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leurs, domestiques de la maison de marchandise, ayans chacun un gros clarain ou clocliette, dont ils sonnoyent conlinucllement, ayans chacun escrit derrière leur dos : Pauvre commun.
Trente-six jeunes enfans orphelins, revestus et accoustrez de semblable parure, marchoyent deux à deux, portans chacun un cierge de quatre livres pièce, et derrière eux un personnage, monté sur une muUe houssée et enharnachée en deuil, lequel personnage portoit un gros cierge de dix livres. Au cierge estoit attaché, au lieu des armoiries accoustumez de pendre aux cierges de funèbres, un escompartiment ou estoit escrit sur un champ d'or en lettre d'argent, 7^ République.
Marchoit après une litière de noir, semée de larmes blanches, couverte, en laquelle estoit escrit, tant devant que derrière : Marchandise. Geste littiere, portée par deux gros chevaux couverts d'attrapeures noires semées de larmes blanches, sur lesquels estoyent montez deux pages accoustrez comme dessus ; l'un avoit une bannière ou estoit escrit : Avarice, l'autre une autre bannière ou estoit escrit : Malheur.
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A l'environ de ladite lictiere marchoyent les maistres d'hostel, jusques au nombre de six, montez sur gros coursiers couverts de semblables attrapeures. Les maistres d'hostel, vestus comme dessus, et portoyent chacun une bannière.
En la première enseigne estoyent figurez un noble et deux ss qui faisoyent noblesse ;
En la seconde estoit l'Eglise, et y avoit une église painte renversée ;
En la tierce bannière estoit peint : Labeur, tenant un fléau et une charrue auprès de luy;
En la quarte bannière y avoit force argent espandu et de la vaisselle d'argent ;
En la cinquième estoit paint un homme ayant force bources à ses pieds, lequel s'appeloit : Crédit;
En la sixième estoit paint : Trafique^ et y estoyent deux hommes melancholiques.
Les pensionnaires de la maison de Marchandise marchoyent après, vestus tous en babelou, ayans tous chacun leur nom escrit sur l'espaule, et marchoyent deux à deux ; ainsi, Perte et Peine alloient ensemble, et lessuivoyent Soucy, Hazard, Hardiesse, Dissimulation, Crainte , Ennuy , MelanchoUe ,
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Faux, Semblant, Invention, Infidélité, Abjection, Anxiété, Desespoir, Rapine, Ruine, Pcril, Enlreprinze, Deftiance, Asseurance et Tromperie faisoit le derrière, ainsi qu'un doyen à la procession.
Geste bende estoit suivie par un chariot carré garny et revestu de noir, tiré par trois chevaux d'une mesme pareure, couvers de larmes blanches, sur lequel chariot esloit assis un personnage nommé Espoir, et tenoit en sa main une espoire ou sphère d'or, et estoit veslu de satin blanc et vert, ayant une masque riante et joyeuse, lequel personnage bailloit en chacun carrefour de la ville le dizain qui ensuit :
DIZAIN
Oûcz, oïiez ouez, oûez.
Et vous taisez si vous pouvez.
Tant print d'ennuy de se voir asservie, Celle qui fut n'agueres libre et forte Et qui donnoit aux pauvres gens la vie, Que de ce mal tost après en est morte. L'abl)é Couard et toute sa cohorte Luy fait honneur trop plus que profitable. A déplorer perte si lamentable Que ferez-vous? Priez tant les haut dieux Qu'espoir riant, aux jeuncs, favorable, Face revoir ce qu'on oste à vos yeux.
Quatre personnages principaux, officiers
de la maison de Marchandise, portants leurs honneurs , costoyoient ce chariot : l'un nommé la Terre, l'autre l'Eauë, l'autre le Feu, l'autre l'Air. La Terre portoit une enseigne où estoit paint l'Air ; l'Air portoit en son enseigne la Terre ; l'Eauë portoit en son enseigne le Feu ; le Feu portoit en son enseigne une mer, le tout paint semblablement. Lesdits personnages, vestus de deuil comme dessus, et leurs chevaux de mesme pareure.
