POUR LES BROUILLONS DE BOISSONS
Tous sophistiqueurs de boissons, De quelques droits qu'ils soyent munis, Comme ennemis seront punis Ou comme donneurs de poisons.
Si enjoignons (Conards) et ordonnons, A tous nos féaux supposts et compagnons, Ceste ordonnance au long exécuter Sans autrement encontre disputer.
Outre voulons, sur peine d'avoir l'ire, De nous, l'abbé, partout les faire lire Et publier, afin de poinct en poinct Les observer. Mais quoy, n'y faillez point, Selon qu'ils sont en leur forme et teneur, Si autrement il vous viendra malheur.
Donné ce jour en la maison publique, Par nous et eux, le tout en voye oblique, ,L'an mil cinq cens quarante, de février Vingt et deuxième, ainsi signé: l'ouvrier.
Ces ordonnances, publiées au veu et sceu de tous Conards, donnèrent quelque terreur au commencement aux facilles à effriter ; mais petit à petit s'asseurerent par accom-
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plir et garder les articles de l'ordonnance ; bien leur en print, car l'on ne leur promettoit pas nielles blecques, dont l'abbé s'est trouvé bien trompé toutes fois, car il pensoit avoir force grosses amendes et autant pour le brodeur.
Le samedi xxvj. jour dudit mois, veille du dimenche gras, qui est le grand, gros, gras, haut et magnifique jour de nostre dit sieur abbé, fust par luy envoyé le sergent à masse, accompagné de huit vingts neuf gens à cheval masquez, à compter les portefalots, tabours et phiffres, faire une criée par la ville, telle qui ensuyt :
De par l'abbc tenant ce jour cliapilrc Lt les suppôts de la Crosse et du Mittre
Considéré de nos suppôts le nombre Qui se dispose et prépare soubs umbre Do la licence octroyée et donnée De par la Cour, et par nous ordonnée,
Vûulans ces jours par vray et Couard zèle, Tant au gentil dame que damoiselle, Donner plaisir, est dit que le grand jour Commencera pour triompher autour Demain midi ou plus tost, non plus tard. Outre, l'abbé nostre prince Couard, Veut et vous prie estre preste à dix heures, Si vous n'avez opinions meilleures.
Que vos fallots, phiffres^ tabours et trompes Soyent esquippez en triomphes et pompes,
Si que chacun nous face obstention Des cas Conards, en l'obstentation Du pcre abbé, pour en forme estre mis Et déclarez obstant aucuns amis.
Fait au conseil logé au bois Saint-Georges, Présent labbé, lequel trempoit sa gorge. Ainsi signé : Regnaud tirelardon La tantirely mirely guodon.
Geste criée faite, il estoit heure de soupper, pourquoy fut l'eau corner pour laver. Environ le dessert, arrivèrent plusieurs postes, courriers, hérauts, légats, ambassadeurs et messagers, les uns s'adressant aux maistres des requestes, autres aux cardinaux et gens du prieuré conseil, lesquels mirent tant de nouveaux cas en avant que l'on ne sçavoit ausquels entendre. De vray, s'estoit un desordre que de donner audience à tant de survenans, qu'il n'ensuivit que confusion, tout fut renvoyé jusques au mardi gras. Et adieu jusqu'à demain.
Le dimenche gras, sur le midi, se trouvèrent au vieil palais de ladite ville de Rouen, place dédiée à faire telles assemblez, ledit sieur abbé, avec ses resveurs en decimes cardinaux, patriarches, chanceliers, protonotaires et autres du collège, accompagnez des neuf vices du couvent, au nom-
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bre de xxiiij ou xxv. cens personnes, accous- Irez et masquez de si diverses sortes, et conduits d'une si haute gaine, qu'impossible est faire mieux sans art d'ennemy. G'estoit un miracle de vin que de voir leur ordre, pourquoy le collège des cardinaux retenu. L'on fist marcher, pour servir de parade, lesdits neuf vices tout devant avec leurs falots, trompettes, tabours, portemesches et le bagage à l'enseigne.
Derrière ce menu fretin, marchoit un vieil homme monté sur un asne, jambes et bras nuds, accoustré mincement, et sembloit un fantôme, et tenoit en sa main une teste de mort, et donnoit oîi il vouloit, en plusieurs endroits, un dizain escrit à la main dont la teneur suit :
DIZAIN
En la saison des Conards où nous sommes, Vérité dort, ou cU' n'ose parler.
Les foibles ont les plus pesantes sommes, Trahison va par la terre et par l'air. Raison n'a lieu où ar,2-cnt veut aller. Marchandise est proche du cj'metiere, La foy on cache et ne se monstre entière, Envie court, on y adjouste Foy; Faveur conduit comme ell' veut la matière, Ainsi tout va contre la droite loy.
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Après ce personnage suivait un grande bande, laquelle portoit marchandise ensepulturer en pompe funèbre, ainsi qu'il ensuit :