‹ Les triomphes de l'abbaye des ConardsChapitre 21 sur 59 · REQUESTE · texte numérisé non relu

REQUESTE

Prosentéc à Monsieur Aubert, Lieutenant de Monsieur le Bailli f de Rouen, pour obtenir privilège leur imprimer ce recueil.

A Monseigneur monsieur le Lieutenant Aubert, le gras conseil des Couards. D. S.

Vous n'ignorez, monsieur, que nos hauts jours Approchent fort, et que pour esmouvoir Nos bons suppôts, tant les frisques que lourds Il faut ces jours à l'csmeute pourvoir. Or, Monseigneur, combien que pour tout voir L abbé ne fut de vous onc esconduit, Si requiert-il ce qui fut fait et dit En l'an passe imprimer en son nom.

Par ce moyen haussera son crédit Et des Couards le haut bruit et renom.

Response de la requeste faite par Monsieur le Lieutenant, le mercredy 18, jour de janvier 1541.

SUBSC R IPTION.

Va tost, dizain, porte ce privilège

Au bon abbé et à tout son collège :

« Veué par nous des Couards la requeste,

Avons permis, voulu et accordé

Faire imprimer, sans en faire autre enqueste,

Leurs faits et dits comme il est recorde ,

Et outre (avons), le tout bien regardé,

Expressément enjoint et deffendu

A totues gens qu'il en soit nul vendu,

Sinon de ceux cachetez du cachet

Du père abbé, ce point bien entendu,

Sur peine à eux de passer le guichet. »

Ainsi signé : Aubert, un paraphe, avec Rogere, greffier, commis au bailliage.

L'ACTEUR PARLE AINSL

FRATi'.Es, le dimanche pénultième jour ele janvier 1540 nostre resveur en décime abbé des Couards, avec partie de son gras conseil, assemblé en certain conclave, après avoir desjeuné et estre remplis de l'expression bachique, conclud et proposa pour le commencement de ses hauts jours fair une chevauchée, qu'il a de coustume faire annuellement à Saint Julien, qui est un prieuré do chacun sexe, situé loing de la ville de Rouen , environ quatre stades neuf pieds (juatre poulces six lignes et demie, mesure d'abbé.

Mais pour ce que, par ordonnance ou défense faite par la police si vile, l'on ne pouvoit, sans danger d'amende ou de prison, faire sonner tabourins, fleustes, phiffres, trompes, trompettes, cimbales, cornemuses, vielles, ca-

rivary, haulsbois,rebecquets, bourdons, violons, harpes, loures, sourdes, orgues, timpans, pippels, cornets, tant de veneurs que de bergers, chilburnies, bassins de jongleur estevez en l'air avec deux basions, et généralement tous instruments de musique ou representans son de mélodie, estoyent si defl'enduset abolis qu'il n'estoit mémoire d'aucune risée publique. Toutesfois l'abbé , lequel n'a supérieur, n'eust aucun regard à telle ridicule ordonnance, considéré que tels sons sont les timbres et cloches du couvent, ce neantmoins aucuns niais pusillanimes et trop timides ne voulurent rompre tel edit et statut, et ne voulurent permettre qu'il y eust aucun tabourin, fleuste ni trompe; mais se transportèrent audit lieu de Saint Julien avec l'abbé, cardinaux et autres officiers, prélats de l'abbaye, jusques au nombre de XXVI mil six cens soixante six personnes, tant à pied qu'achevai, audit lieu, siu" une moyenne motte. Et estoit illec propre pour le sieur abbé et son conseil, un grand pavillon, tel que celuy que Perceforest avoit fait pour le tournoy, assis entre Sidrach et Tantalon; auquel pavillon le sieur abbé list appeler les subjels et vassaux, dependans de la fievrie de son abbaye, tant de

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robbe courte que de robbe long-ue, lesquels comparent tous, fors le noble cardinal de l'Estrille, le^iuel pour sa nonincomparence, fut suspendu et cassé pour neuf ans , et pour ce aussi qu'il fut chargé d'aucun cas assez maisgres à dire.

