L'OISEAU-MOUCHE SAPHO
MALE ADULTE
{ORNISMYA SAPHO.Less., Ois.-mouch. , pl. XXYII. )
La figure de l'oiseau-mouche Sapho, que nous avons donnée dans notre premier volume, représente, avec une grande vérité de teintes, cette admirable espèce, lorsque la lumière n'éclaire que faiblement son riche plumage. Mais plusieurs souscripteurs nous ont témoigné le désir d'avoir une figure nouvelle de ce volatile, éclairé vivement par une lumière très rayonnante, pour avoir une idée complète de l'effet général que produisent les somptueuses couleurs gemmacées qui teignent ses plumes.
L'oiseau- mouche Sapho paraît, jusqu'à présent , être de la plus grande rareté. On ne connaît, en France, que les deux seuls individus qui décorent les galeries du Muséum, et même à Tjondres , les diverses collections visitées par quelques amateurs, avec lesquels nous sommes
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en correspondance , n'en possèdent point de dépouilles , car on ignore ce qu'est devenu celui que Shaw avait figuré dans sa Zoologie générale.
La iS'<^Ao forme donc avec la Nouna-Koali et le King une tribu, caractérisée par la longueur démesurée d'une queue profondément fourchue, et dont toutes les rectrices sont tronquées ou ob' tusement arrondies à leur sommet, et grandement étagées entre elles. Cette forme paraît être caractéristique du revers oriental de l'Amérique du sud, sur l'étroite lisière des Andes, et sur ce ruban de côtes que baigne le grand Océan. La Sapho provient du Pérou, la Nouna-Koali du Chili , ou peut-être aussi du Pérou , et tout nous autorise à croire que le King vient des mêmes contrées , bien qu'on le dise , dans les auteurs, de la Jamaïque.
Quelle richesse de plumage possède la Sapho.*^ Au vert-émeraude du plastron scintillant qui enveloppe le devant du cou se joint le vert- sombre noir-doré du thorax et des épaules, tandis qu'une teinte violette splendide colore le dos et les couvertures supérieures de la queue; violet -noir, violet-ponceau , violet de rubis , suivant la direction des rayons lumineux. Mais , comment peindre, sans tomber dans l'enflure ou faire du pathos, ce pourpre, ce rouge de feu qu'arrêtent des
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bandes noires, et qui doit mil oiter au soleil, quand l'oiseau abaisse ou élève sa queue ! Certes , si les Grecs à imagination si jeune et si féconde , eussent connu les oiseaux-mouches, et surtout l'espèce qui nous occupe , nul doute qu'ils ne se soient empressés d'en faire l'emblème ou de Vénus, ou d'Iris, ou d'Hébé, et eussent immortalisé, dans leurs vers, ce que, sans hyberbole, on peut appeler le chef-d'œuvre du Créateur. Certes aucun être , aucune famille d'oiseaux ne présentent une plus grande variété de formes , une plus grande richesse de nuances, une plus grande délicatesse de proportions !
Quelles sont les mœurs de la Sapho ? Vit-elle dans ces forêts torridiennes du Pérou , où un ciel de feu peut à peine se faire jour, où les arbres se pressent et forment des tapis aussi serrés que le sont les mousses si humbles de nos climats; forêts qui abritent la croûte du sol comme un dôme protecteur ? Fréquentent-elles ces pentes décharnées des Andes, où le sol est calciné, brûlé, où s'ouvrent les issues profondes de ces mines d'or et d'argent dont ce sol est prodigue ? La voiton voltiger en couple sur les limites des neiges , et raser les hautes plaines qui ondulent le sommet de quelques chaînes latérales des Andes , et ses formes robustes seraient -elles appropriées à ces hauts plateaux sur lesquels plane le Condor? C'est aux
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A^oyageurs futurs à résoudre toutes ces questions, et, certes, l'espèce est trop intéressante pour qu'on ne cherche pas à s'enquérir de tout ce qui a trait à son histoire.
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