Après lesdits officiers estoit nn autre chariot, d'une invention gentille, tiré par six chevaux accoustrez comme dessus sur lequel estoit un nombre de jeunes enfans, lesquels suivoient ledit Espoir pour le bon visage qu'il leur portoit, ayans chacun une verge ou houssine en leur main, oii estoyent attachée une table d'attente et vertus de dueil couvert de larmes blanches, comme il est dit.
Derrière toute ceste compagnie, pour la conclusion et fin dudit pompe funèbre, marchoit un autre personnage monté à l'avantage, et sembloit estre de plus grosse qualité que les dessus-dits, toutesfois accoustré comme les autres, et estoit nommé Attente.
Le bagage servant à la politique de l'abbaye marchoit après .en si grande compa-
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gnie qu'il n'y avoit ordre de les ineltre clmcun en sa chacune ; car les scrgens marchoient coste à coste les baillifs et vicontes, les enquesteurs avec les accusepets, les reformateurs avec les lieutenans, les gens de l'abbé avec les gouverneurs des lieux dangereux, comme Rouvray, le Vert Buisson, Lyon d'x\rgent, le Gredil Tircuit, Bas de Fesse, et autres serviteurs bien affamez et renommez. Avec ceste compagnie estoyent les sieurs et princes de mal espargne du pont Taritaine, du Monlhelet, Ghantraine, Nidequien; les admiraux de Robec, la Renelle, Ausbette, Rougemare et du trou Margot ; les duc de Mussegros, de Foutipou, Bouttenraye, Frappecul, Mormonfons, Engoulevesnier ; les abbez de Baillevent, Maupencé, Maumisert, et Rien ne sçait. Les evesques de Flatte bourse, Trop tost n'ay, et Bas de poil.
Le premier et dernier huissier avec le sergent à masse, singulièrement selon leur estât accoustrez, marchoient après la compagnie dessus dite: Après eux le treshonoré, digne et précieux baslon pastoral, communément appelé la crosse porté par un grand homme habillé en Hercules.
Ladite crosse ou baston pastoral estoit accompagnée et suivie par nostre bon père abbé, avec le collège des resveurs en decimes cardinaux, et alloient en l'ordre qui ensuit :
Premièrement les cardinaux de Malesaises et Maurepas marchoyent ensemble.
Les suivans, deux à deux, estoyent les cardinaux de la Maurisse, de Maubogne, de Sans Croix et de Maucomble ; le grand, gros, court, gresle et magnifique cardinal du Poly Jubilé et doyen du collège des cardinaux, marchoit à costé de notre magnifique et tresillustre abbé, souverain maistre et sieur de Conardie.
Ledit sieur abbé et son collège estoyent vestus de robbes de damas rouge, affulez de chapeaux gris, blancs, de roquets verts. Leurs robbes avoyent queue de taffetas vert de la longueur de cinq pieds et demy, portez par jeunes enfans ; leurs mulets et courciers enharnachez de taffetas vert cramoisi, avecques houppe de soye perlée. Les chapeaux gris representoyent ausdits cardinaux leur antiquité et caducque vieillesse, leur cjueuë verte representoit encore la puissance de leurs reins, de sorte qu'ils vouloyent estre
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comparez à un poreau ; les portequeuës estoyent au collège reputez comme les sussepts et humevesses.
Le grandissime, magnifiquissime et potentissime sieur abbé, accoustré en son liaut appareil, qu'il representoit aussi tost un empereur ou souldam de Babilone ou roy des Perses, avec son grand mittre et théâtre, qu'un abbé tel qu'il est ou autre glorieux prince, ou monarche, estoit monté sur sa mule grise autant richement enharnachée que vous en vistes onc, vestu comme ses cardinaux, réservé qu'au lieu de chapeau il avoit en sa teste un mittre tant richement et naïvement diapré, et phaleré de toute sorte et espèce de pierrerie, qu'impossible est les sçavoir toutes descrire, pour la diversité de leurs epithetes et nominations. Outre cela avoit les doigts, indices, poulces et auriculaires, si fournis de bons et gros diamans, rubis et autres pierreries, que, par tous les lapidaires qui les ont vues, sont estimez en pierrerie les paragons. Quant aux mollettes, mors et boucles de l'enharnachement de sa mulle, tout y estoit d'or fin à xxiiij karals. Au reste, pour sa contenance, maintien ou gravité, elle estoit si poupine qu'à le voir
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ainsi monté, plusieurs Bretons, Manseaux ou Angevins, jurèrent que s'estoit chose vraye qu'il avoit cru ainsi à cheval, au moins que sa mère l'avoit ainsi enfanté.
