‹ Les triomphes de l'abbaye des ConardsChapitre 48 sur 59 · LA LETANIE QUI FUT FAITE A LABBAYE CONARDE · texte numérisé non relu

LA LETANIE QUI FUT FAITE A LABBAYE CONARDE

En l'année 1580.

L'abbé, voulant tenir lié Tout le chagrin dc-ssoubs le pié, Appelle avec luy ses suppôts :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé commande que ses moines Comme chevaux, soyent soûls d'avoyne^ Pour n'estre jamais en repos :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé désire ses novices, Trotter ainsi comme escrevisses.

Et faire la bestc à deux dos :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé, qui a de beaux rubis Sur son minois et des saphirs, Veut que l'on paye ses impots :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé, qui a belle bedaine.

Veut, ainsi que la Magdalaine.

Avoir la boette en son poing clos :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé, qui a belles pantoufles, Se fournit en hyver de moufles Pour nifler le prince des sots :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé, pour courir jusq'cn Beausse, A fait cacher dedans sa chausse Un estron de nouveau esclos :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé pour boire a beaux longs traits De son bon vin, et du plus frais, Vous a prié tout à propos :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé permet que dans des mares Se plongent les raques de nares :

Sans contrefaire icy les sots, Beuvez d'autant, vuidez les pots.

DE l'abbaye des CONARDS

L'abbé veut tous usuriers, S'il y en a en ces quartiers, De venir comme les marmots :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé entend que ses mignons, Ayent le ventre et les roignons D'une V.... tous enclos :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé commande à ses nonnains A descouvert monstrer leurs sains Et chevaucher à cul desclos ; Buvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé veut que les maqucrelles, Luy payent dîme de pucelles Qui se vencnt à Mussegros :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé veut durant les gesines, Qu'on revisite ses voisines, Gardant leur honneur et leur los : Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé permet que les guenuchcs, Soyent enfermées dedans les huches Et bruslées ainsi que fagots :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé, avec sa rouge mine.

Fait trembler par où II chemine Tous les gueux, frippons et magots :

Beuvez d'autant, vuidez les pots.

L'abbé veut que des sots, le prince Vienne en la normande province Se noyer dans les marins flots :

Beuvez d'autant vuidez les pots.

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