LA LETANIE QUI FUT FAITE A LABBAYE CONARDE
En l'année 1580.
L'abbé, voulant tenir lié Tout le chagrin dc-ssoubs le pié, Appelle avec luy ses suppôts :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé commande que ses moines Comme chevaux, soyent soûls d'avoyne^ Pour n'estre jamais en repos :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé désire ses novices, Trotter ainsi comme escrevisses.
Et faire la bestc à deux dos :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé, qui a de beaux rubis Sur son minois et des saphirs, Veut que l'on paye ses impots :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé, qui a belle bedaine.
Veut, ainsi que la Magdalaine.
Avoir la boette en son poing clos :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé, qui a belles pantoufles, Se fournit en hyver de moufles Pour nifler le prince des sots :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé, pour courir jusq'cn Beausse, A fait cacher dedans sa chausse Un estron de nouveau esclos :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé pour boire a beaux longs traits De son bon vin, et du plus frais, Vous a prié tout à propos :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé permet que dans des mares Se plongent les raques de nares :
Sans contrefaire icy les sots, Beuvez d'autant, vuidez les pots.
DE l'abbaye des CONARDS
L'abbé veut tous usuriers, S'il y en a en ces quartiers, De venir comme les marmots :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé entend que ses mignons, Ayent le ventre et les roignons D'une V.... tous enclos :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé commande à ses nonnains A descouvert monstrer leurs sains Et chevaucher à cul desclos ; Buvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé veut que les maqucrelles, Luy payent dîme de pucelles Qui se vencnt à Mussegros :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé veut durant les gesines, Qu'on revisite ses voisines, Gardant leur honneur et leur los : Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé permet que les guenuchcs, Soyent enfermées dedans les huches Et bruslées ainsi que fagots :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé, avec sa rouge mine.
Fait trembler par où II chemine Tous les gueux, frippons et magots :
Beuvez d'autant, vuidez les pots.
L'abbé veut que des sots, le prince Vienne en la normande province Se noyer dans les marins flots :
Beuvez d'autant vuidez les pots.