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Les triumphes et magnificence faictes á l'entrée de Monseigneur

Les Entrées solennelles des Souverains et des Princes, dans leurs bonnes villes de France, ont toujours marqué des étapes historiques; et les Relations qui en ont conservé le souvenir sont recherchées avec avidité, par les érudits, les historiens, et enfin par tous ceux qui ont le culte des souvenirs d'antan. Ces pièces toujours très rares; ne se trouvent généralement que dans les grands dépôts publics; ou dans quelques bibliothèques privées, inaccessibles par conséquent, et le plus souvent gardées avec un soin jaloux.

Nous croyons donc faire œuvre utile, en réimprimant la curieuse cl intéressante petite plaquette du xvi" siècle, qui porte pour litre : Les triumphes et magnificences faictes à l'entrée de Monseigneur, fils de France, etc.

Ce rarissime petit in-4° de 39 pages (1) ne figurait pas dans la collection de Jules Taschereau, le savant bibliophile touran-

(1) Nous devons à robligeance de MM. Deslis froics, davoir pu reconstituer page pour page,rimpiession typograp!ii<iuode leuraiicèlie |uufes?ioiiiiol. René Sifileau.

geau; par contre, il possédait une autre plaquette du même genre, qui peut ôtre considérée comme le pendant de celle-ci : Les triomphes faicts, à l'entrée du roy François H, à Chenonceau le dymanche dernier jour de mars (1559). Tours. Guillaume Bourgeat 1559(1). Il n'est peut être pas hors de propos de dire qu'à la vente de la bibliothèque de cet érudit, qui eut lieu en 1875, elle atteignit l'énorme chillre de 1.400 francs.

Taschereau, administrateur de la Bibliothèque impériale, en connaissait-il l'existence? et savait-il, que l'établissement (ju'il dirigeait en possédait deux exemplaires? Nous nous empressons de consigner ici l'expression de notre reconnaissance envers M. Léopold Delisle, qui a bien voulu mettre à notre disposition, l'exemplaire de la réserve.

Le titre ne porte pas de signature; à la Bibliothèque nationale, il est classé parmi les anonymes. Brunet, Manuel du Li/naire, et bien d'autres bibliographes n'ont pas connu ce petit livre. Alex. Barbier /^/r/. des ouvrages anonymes^ T. I\\ art., Nicolas DE Nancel, dit qu'il est attribué à cet auteur, mais sans preuve. Cette autorité nous semblait insuflisaiite et assez peu précise, lorsqu'au hasard dune lectunr d'un autre ouvrage de Nicolas de Nancel (2), nous avons été assez heureux pour trouver la confirmation de ce fait important : à la page 343 dans la partie du volume, intitulée Adrertissenienl particulier à Messieurs de Tours, on lit entre parenthèse (conujh' j'ai montré au Iraittr de rentrée de Monsieur en vostre ville, la/i \^ûi) au 28 d^aoust).

Il est donc hors de doute maintenant, (jue l'auteur des Triuniphes et Magnificenres n'est plus inconnu.

Les historiens de la Touraine ont mentionné la solennité du

(i) Une réimpression a^tf^faito par le princpilalitzin, Paris, Tecljoner. l8o7. (2) Discours très ample do la peste, Varis du Val.. loSl.

28 aoust. Chalmel [Hist. de Touraine, t. II, p. 379) lui consacre six pages ; sorte d'analyse de notre petit volume ; nous y relevons que le carroyr des Assiz, est désigné par lui sous le nom de Carroyr aux Herbes, et qu'il était situé près du château. Giraudet [Hist. de la V. de Tours, t. II, p. 39), signale aussi la fête, d'après Chalmel, mais commet une erreur, en faisant souper, le soir, le Duc et sa suite au château du Plessis, où fut donnée, (une fête qui rappela le luxe et la prodigalité des empereurs romains). Il cite le journal d'Henry III. Giraudet s'est trompé d'une année. Cette orgie eut bien lieu au château du Plessis. mais elle fut donnée le 15 mai 1577 ', par le roi Henry III à son frère et aux seigneurs qui l'avaient accompagné aux siège et prise de la Charité.

Nicolas de Nancel olîre une curieuse hgure de médecin du xvi^ siècle ; il a exercé son art à Tours, et y a écrit plusieurs de ses ouvrages, dont quelques-uns intéressent la ville et ses habitants. Ces titres nous semblent suffisants pour justifier la nécessité de le sortir du profond oubli, oiiil est enseveli depuis plusieurs siècles, et de faire revivre celles de ses œuvres, qui offrent plus particulièrement de Tinléret, pour l'histoire de Touraine.

Nous ne donnerons ici qu'une indication biographique de notre auteur, réservant pour la préface d'un autre ouvrage -une étude plus complète de sa carrière littéraire et médicale.