Les appeaux faits, se présentèrent illec plusieurs poursuivans et pretendans aux offices, ou bénéfices de l'abbaye vacantes souvent, ou par incapacité, simonie et tromperie, que par decés ou autre manière permise en droit.

Le sieur de Montalinas, baron de Moulineaux, prothomeusnierde l'abbaye, homme de gros et vif entendement à deffier nos pousches, chez luy fist remonstrer par un des orateurs du gras conseil, ses cjualitoz et bon vouloir au bénéfice commun de l'abbaye, requérant pour aucunement le rémunérer des services par luy faits, et qu'il esperoit faire au sieur abbé et au couvent, luy estre présenté un chappeau de cardinal à prix raisonnable. Geste requeste fust sur le champ mise au conseil et promptement accordée, par l'advis de la plus grande partie du conseil, à la charge, pour contenter quelques compétiteurs qu'il avoit, que pour estre du moule des gros cardinaux, il mangeroit trois fois la sepmaine

des febves cuittes et autant de fois force rabes de Limosin ou de Glyon, combien qu'il eust quel({ue commencement de pance levée et joue soufflée, ce qu'il promist tenir. Et amsi fut créé cardinal septantieme au tiltre de', oyauté, et luy fut délivré le chappeau avec l'habit enfariné, et monté sur un asne de mesmes, laquelle estoit assez instruicte à le conduire à son diocèse de Moulin. Ce fait, le sieur abbé fist une petite reveuo de ses novices et commanda délivrer les bulles audit cardinal en patent, le tout en payant, afin de publier à l'entrée de la ville lesdites bulles. Le sieur abbé et son conseil, avec leur suitte, se mirent de retour, et eux arrivez aux fauxbourg's Saint-Sever, se trouvèrent cent trente-deux fallots tlambans et autant qu'ils ne flamboyent. Trouvèrent aussi deux chariots, dedans lesquels y avoit des fougons pleins de feu de grand resplendeur. Autour desdits fougons, personnages accoustrez à la mode nécessaire. Le menu peuple estoit là, attendant la seigneurie de l'abbé, avec tartcvelles ou cresserelles, desquelles les petits enfans sonnent ténèbres la semaine de Pasques; ils faisoyent plus de bruyt que ne fist l'artillerie des Grecs à la prinse de Troye.

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Les clievaucheurs du train du sieur abbé portoyent pendu au bonnet, chacun un petit bedon louchant à l'aureillo, Avoyent aussi force sifflets de terre et bois, dont ils faisoyent une mélodie diableuse, et vrayement les sieurs abbé et cardinaux en estoyent fort regaudis. En telle simphonie et train, cheminèrent jusques au bout du pont, auquel lieu par le lecteur du couvent, fut pul)lié et fait lecture du patent de la création du sieur cardinal de Montalinas, lequel tenoit assez bomie morgue, de laquelle bulle la teneur ensuit.

PROVISrO CARDIXALATUS ROTHOMACxEXSIS JL'LIA- NEXSIS LU. MASE XOTIS BANQUEROU.

Paticherptissime pater abba.s Conardorum et inconardonim ex quacumqne natione vel crencratione sint aut facrint, dilecto nostro filio naturali, et illégitime Jacobo a Montalinasio salutem et sinistram bcnedictionem. Tua talis qualis vita et sancta reputatio cujn bonis scrvitiis, enterramentis.ac obsequiis que olim nobis et cathedra^ nostrie perforatœ fecisti, et quod diffidimus quod postea faciès secundum indolem adolescentiœ ac sapientipe tiue in Conardicis actibus. luduxerunt nos erga te ad cxercendum omnem favorem et pinguedinem, cum ita sitquod antea etdepost nostram erectionem vacaverint dignitates mvdt^e per vendltionem, trompationem. incapacitatem. indispositionem, aut abc quovismodo : tamen