Chacun cardinal avoit pour son estât douze fallots. Le sieur abbé en avoit vingtsix ; aussi estoyent devant eux quinze tabours, cinq phiffres et neuf trompettes. A costé et devant ledit abbé, estoyent douze laquets abillez de ses couleurs et devise, légers du pied comme escrevisses, dont les quatre portoyent un voille de soye de Canarie dessus.
Après ledit collège, marchoit le chancelier avec la suitte des officiers de la chancellerie, et estoit accoustré fort richement, ayant en sa teste un bonnet doctoral, moitié veloux riche et moitié toille d'or bien doré. Et combien qu'il fut autant magnifiquement accoustré que chancelier que l'on vist jamais, si est-ce que par le commun de Gonardie, auquel il estoit peu aggreable pour sa grande négligence et ponardise , il n'avoit point d'autre nom que le Chancelier mal advenant. Et, à la vérité, il est assez malotru, car il se nate tant mal à cheval que se sont merveilles, pourquoyje n'en voudrois escrire autre
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chose. Car, quant tout est dit, on ne sçait plus que dire; l'on ne sçauroit faire d'un busart un esprevier.
Suivoit pas à pas le train de la chancelerie, le grand patriarche des verollez, avec sa suitte en son habit patriarchal, et l'accompagnoyent gentilshommes abillez à la grand gorre, mais assez deffigurez, car les uns avoyent un œil enflé, les autres perdu, les autres mengé, et des plus sauvages fronts que l'on vist onc ; les joues percées à cleres voix, les nez percez à jour, bras portez à l'escharpe, des cols cordez, avec ce qu'il n'y avoit pas beaucoup de jambes unies, les unes menues, les autres grosses, mais ce n'estoit pas les meilleures. Au regard des nez, jamais n'en vistes de tant de sortes ; ceux-cy furent nommez entre les autres comme il ensuit :
Nez Iradas, nez meminei'is, nez quanclo, nez rapiat, nez gasté, nez ohlivisceris, nez appropinquas, nez reminisceris, nez projicias, nez derclinqiias, nez auferas, nez irascarjs, nez despicias, nez paucas, nez adnilrerjs, nez ccicnius, nez quitias, nez perdideris, nez trucides, nez occideris, nez averlas, nez tradideris, nez involueris, nez caiiscas,
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et tant d'autres sortes de subjets et tenans dudit patriarche : mais quoi ? abillez chacun de diverse sorte. Et bref, cela monstroit le plus grand et horrifique spectacle qu'il estoit possible de voir de deux yeux.
Après, marchoient en bon ordre seize hommes vestus d'habits justes tout d'une venue, depuis la teste jusques aux pieds couleur d'enfumé , n'ayans que des pertuis aux yeux et bouche pour avoir la veuë et alaine , aux chevaux caparençonnez de mesme pareure, ayant devant eux quarante falots et une lanterne, force tabours et phiffres. Leur porte enseigne à cheval, accoustré avec lesdits tabours et phiflres de pareil accoustrement, en laquelle enseigne estoit figuré des deux costez, deux personnages en leur semblance tenant un grand escompartiment, dedans lequel estoit escrit : Les umbres de Conardie, et au dessoubs avoit escrit : Sapiens habet ociilos in frontc, stiiltus, veluti cecus, palpitât in tenehris ; et donnoyent les huictains ensuivans au peuple par la ville.
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