‹ Les triomphes de l'abbaye des ConardsChapitre 41 sur 59 · VINGTIÈME · texte numérisé non relu

VINGTIÈME

Estonné de nos coquibus.

Je les remets au cas d'abus.

Plus, par eux, estoit baillé durant ledit tour, quatre dizains imprimés dont la teneur ensuit :

Si^ des bigots, cesse la caphardise, Et des sénats la justice sans fi ; Si lo3auté et foy'sont marchandise.

Le temps viendra qu'on vivra sans soucy, Pour le présent ne le trouvons ainsi : Pour Dieu barat bénéfices trocquez, Gens de justice sont de vices marquez, Ne reste plus que noblesse qui blesse Pauvre commun. Or, ce cogneu, jocquez Les trois en un : c'est nihil. Qu'el fin est-ce?

Tel ne sçait rien qui est fort exalté. Tel sçait, du bien, lequel bien peu on prise ; Tel a si haut depuis deux ans monté Qui tombera de plus haut qu'une église ; Tel a souvent du vent de la chemise, Qu'il n'entend pas sa gaine bien comprendre.

DE l/AnBAYE DES C 0 N A H D S fiO

Or, devinez, si mes dits voulez prendre. Qu'il adviendra des choses nom pareilles. Je le diray, on ne m'en peut reprendre, C'est que l'on void ce jour l'an des merveilles.

Les faits nouveaux et actes de l'olic, Font esbahir les grans et les petits ; Les faits des fols ce jour chacun follic. Vous le voyez par rébus inventifs.

Des malversans tels faits sont destructifs. 11 est requis les fautes corriu-er, Faire ronger et le monde songer, Sans rien nommer, mais le monstrcr par signes, Heureux est cil qui ne craint ce danger, Encore plus, qui fait œuvres condignes !

Nous, estonnez, esbahis, esperdus, Portons le feu autour de nos aureilles. Feu de lyon, en courages ardus, Vous fait sçavoir qu'il est l'an des merveilles. Actes voyons dont n'en fustde pareilles Depuis le temps de nostre inception.

Taisons cela, n'en faisons mention; Le jour viendra que vivrons en repos.

Quant est à nous c'est nostre intention Vivre de hait et l^en vuider les pots.

Après, marchoyent plusieurs compascnies, au nombre de deux cens hommes à cheval ou au dessoubs, accoustrés de différents abits, chacun ayant sa devise, avec grand nombre de falots, labours, cymballes, cornemuses, cornets, hauts-bois et bedons; chose plaisante à voir, encore plus à onyr.

Après, marchoit en grand' grâce la bande des prophètes, vcstus de longs abis de vergay, couvert de quentille de fin or, à manches de satin cramoisi, decouppez, renouez de ferets d'or , bouffans de taffetas incarnat et enrichis de brouderie; leurs affuls de grand invention en mode de prophètes ; leurs chevaux ayant caparensons à grosses houppes de fil d'or. Devant eux, vingt-quatre falots flambans, tabours et phiffres, pour la conduite desquels marchoit Moyse monté et accoustré en semblable abil, portant une enseigne en laquelle estoit escrit d'un costé ces mots: Visions; et de l'autre costé estoit figuré un grand pot d'airan. Et derrière son dos estoit escrit le quatrain cy après déclaré.

Après cestuy marchoit Saiil, en semblable abit non ayant de quatrain, lequel avoit escrit derrière son dos devise : Saùl entre prophètes; et en certains lieux par la ville, lisoit la présente ballade, dont la teneur en suit cy après. Un chacun d'eux avoit son nom attaché à la manche, et quatre lignes de rhétorique derrière leur dos. Et par eux estoit donné aux honnestes sieurs et dames les huictains imprimez dont la teneur ensuit cy après :

m: i/.vnn.vYK dks coxaiids 71

MOYSi:, porte ensoi.i.''iie.

Je suis cehiy qui porte le Laiidon De prophétie, et annonce la loy.

.T'ay ordonné juges de bon renom, Mais maintenant un chacun rompt sa iby.

Abacuch.

O peuple, croist que la gloire de Dieu Couvrira tout, et le ciel et la terre, l'iace n'aura injustice, ne lieu, Paix régnera où tu pense avoir guerre.

IIÉLIE.

Par Jezahel et par ses faux prophètes Dechassé lut du païs et du roy.

En cas pareils, par œuvres manifestes, On voit régner ilatteurs en desarroy.

Zacharie.

J'ay veu en l'air un livre clos (3ù est escrit que tout larron, Combien qu'il soit en bruit et los, Aura, de son infait, guerdon.

MiCHÉE.

J'ay adverty les princes de Judée Qu'ils ayent esgard aux judications Que juges font en collere effrénée, Dont il s'ensuit dépopulations.

Daniel.

Balthazar, roy des Babiloniens,

En prophanant les saints vaisseaux du temple.

Fut mis à mort du roy des Persiens :

Cela nous doit servir de bonne exemple.

JERÉAflE

Comme ce fait qu'une cité, Ilaboiidante en peuple et richesse, Soit quasi en mendicité.

■ C'est assez pour avoir tristesse.

ESAYE.

Il viendra vxn temps que l'Eglise Aura à souffrir «grands tourments ; Mais Dieu qui, les choses divise, Changera tost les mandemcns

Elisée.

Je refusay de Naaman maint don Que Jezay receiit par avarice.

Dont fust mcseau: c'est le juste guerdon De ceux qui font au lieu de vertu vice.

David.

Que vaut à l'homme avoir riclies thrcsors

Et se tuer pour accumuler biens?

Si les a huy, demain il en est hors,

Il est donc fol s'il les tient comme siens.

Les huictaines donnez par lesdits projjhetes

Jehemie.

J'ay ploré de voir en csjjrit Sus ilierusalcm grand malheur.

Qui estoit, comme il est escrit, Plaine de tout bien et bonheur:

DE l'abbaye des coxards , 73

En cas pareil ay grand douleur De Rouen veoir faire un villa.uc:

Ceux par qui c'est, n'ont pas honneur De veoir commettre tel outrage.

ESAYE.

Je yoy le temps estre venu Que j'ay prédit sur sainte Eglise:

Car on vpit le cas estre cogneu Que les grans en font à leur guise.

L'un la robbe, autre la dcsguise, Et par ce tout va à l'envers.

Je ne sçay qui ces cas divise.

Mais deux on dira piteux vers.

Daniel.

Ballhazar, roy des babiloniens, Un jour tenant court ouverte et planiere, Pour resjouyr see gens par tous moyens, Se fist servir par mauvaise manière Des .saints vaisseaux que Salomon fist faire Pour servir Dieu, dont receut le loyer De mort subite en douleur et misère:

Cela nous peut beaucoup signifier.

David, Psal. 38.

L'homme mortel qui n'a Dieu devant soy Ne pense fors que par biens s'avancer; L'Eglise il pille et n'est arme de foy, Or et argent veut par force amasser, Sans regarder qu'il convient trespasser, En délaissant ses thresors et ses biens A ceux lesquels le veullent oppresser; L'homme est donc fol de se fier à riens.

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