non potuimus te çratificare, et ad amorem sine odio ad nos atyrare. pro vendendo tibi soli ullam dignam indignitatem, nisi hodie cum exerceremus pics usus creavimus te cardinalem septuasresimum sub titulo legalitatis, cum suis usufructilîus pro vita tua in omni sacculo ubi erunt orania leguminaet frumenti gênera sicut sunt triticum, siligo, ordeum, avena, orobum. pisa. fabœ, cicera. lentes, orisa, et quœ omnia et singula poteris habere obtinercque pcr vim dicti tituli, et omnibus aliis rcvenutis et emonumentis in molendinario tuo de omnibus his chanonice provoyantes.

Ayando singulare regardaculum ad grandos'acceptabiles et servitiorum labores, maxime pro mummis argenteis de te per nos pro porgameno percipiendis. Ad qualem titulum 1 egalitatis expectam et volumus quod sis in illa provisu, ot per nostras prosentes bas literas nos te providimus. Non obstante quod nos invenissomus achaptatorem qui eam indignitatem a nobis emisisset plus de undecim ducatis quam tu, non obstantibus etiam regulis cancelaria), privilegiis. statutis, vel quibuscunquc ceremoniis et constitutionibus abbatialibus. etc. Quo circa mandam ad amicos, et iDenefactoi'es nostros qui ex boc seculo transierunt. vel ti-ansituri sunt, tam ad cardinales et ad patriarcharum cuneos quam ad pscudo prophctas vel vcredicos nostros quatenus haloeant te ponere, statucre, instalare, et investire,tam in choro, chordis et organo quam in cymbalis benesonantibus faciantque te jocundari ex ludere de li])ertatibus, franchisis, et circunstantus ab omnes saccos annexis generalibus ad hœc dependentibus et deputatis

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acl causnm dignitatis dicti tituli. Vœnundatum in tentorio nostro prope sanctum Julianuin sub annulo pcccatoris, anno pontitlcatus nostri. VI. kalon. fa])acoarum, hora vero noctis. XVII. more Conardorum computando.

Et au dessoubs estoit escript: concessum, avec un merc ou caractère crossu comme un pannier.

De l'autre coLc y avoit: Diharola. Et du chiffre avec un grand vieil registrata d'abbé.

Geste lecture fut de grand esbahissement au menu peuple, considéré que l'on n'avoit encores jatnais expédié rien en latin, en la court de l'abbé, et en sourdit grand murmure ; mais cela se passa devant que le sieur abbé et son conseil eussent soupe à VAgniis Dei, ou illec fut délibéré, envoyer aucun du gras conseil, avec quelque lettre de crédit, par devers les sieurs du sénat, pour délibérer de quelques doubtes. Ce qui fut fait par l'un d'entre eux, de laquelle lettre et requeste la teneur suit.

Dix jours après la publication de ladite bulle, le cardinal prédit fut, par un quidam ignorant de son pouvoir, reprins d'avoir prins d'une moulture deux sacs; mais il perdit sa cause du premier coup.

COPIE DE LA LETTRE OU EPISTRE Présentée à nos sieurs de la court de Parlement.

SUBSCRPTION.

Le gras conseil des Conards et l'abbé De vous, nossieurs, prétendent le jubé.

En revoluant ces hauts jours les escrits Des anciens, ô nos pères conscripts!

Nous avons leu de Socrates un fait Dont desirons vous célébrer l'effet.

Socrates, plein d'incredible science.

Faisant lecture à tous de sapience:

Un beau miroër tenoit en son cstude Où tout disciple, avec mansuétude Instruit de luy, par foy estoit tenu Soy spéculer, ou vestu. ou tout nud, Afin de veoir si en son corps nature Avoit failly ou fourni dornature, Ou spéculer selon géométrie Du corps la forme et bonne cymetrie.

Quand l'un voyoit en son corps élégance. Lors il l'aornoit de vertu et prestance, Fit s'excitoit de grâce le munir.

Afin de l'ame avec le corps unir.

