‹ Les triumphes et magnificence faictes á l'entrée de MonseigneurChapitre 8 sur 10 · OCCIDET ET SERPENS · texte numérisé non relu

OCCIDET ET SERPENS

La frize d'icelluy Portail estoit remplye des vers Latins et Francoys qui s'en suyvent, Assçavoir celle d'au dcssoubz de la dicte Déesse Astrée.

Quo tu Diva fugax? aura ciir ocyoromni Sic revolas? En remigium tibi fraugimus aise.

La France ta rompu ton œsle Affin qu'en France à tout jamais Tu puisse fcire, ô doulce Paix Ta demeure perpétuelle.

Et celle de la dicte Justice :

Cédant arma togce, cedat feralis Enyo Dicite io cives et io bisdicite, Pax est. N

Et dans rentableniont du |)ortail, qui estoit condamné, pour rendre et remarquer l'adresse du passage, vers reschalfault des chantres, estoit escript ce quatrain :

Justice ny religion Ne sont de longue durée Si on ne voit la région Par une paix bien asseurée.

Et plus bas estoit eucores escript cet autre (juatniin :

Maintenant nous ne craindrons pas Que la guerre assaiHe nos vies :

Puis que tu foulles soubz tes pas, Mars, la Discorde et les Furies.

Au devant du Portail de TEglise de Sainct Pierre le Puillier*^^ fust assis sur Teschaffault, ou les Chantres et Musiciens des Eglises cathédrales du d. Tours estoient ordonnés pour chanter à la louange de Monseigneur, et de tout son illustre race, les vers qui s'ensuyvent : dont le commencement estoit faict en la faveur du feu Roy Henry son père.

Soit qu'aux Champs Elysées tu sois :

Soit que tu sois dessus la nue Henry regarde ton François Et favorise sa venue.

Tu es au ciel : de tes rayons Jeeteun bon œil dessus ce Prince Affin que toujours nous ayons Un bon heur en nostre Province.

Bon au bons, crainct aux vitieux Pour conserver nos Republiques.

Ainsy d'hommes se sont faictz Dieux Les Argonautes héroïques.

Vous qui suyvés ardemment De ces preux la vertu divine Vivez tous trois heureusement Henry, François et Catlierine.

Lequel eschafTault estoil couvert, et partout garny de bonne et riche tapisserie, avecques les armoiryes, de mon dict Seigneur, et de la dicte ville : Et au dcssoubz ostoient escripts les carmes latins et français qui s'ensuyvent :

Si tihi cœlestes modulos, si Pythagoream Harmoniam cœli possemus carminé, voce, Organicis que sonis olïerte hoc quippe velim En vero laudum prœconia magna luarum.

Virtutis(| ; tUcT, quod possumus, ore canoto Esserim"; Gratum sit, quod.licet, optime Princeps.

Des voix le différent accord Qui doulcemenl ensemble accorde Montre aux François, que le discord Se change en paisible concorde.

Piilpila ceisa choros disponunt ordiiic ovantium En tihi suave melos sydera ce Isa lerit.

Auquel lieu son Excellence se seroit autant arreslée, que la dicte chanson auroit duré.

Et comme le pays et duché de Touraine est le jardin de la France : aussy luy fut représenté dans le carroyr Jehan de Beaulne-^^ (faisant le milieu de la dicte ville) un jardin fort artificieusement dressé, et aussy plaisant a veoir, comme sa Grandeur en requeroit de contentement : Soy y estant arresté par l'espace d'un grand quart d'heure et plus, a veoir toutes les excellences d'icelluy. Lequel estoit de costé et d'autre fermé de palissades : fors et excepté à l'endroict de l'aspect et advenue de mon dict Seigneur, qui estoit séparée d'un fleuve à la mesme longueur, de quinze toises, qu'avoit le dict jardin : Et aux deux bouts d'icelluy fleuve, deux Grottes et Niches de pierres de glaces prinses es caves gouttières de Savonnières^\ distantes de trois lieues du dict Tours: Auquel lieu Feauë distillante es dictes caves, se glace et convertis! en pierre si dure et estrange, qu'elle en est admirable.

Joignant et soubz les dictes Niches estoient assises et couchées de leur long, deux grandes statues, ayant chacune d'icelles, sept grands pieds de long : celle du costé 'amont, représentant le fleuve de Loire : Et celle du costé d'aval, le fleuve du Cher ; appuyées chacune d'icelles de leur bras droict, sur un vase à l'anticque : au travers duquel sourdoit l'eaue de la fontaine estant au dict carroy et \ prenant entièrement son conduicl :

dont le dict fleuve se remplissoit lombans tous deux en un. ainsi que naturellement sont les diclz Ueuves et au dessoubz de la ville de Tours. Avoient les dictes Statues, de grands cheveulx, et longues barbes, couvertes de roseaulx. joncz et vollelz et tenoicnt en leur main gauche un avyron. Près les pieds du fleuve de Loire estoit un petit voile pour monstrer que le fleuve va à voile et à rame. Et au dedans du dict fleuve y avoit du poisson vif et voltigeant et remuant par rartilice du feu, qui bruUoit dedans deux vaisseaux mis et posés sur le dict canal, qui se combattoit l'un et l'autre lorsque son Excellence arriva.