Nancel est ne en 1539, aux environs de Noyon, dans un des deux villages qui portent les noms de Tracy le Mont, ou de Tracy le Val, aujourd'hui de l'arrondissement de Compiègne (Oise), près de Nancel ou Nampcel, autre village dont il a pris le nom. 11 a

(1) Voir à cette date le Journal de Pierre de rEstoilc.

(2) Discours très ample de la Peste, Loc. cit.

eu soin de nous en informer, en signant ainsi ses ouvrages latins: Nie. Nance/ij Trachf/eni Noiioduncnsis. On ne sait rien de sa famille. Dès Tàge de neuf ans, il fut envoyé à Paris au collège de Presles, où professait le célèbre Ramus. Doué sans doute d'une remarquable intoUigence. ses études furent terminées en cinq années; lôlève devint l'ami du maître et demeura dans cet établissement comme professeur. Les grands troubles religieux, et plus encore l'adoption par son maître de la Réforme, le déterminèrent à quitter Paris, et la France ; il se réfugia k Douai qui était alors sous la domination espagnole; entre temps il fit ses études de médecine, (on ignore dans quelle faculté il fut reçu docteur). En 1509, il se rendait à Angers auprès de Mazille, premier médecin de Charles IX. espérant par sa protection obtenir une charge de médecin à la cour, lorsqu'à son passage à Tours, il fut si vivement sollicité, qu'il s'y établit : et quelque temps après y épousa la veuve d'un de ses confrères. Xancel demeura dix-huit années dans notre ville, 1569-1587; à cette dernière date il partit pour Fonli'vrault, où venait Je l'appeler la princesse Eléonore de Bourbon, comme son médecin et celui de l'abbaye. Il y mourut en 161'), laissant entre autres enfants un fils, Pierre de Nancel, homme de lettres qui mourut jeune.

Ce fut un auteur très fécond; sa bibliographi»' que nous n'avons pas encore terminée donne approximativement le joli chiffre d'une vingtaine de volumes imprimés ou manuscrits. Ses biographes Moreri. Nicéron, Eloy, Hoefer, Port, etc., le considèrent comme un érudit, mais qui eut le tort d'outrer sa production; luimême se plaignait de l'inditTérence des libraires à son égard, ce qui explique le nombre d»* manuscrits qu'il a laissé. Qu'il ait mérit(' ou non cette inditTérence, nous sommes heureux de pouvoir réimprimer l'opuscule qu'il nous a laissé, parc»' (|u'il nous donne une fidèle image de mœurs disparues.

Pourquoi Nancel n'a-t-il pas reconnu la paternité des Triumphes et M. ?

11 craignait peut-être de se compromettre î C'était un homme grave, son champ d'action était limité à la philosophie, aux mathémathiques, à la médecine, et par-dessus tout à TEcriture sainte. Traducteur infatigable des anciens avec lesquels, il se trouvait en communion constante, peut-être aurait-il cru déroger, en signant une œuvre, si en dehors du cercle, oii il se renfermait.

On remarquera cependant que la plupart des strophes latines qui émaillent sa relation, sont soulignées par l'initiale N, qu'on peut aussi bien interpréter par Nobis, ou Nancel; nous penchons pour cette dernière traduction, parce que dans son discours de la Peste, il a employé cette lettre concurremment avec le mot Nancelij , pour des formules pharmaceutiques dont il est l'auteur.

Nancel, helléniste distingué, avait fait aussi des vers grecs pour F^rançois d'Anjou ; mais Uené Siffleau son imprimeur, n'avait pas cette sorte de caractères, c'est pourquoi il a pris soin de faire laisser la place aux distiques grecs, et d'en donner à la fin la traduction en latin, pour que le public n'y perde rien. Cette disette de caractères l'obligea à faire imprimer à Paris trois autres ouvrages écrits à Tours.

Il nous reste, maintenant, à présenter sous une forme concise le héros et l'objet de cette fête.

Hercules-François, duc d'Alençon, connu plus tard sous le nom do duc d'Anjou, était le quatrième fils de Henry II et de Catherine de Médicis ; il naquit le 18 mars 1554. Elevé et vivant au milieu d'une cour dissolue, constamment troublée par les horreurs des guerres religieuses, il prit de bonne heure parti dans

ces luttes, puisqu'on le trouve, avant l'àgode vingtans, à la tête du parti dit des Mécontents, et s'établissant en cette qualité au château de Loches. Bientôt arrôté, on le garda prisonnier au Louvre, mais à lavcnenient de son frère Heniy III il lut rendu à la liberté (1574;.