Si qu'on ne vist noircir la pulchritude Du corps par l'ame en vice ou turpitude.

Si à un autre il estoit manifeste Par le miroër aucun membre infeste.

Ou bien difforme, ou du tout inutile, Le bon Socrate, avec raison subtile^ Le concitoit à estre studieux.

Prudent, facond, beninsr, industrieux.

DE L'/^BB.VYE des CONArtDS 13

Sobre, constant, diligent, équitable, Humain en faits et on dits véritable ; Ce qu'il iaisoit afin de reparer Ce que nature avoit nie parer.

Jurisconsulte, ce mirocr socratique, L'abbé, ces' jours, le veut mettre en pratique ; ^lais, co^noissant de vous l'intégrité, Clémence et foy, force et sincérité, Avons voulu tresbien considérer Que nous devions tel cas délibérer Avccqucs vous. Pour quoy, donnez conseil, Comme pour vous ferions en cas pareil.

Outre, donnez licence ces hauts jours De triompher en phiffres et tabovu's Et confermez l'ancienne coustumc, Afin qu'aucun insolent ne présume Troubler Conards. car. nossieurs, maint novice Craint d'acquérir de rigueur la justice; Vovis permettez, jouxte aussi nos requestes. Jouer nos jeux comme bons et honnestes.

Escrit ce jour en l'estude nathée, Presens Mimi et dame Galathée.

Ainsi signé, nossieurs, je vous promets: Hélas! bon temps, reviendras-tu jamais?

Et au dessoubs estoit escrit : Nid féal n\ny hay, qui est le nom tourné du facteur. Et au plus bas ce qui ensuit :

Au procureur gênerai du Roy soit monstre la présente. Fait en Parlement, le vnj. jour de février m. d. c. xl.

LKS TRIOMPHES

Ce qui fut fait par les commissaires à ce députez, par l'abbé et son conseil, et leur fut rendue par ledit procureur gênerai du roy, ainsi soubscripte :

Guy le procureur général du Roy, sont les supplians permis faire et jouer en la manière accoustuméc, pourveu qu'ils ne commettent aucun excès, force ou exaction, et qu'ils n'aillent en masque de nuict, et ce pour le dimenche, lundy et mardy gras seulement. Fait en Parlement, le x. jour de février mil cinq cens XL.

Ladite responce; apportée au conseil du sieur abbé, ne leur fut grandement aggreable pour la dénégation de la masque de nuict, ce qui est plus occasion de provocquer maint jeune Couard, à comparer en bon esquipage, à la monstre du sieur abbé, qu'autre liberté que l'on aye. Pourquoy fut délibéré ne faire aucune chose pour l'année on la ville de Rouen, maisàFescampouSaint-Gervais. Telle conclusion venue à la cognoissance de Jacques Syreulde, bon Conard et jadis bel huissier en ladite court, comme vray protecteur des risées communes, présenta à ladite court le dizain qui ensuit:

DE L ABIJAYE DES C 0 N A It U S la

A Nossieurs de la court de Rouen, Honneur, et mieux, le bon jour et bon an.

Requiert l'abbé, son conseil et suppôts, Que conformez l'ordonnance dernière, Ou autrement ils vont mettre en des pots, Au plus offrant, crosse, mittrc et bannière. Parquoy, nossieurs, la monstre tant planiere Ne permettez abolir et casser ; Mais jours et nuicts les veuillez dispenser Masques porter d'invention nouvelle.

En ce faisant vous le verrez passer Sur beaux chariots en mémoire immortelle.

Signé : LE GRAS CONSEIL.

Au dessoubs dudit dizain estoit la responce de ladite court, comme ensuit:

Permis vous est, souffert et toléré.

Gros père abbé, vos barons et marquis, Aller masqué, triomphant, phaleré, Les jours et nuicts en triomphes exquis ; Phiiïres. tabours, charrios, îlambars requis, Ne soyent en riens par aucuns empeschez ; Sans faire mal qu'après n'en soit enquis, En gloire et paix vos actes depcschcz.

