsieur, (b'un ton sinistre.) Il y a une réponse.
MOUTONNET, avec impaticHce.
Allons I
DuviviER, à part.
Ces retards m'inquiètent. (Il gagne la droite.) MOUTONNET, ttu milieu du théâtre, après avoir parcouru des yeux la lettre que sa femme lui a remise.
Ah I de mon capitaine ! (Lisant.) • Nous ne saurions admettre aux honneurs de Tcpaulette un homme qui se fait un pareil jeu de la morale et de la loi. » Eh bien I elle est bonne celle-là I... quand c'est justement une des raisons qui m'ont décidé... Enfin, je m'en passerai, je... (Duvivier s'asseoit à droite,)
SOPHIE, montrant la seconde lettre.
Vous ne m'aviez pas dit que ce duel avait été aussi une partie de plaisir.
MOUTONNET, confondu.
Une partie de plaisir ?
SOPHIE
Une petite orgie de la Régence !
MOUTONNET
Uneorg...?
SOPHIE, Vinterrompant.
Oh ! voici le menu de la fête et rien n'y manque ! (Lisons.) « Dévastation d'un jardin, pour la confection d'un bouquet.— Cinq cents francs. »
MOUTONNET
Oui, mais c^est le sapeur qui...
LEscAROLj descendant à lui.
Mais c*ëtait pour vous^ monsieur Soatonnet, à l'occasion de votre fête.
SOPHIE, continuant • Feu d'artifice et incendie d'une serre à la suite, i» comme Néron I
MOUTONNET
Cesi toujours le sapeur qui...
SOPHIE, achevant. Et, enfin, défoncement de tonneau, monsieur Moutonnet! défoncementide tonneau !
LESCAKOL.
Ah! ça, c'est vous, mon petit pèrel {Il remonte,)
MOUTONNET
Oui, ça c'est moi; mais ce n'était pas du vin qu'il y avait dedans, c'était...
soï»HiE, avec ironie.
De l'eau, n'est-xe pas ?
MODTONNET, grelottant.
Et de l'eau fraîche encore î
SOPHIE
Eh bien, l'eau coûte cher à la Varenne, car voici le montant de la note. {Elle la lui passe.)
MODTONNET, sc récHant, Comment? (A part.) Mais au fait, je n'ai pas le temps de marchander, moi. (Haut.) Eh bien, c'est bon^ on payera ! et je vais...
ouviviBR, se levant et venant à Moutonnet.
Et mes trente mille francs?
MOirroNNET, il porte la main à sa poche.
Ah! j'oublie toujours que c'est lui qui a... {Il désigne Duvivier du geste, s'approche de lui et lui tàte le dos.)
ODVIVIER.
Qu'est-ce qu'il a donc?
MOUTONNET, vitc, mais avec douceur.
Je ne sens rien. Déshabille-toi, mon ami.
DUVIVIER
Comment, que je...? *
LESCAROL, venant à lui, à droite.
Allons, déshabillez- vous, puisqu*oti vous le dit. MOUTONNET, toujours impassible.
Oui, elle aura glissé, et je te prie de...
DUVIVIER
Qui?..« quoi?... qui aura glissé?
MOUTONNET, toujours du mémc ton.
Ma clef, mon ami.
DCVIVIER.
Ta clef? mais quelle clef?
MOUTONNET
La clef de ma caisse, que je t'ai fourrée dans le dos, pour arrêter le sang, et dont j'ai besoin pour...
DU VIVIER
Ahl je comprends ! c'est une défaite pour ne pas me rembourser.
MOUTONNET
Puisque l'argent est )à... il ne s'envolera pas! mais pourvoyoos d'abord à notre sûreté.
DUVIVIER
Comment notre sûreté?
MOUTONNET
Tu es vivant, toi!... j'en : uls bîen aise; mais Saint-Romain?...
ALFRED, descendant entre Moutonnet et Duvivier,
Saint-Romain? tû&is il déjeuae avec Dubaiége depuis vingt-quatre heures! Et je vous somme de tenir la promesse,..
MOUTONNET
Il déjeune? Eh bien, prouve-moi ça d'abord, et alors...