Au delà duquel fleuve estoient faictz et dressés deux parterres et compartiments de quatre toises en carré, rempliz au naturel de toutes sortes de fleurs et fruicts abondans au pays de Touraine : avec un grand et riche vase de Jaspe assis à chacun des mytans des dicts parterres, pareillement remply de toutes sortes de fruictz. Et sur les coins, de très beaulx cyprès vifs : Les allées sablonnées. Faisoit la dicte fontaine d'un bout séparation des dictz parterres et de l'autre bout, un boccage planté de meuriers blancs, ou se voyaient force vers à soye : aux branches desquelz estoient attachés les Escussons et armes de son Excellence, et de la dicte ville : Dans lequel boccage estoient cachés et assiz les joueurs de haullz-bois et autres instrumens, qui jouoient à Theuro que mon dict Seigneur passoit. Et pendant l'arrest que sa Grandeur faisoit i\ veoir rexcellencc du dict jardin, partist du dict boccage une belle el gracieuse iNyni-

phe, richement vestue et habillée à ranticque, d'un Serqiiot de Taffetas changeant, bordé de houppes couvert d'un manteau de Taffetas verd, et avoit un Collier de pierreries au col, et plusieurs autres, tant à son habillement de teste. que pendans d'oreilles : Laquelle traversant les antres et sorties du dict jardin, vint sur la rive et bord du dict fleuve, prononcer à sa Grandeur le sonnet qui suit :

Prince du sang Troyen, race des Rois de France, Dont l'âme généreuse, est compagne des Dieux : Prince en qui le destin, la nature etlescieux. Ont versé d'un accord, une belle influence. Tu as de ton soleil Telïect et la puissance : Tu romps l'obscurité des hommes vitieux : Tu entretiens les bons de ton œil radieux. Car toujours la bonté ta pieu dès ton enfance. Ces fleuves, ces jardins, ces antres, et ces bois. Ces fontaines, ces fleurs, t'appellent d'une voix : Toy Grand Prince FRANCOYS de qui Mars est serville Dieu veult ia volunté des hommes qui sont siens : Tu ne veulx comme luy, ni richesses, ny biens : Mais l'esprit et les cœurs, et l'amour de la ville.

Ce faict, le feu fut mis dans les pièces et canon:

de carles^*^' qui esloient dans les vaisseaux du dicl fleuve, faisans tel bruist et combat Tun contre l'autre, que son Excellence en receut grand contentement.

Au dessus de la pyramide de la dicte fontaine estoit attachée il la Croix d'icelle, un grand Soleil de quatre piedz en diamètre, lout couvert d'or fin, jectant son aspect sur le dict fleuve : Au dessoubz duquel estoit escript ce carme :

Hic bona tu foveas, et mala discutias.

El plus bas en un autre petit Tableau :

Fovet et discutit

Par le derrière du dict jardin et joingnantles dictes palissades, estoient eslcvées sur quatre pieds d'estaP' enrichys de meufles de Lyon dorés, et peinctures fort excellentes, quatre grandes statues. La première desquelles assise vers le bout (Famont, estoit l'image de Turnus'*' armé à Tanticque, tenant l'espée en la main, el une tour sur son morion : ayant soubz ses piedz, des meufles de chiens, cliatz. ot tortues : Four signifier qu'il est le Dieu lutelaire, fondateur et gardien de la ville : joingnant lequel estoil de disticque latin escripl :

Ut me tiirba Deum tutelaruni facit : et me Sic tutare : meum quo sin(\ ninnerwabit.

La seconde, estoit une jeune Nymphe, vestued'un manteau verd, figuré, tenant en ses mains des Amalthées et cornu copies plaines de fruitcz : Pour signifier la fertilité de la ville, et jardins du dict Tours, joingnant laquelle estoient escriptz ces carmes latins :

Hos flores et Amalthœe quas copias cornu Fundit inexhausto, suscipe primitias

Sic te spes alat : hos flores posthac parituros iEternum decus et magna trophea tibi.

Et entre les tableaux des dicts vers Latins, estoit un autre tableau et disticque Grec, contenant :

La troisiesme, estoit l'imago d'une vielle ^-^Nymphe couverte (Finfinis tettins, tant par le devant, que derrière signifiant l'abondance et fertilité des terres de Touraine nourries des autres provinces circonvoisines. Et près d'elle estoil escript cest Epigramme latin :

Ouid sibimammarum tamfertilis, atq ; latarum Vult bec diva- potens? Turonia nomine Nymplin est :

Que tibi plena sinu sua fœcunda ubera pandit Allicit et terrae [)onitate, atq ; ubere glèbe.

La quatriesme et dernière estoit l'image de Vulcan^^ tenant lin milrleau en la main, frappant sur une enclume, pour monslrer, que la ville de Tours a esté tousjours célébrée, par les bonnes armes qu'on y faict^^ Et auprès estoit cet Epigramme latin :

India jaetatebur, nocturnas (ilaueas Atbenae : Vasa Corintbus habet, thura, Sabeus ager.

Quid Turonia fert ? ferrum, Vnlcaniaq; arma; \ iilcanum extortem suscipit .^ilolide.

Entre ces deux entablemens de carmes Latins, estoit une autre tableau, contenant le disticque Grec qui s'ensuyl :

Les deux costés et derrière du dict jardin, estoiont plantés de beaux arbres fruictiers, chargés grandement de fruict, bon et naturel, en son arrière saison, de cerizes f(U-t grosses, prunes les plus exquises, poires, pommes et aulres fruictz, dont le pays est abondant et fertille. Et

par le derrière des d. arbres fruictiers, estoient attachés

aux dictes palissades, plusieurs Soleilz : Entre lesquels

estoient ces devises, tant Françoises, que Latines, mises et attachées de rang et ordre, selon qu'il ensuyt.

Page 1