Fait par la Court en tranquille séjour, L'an mil cinq cens quarante ce matin.

Mois de febvricr vingt et unième jour, En vers françois retirez du latin.

Geste responce de ladite court fut recueillie par ledit Conard et apportée au greffe de l'abbé, lequel lîst assembler le conseil et tous d'un accord délibérèrent la monstre. Et pour

plustot esmouvoii' novices du couvent, fut publié par les carrefours de la ville de Rouen, à son de labours, et trompe, et phiffres, lesdites requestes subscriptes, en la compagnie de quarante trois ou quarante quatre cheveaux seulement et autant de falots. Semblablement fut leu par ledit lecteur de l'abbaye, une semonce ou convocation generalle, pour faire l'assemblée au dimenche gras accoustumé, de laquelle convocation ou semonce la teneur ensuit:

CONVOCATION CONARDE.

Sortez, Conards, sortez des cachez lieux. Pour plus qu'antan "faire de bien en mieux : Laissez banquets, manger, boire et repos. Pour plus qu'ar.tan vous monstrer bons suppôts, Et affectez l'honneur de Couardie Pour relever le bruit de Normendie.

Dimenche gras venez baguez, pasquez, flasquez Avec l'abbé, brouillez, cachez, masquez, Soyez féaux, mettez-vous en devoir, N'ignorez point de l'abbé le pouvoir :

Car la grand Court nous authorise pn tout, Masques porter jour et nuict jusque au bout ; Le Roy le veut, l'entend et le permet. Plus nostre abbé, plus que jamais promet, Et à la fin de mieux vous asseurer :

Faites paix-là et oyez référer L'octroy de Court permis du Roy aussi.

Pour vous oster de crainte et de soucy.

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Geste criée de convocation faite, la lecture des requestes et expéditions de la court de parlement, leuës ainsi qu'ils sont cy devant escrites:

Le mardi, xxij. jour du mois de février, le sieur abbé et son conseil assemblèrent, pour ce qu'il n'y avoit aucune apparence de compagnies, lîst derechef publier par tous les carefours de la ville, avec falots, pbiffres, labours et bon nombre de Conard masquez et habillez assez galentement et montez sur bons coursiers, lesquels faisoyent compagnie au lecteur du couvent, qui feit lecture de la ballade qui ensuit.

ballade.

Puisque l.a Court royale et souveraine, Soubs qui l'abbé sans rompre doit ployer, Garde le droit et grâce primeraine.

De Conardie et se veut employer,

Doibt pas l'abbé son guidon desploy'cr Son auriflnmme en tabours et alarmes, Pour ennemis tous pi'ovocqucr à larmes, Lesquels jadis songèrent nous troubler : Mais tant y a que leur chair peu hardie Feit aux haults jours en honneur redoubler Triomphe et bruit en dame Conardie.

Masque endormie en ce jour est certaine Qu'il marchera sans en rien desvoyer,

Dimcnche gras jusqu'au pont Taritaine.

Par le patent qu'il a pieu envoyer.

L'arrest donné, plus n'y faut renvoyer, Sinon qu'aux jours limitez et aux termes Viennent Couards et cornus en bons termes Au vieil palais cedit jour assembler.

Et fussent-ils d'Espaigne ou Lombardie, Pour à plusieurs le faire bon sembler Triomphe et bruit en dame Conardie.

Soyent exilez en région loingtaine Ceux qu'on devroit pendre, non pas noyer, Soyent tous suppôts en puissance hautaine De leur mérite attendans le loyer.

Soyent mesdisans jusques au larmoyer, Vains et confus, débiles et enfermes, Soyent vrays Conards asseurez et tous fermes Soyent malveillans remis jusqu'au trembler, Et leur puissance, en tout abastardie.

Soit en tous lieux pour nos plaisirs combler Triomphe et bruit en dame Conardie.

Nostre prélat qu'on ne peut dénigrer, Ne son conseil par farce ou comédie.

Ce j our vous veut en tout réintégrer Triomphe et bruit en dame Conardie.