Cette naêrne année, avec le prince de Gondé, il se réunit aux rtîîtres du prince Casimir, fils de l'électeur palatin, et combattit pour le compte des Réformés. On ne put pas faire moins que de le nommer généralissime de cette armée, considérable pour Tépoque, puisqu'elle comprenait trente mille hommes : mais le commandement etTeclif resta au prince Casimir ; le duc de May< une qui combattait pour les catholiques contre lui, abandonnant Moulins à l'approche de François et du prince de Condé, ils s'y rendirent aussitôt et préparèrent un traité de paix que le roi ne voulut pas signer; mais il délégua sa m» re avec plein pouvoir de paix ou de guerre. Catherine de Médicis alla trouver son fils, et il fut convenu qu'on se rendrait à Loches, pour engager les pourparlers, ils eurent lieu à Beaulieu petit bourg do la banlieue, et après des difficultés nombreuses on conclut une paix qui donna en partie raison aux protestants ; 14 mai 157i),.

La Paix de Monsieur (c'est le nom historique) lui valut des biens considérables, elle accrut son apanage des duchés d'Anjou, de Berry et de Touraine, on lui fit une pension de cent mille écas d'or, et c'est alors qu'il prit le nom de duc d'Anjou. Henry 111 qui avait mille raisons de se défier de la constance de son frère, exigea qu'il prît promptement possession de son duché de Touraine, et intima l'ordro à la ville de Tours, de le recevoir avec le plus grand apparat.

11 se rendit au château du Plessis-lez-Tours dans les premiers jours d'août et le 28, eut lieu la fôte magnifique, dont Nicolas de Nanccl nous a si bien conservé le souvenir.

L'année suivante, 1577, comme lieutenant général des armées du roi, il combattit les calvinistes, et dirigea les sièges de la Charité et d'Issoire.

Un an après, les Pays-Bas étant en insurrection contre la domination espagnole, il résolut de s'y rendre ; peu après, il est arrêté, réussit à s'évader, et va combattre dans les Flandres. Las de demeurer si longtemps en Flandre pour y faire si peu, dit Pierre de l'Estoile, il revint en France, puis, quelque temps après, s'embarqua pour l'Angleterre avec l'intention avouée d'épouser la Reine Elisabeth, âgée alors de quarante-neuf ans. Il fut très accueilli, choyé, fêté ; les choses même allèrent si loin que la Reine, lui passa au doigt un anneau d'or de fiançailles; mais les partis extrêmes de religion, s'émurent et se déchaînèrent, contre une alliance qui leur semblait la ruine de leur foi. La Reine et le duc d'Anjou durent se séparer. Cependant, la souveraine fit bien les choses, elle le fit conduire en Flandre par l'amiral d'Angleterre, et il fut couronné duc de Brabant à Anvers, le 19 février 1582, etquelque temps après, comte de Flandre à Gand. Son caractère léger, ses mœurs dissolues, ne pouvaient s'allier avec l'austérité des jeunes réformés qui l'approchaient ; il n'en tint pas compte et fit mille folies; les querelles religieuses s'engagèrent, ses partisans furent vaincus ; et lui, bourrelé de honte et de chagrin, revint en France, se réfugia dans ses domaines de la Marne et, quelque temps après, le 10 juin 1584, il mourut à Chàteau-ïhierry, emporté par la tuberculose comme son frère Charles IX.

Ses vastes domaines qui valaient 400 mille écus de rente, furent réunis à la Couronne. Il fut le dernier ducapanagistedc Touraine.

" Personne ne regretta ce malheureux prince, dit Michelet. aussi faux et aussi vicieux que ses frères. »

il a laissé la réputation d'un avriilui'ier sans foi.

Nous devons à Tobligeance de M. le comte de Beaumont, membre de la Société archéologique de Touraine, à qui nous exprimons ici nos remerciements, le fac-similé d'un jeton de François d'Anjou (1) trouvé à Fondettes, près Tours, par un laboureur. Nous nous empressons de le reproduire.

FRANGE (Hercules-François de) duc d'Alençon, d'An jou et de Brabanl. Jeton frappé entre 1582 et 1584.

F. nis D-FHAN-DUG. DE BHAI3-DAx\MX)NTE DE FLANDRES.

Écusson écartelé au i" et i""' de France: au 2' contre-écartelé aux 1 et 4 de... au lion de.,. ; au 2 et 3 de... au lion de... : au 3* contre-écartelé au i de... à une mer de... au lion passant de... en chef ; au 2 de... à deux léopards passants de... ; au 3 de... ; àla bande... ; au 4 de... au lion rampant de... ; et en pointe de... à trois pals de..., à lecusson de... chargé d'un aigle de... brochant sur les pals. L'écusson surmonté d'iin bonnet ducal tleuronné et lleurdelist'.

Rev. Ecusson aux armes de la ville de Tours, entouré de deux branches de laurier ;c'est \o revers des premiers jetons des maires de Tours.

Dimension : 2S mm.

(1) Extrait de son bd oiivrngo les Jetons Tourangeaux. I»aris, i'M)\

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