Le xxiiij. jour dudit mois, ledit sieur abbé assembla, par manière de concile, tous ou la plus grande partie des sieurs de sa monarchie, tant la spiritualité que temporalité, tant ses officiers domestiques que sauvages. Lesquels assemblez en lieu i)ublic et coni-

DE I, A nn A Y K D E s n 0 N A n n s I '.)

mnn, tous assis selon leurs iniquilez, deinniulerenl la cause de leur mandement, ausqucls, par le chancelier de l'abbaye, fut sommairement, par le commandement de l'abbé, respondu ([ue leur bon al)bé, pour le renom ({u'il avoit, ne pouvoit satisfaire à l'entretenemciit de Testât de sa personne, et fournir aux grosses et lourdes despenses qui se font es hauts jours. Mesmes et considéré les derniers, qu'il luy cousle à deffrayer plusieurs seigneuries, communautés, colonies et autres princes particuliers, ausquels pour les pacifier et tenir en amitié et aliance pour paye, par pensions et apointements, plus de six ou sept mil llorins au monde, par chacun an ou au dessouz, ce qui est cause que depuis trois ou quatre ans en çà n'a esté mémoire d'aucune rébellion, esmotion ou sédition populaire. Remonstrant aussi qu'à ces despens communs, les survenans en ces chapitres estoyent tous quittes pour dire proficint, et s'en alloyent barbe rase au pied ferrât. Pourquoy demandoit à toutes ces choses leur opinion et advis.

Ce propos fini, s'approchèrent tous l'un de l'autre et esleurent pour recueillir leur advis, le sieur Guillot Langevin, lequel lîst

retirer les robbes longues à part, et eux avec lui barbotèrent assez longuement ensemble ; mais je ne sçay qu'ils disoyent. Autant en fîst ledit sieur Guillot avec les robbes courtes, et puis fist son refert au chancelier.

Ainsi, seigneur, dit-il, nous tous avons approuvé grandement la prudence et providence du sieur abbé, afin qu'il este toute crainte d'avoir faute d'argent, nous et nos biens sont à luy, pour subvenir à la chose publique, à la condition qu'il ne pourra thésauriser plus de vingt sols ensemble. Au reste, pourra, pour l'entretenement de son tinel, lever quelquefois aucunes amendes sur les délinquans à l'ordonnance couarde dernièrement faite, afin de ne prétendre ignorance ; c'est mon advis qu'ils soyent publiez ce jourd'huy. Ledit sieur abbé et son chancelier se contentèrent de ceste response, avec ce que le chancelier remonstra au sieur abbé qu'il ne demonstrast aucun signe d'avarice car, dit-il^ cela est odieux aux Cunards, principalement depuis que les abbez commencent à vieillir.

Ainsi fut ordonné la publication de l'ordonnance, laquelle fut faite en grande et notable compagnie ce jour mesme.

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Cy ensuivent les ordonnances Conardes publiez à Rouen, le xxij. jour de février 1541 :

Guillaume, abbé des Conards par milliers, A nos amez et féaux conseillers Tonans les gens de Paris et Bordeaux, A nos huissiers, nos sergcns et bedeaux, Baillifs, Prévôts de la machine ronde, Et mesmc à tous les Conards de ce monde, Saints, ducats de Castille à deux testes, Et rides force aux grosses vieilles bestes.

Sçavoir faisons qu'avec le gras conseil, Avons ces jours, fait edit nomparcil Pour abolir la longueur des procès, Toutes erreurs, abbus, faveurs, excès.

Et tous tels cas, afin de nos suppôts Tenir en paix amitié et repos.

Et statué par loy et ordonnance A l'observer sans aucune ignorance; Comme coustume en ce païs on garde, Faites garder l'ordonnance Couarde.

POUR LE DOMAINE FOUREUX DE L'aBBÉ.

Pour nostre foureux domaine, Le porc, truye et le ver Pourront la foure lever Jusques au pont Taritaine.

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