VARIÉTÉ A HUPPE BLEUE DE SAINT-DOMINGUE
Il nous est prouvé aujourd'hui que dans l'espèce de l'oiseau- mouche huppé il existe deux races bien distinctes , l'une de taille un peu plus forte et à huppe vert-doré puis azur, qui est propre à l'île de Saint-Domingue; et l'autre, plus petite dans ses dimensions, et à huppe simplement vert-doré , qu'on trouve aux petites Antilles , et surtout à la Martinique. Dans ces derniers temps nous avons pu examiner une grande quantité de dépouilles de l'une et l'autre de ces races.
L'oiseau -mouche huppé de Saint-Domingue représenté dans cette planche a de longueur totale trois pouces et deux ou trois lignes. Le bec n'a que sept lignes. Les ailes sont aussi longues que la queue ; elles sont minces , à rémiges étroites et recourbées. La queue presque égale se compose de rectrices larges, dilatées sur leurs barbes internes , et à sommet obové ; toutes sont
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en entier colorées en bleu d'acier très foncé et très luisant, aussi bien en dessus qu'en dessous.
Une huppe de la plus rare élégance, huppe terminée en pointe sur l'occiput, est formée sur le front de plumes écailleuses très petites qui avancent même jusque sur l'extrémité des narines et le milieu du bec, et ces plumes sont du vert émeraude à teinte glacée d'or du plus vif éclat. Vers le milieu de la tête, les écailles des plumes de la huppe s'allongent, se recouvrent, forment une pointe détachée en arrière, et jouissent de la teinte du bleu azur violacé le plus luisant.
Le cou , le dos , les épaules, le croupion , les couvertures supérieures de la queue sont vert foncé et doré uniforme. Tout le dessous du corps est brun, légèrement enfumé , et cette couleur n'est éclaircie en gris fuligineux que sur la gorge et le devant du cou. La région anale est blanche , mais le noir du ventre et des couvertures inférieures est surtout intense.
Cette variété est devenue assez conmiune dans les collections depuis quelque temps : on la trouve chez MM. Florent Prévost, Longuemare, et Guy.
Nous ajouterons à l'histoire naturelle de l'oiseau-mouche huppé de Saint-Domingue les détails fournis par Rochefort dans son Histoire des Antilles , en parlant de roiseau-mouche huppé
de la Martinique , ou la variété à huppe verte. Ces détails sont précieux à conserver par leur naïveté. Leur publication date de i658 (Rochefort , Hist. des Antill. , in-4° ) , et est intitulée : Chapitre XVII, du Colihry (p. i6o).
Ainsi s'exprime Rochefort : « Pour couronfc ner dignement l'histoire de nos Antilles , (c nous finirons par l'admirable colibry , admira- « ble pour s^ beauté, pour sa petitesse , pour sa « bonne odeur et sa façon de vivre. Car étant « le plus petit de tous les oiseaux qui se voient, (c il vérifie glorieusement le dire de Pline , que : « Natura nusquam inagis quam in minimis tota ce est. Il se trouve de ces oiseaux dont le corps ce est si petit, qu'il n'est guère plus gros qu'un ce hanneton. Il y en a qui ont le plumage si beau, ce que le col , les ailes et le dos représentent la dice versité de l'arc-en-ciel , que les anciens ont apce pelé Jris , fille de l'admiration. L'on en voit ce encore qui ont sous le col un rouge si vif, que ce de loin on croirait que ce serait une Escarcc boucle. Le ventre et le dessous des ailes est ce d'un jaune-doré, les cuisses d'un vert d'émece raude ; les pieds et le bec noirs comme ébène ce polie ; et les deux petits yeux sont deux diace mans enchâssés en un ovale de couleur d'ace cier bruni. La tête est d'un vert naissant et ce paraît comme dorée. Le mâle est enrichi d'une
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petite huppe en forme d'aigrette , qui est composée de toutes les différentes couleurs qui émaillent ce petit corps , le miracle entre les oiseaux, et l'une des plus rares productions de la nature. Il abaisse et lève quand il lui plaît cette petite crête dont l'Auteur de la nature l'a si richement couronné. Tout son plumage est aussi plus beau et plus éclatant que celui de la femelle. Que si cet oiseau est merveilleux en sa taille et en son plumage , il n'est pas moins digne d'admiration en l'activité de son vol , qui est si vite et si précipité, qu'à proportion les plus gros oiseaux ne fendent point l'air avec tant de force, et ne font pas un bruit si résonnant que celui qu'excite cet aimable petit colibry par le battement de ses ailes ; car on dirait que ce serait un petit tourbillon ému en l'air et qui siffle aux oreilles. Et parce qu'il se plaît à voler près de ceux qui passent , il surprend quelquefois si inopinément , que bien souvent il donne une subite et innocente frayeur à ceux qui l'entendent plutôt qu'ils ne le voient. Il ne vit que de rosée, laquelle il suce sur les fleurs des arbres avec la langue, qui est beaucoup plus longue que le bec, et qui est creuse comme un petit chalumeau, de la grosseur d'une menue aiguille. On ne le voit que fort rarement sur terre, ni même percher sur
les arbres, mais suspendu en l'air auprès de l'arbre où il prend sa nourriture. Il se soutient ainsi par un doux battement d'ailes , et en même temps il tire la rosée qui se conserve le plus long-temps au fond des fleurs à demi épanouies. C'est en cette posture qu'il y a du plaisir à le considérer. Car, épanouissant sa petite huppe, on dirait qu'il ait sur sa tête une couronne de rubis et de toutes sortes de pierres précieuses. Et le soleil rehaussant toutes les riches enluminures de son plumage, il jette un éclat si brillant , qu'on le pourrait prendre pour une rose de pierreries animée et volant en l'air. Aux lieux oii il y a plusieurs cotonniers , on voit ordinairement quantité de colibrys. Bien que son plumage perde beaucoup de sa grâce quand il est mort, si est-ce qu'il est encore si beau, que l'on a vu des dames en porter par curiosité pour pendans d'oreilles , ce que plusieurs ont trouvé leur être mieux séant que tous les autres. Ce merveilleux oiseau n'a pas seulement la couleur extraordinairement agréable , mais il en a d'une sorte qui , après avoir récréé la vue , contente l'odorat par sa suave odeur, qui est aussi douce que celle de l'ambre et des muscs les plus fins. Il bâtit le plus souvent son nid sous une petite branche de quelque oranger ou cotonnier ; et comme il
« est proportionné à la petitesse de son corps, « il le cache si bien parmi les feuilles , et le met « si industrieusement à l'abri des injures de l'air, « qu'il est presque imperceptible. Il est si bon « architecte, que pour n'être point exposé aux a vents du levant et du nord , qui soufflent d'or- « dinaire en ces pays-là, il place son nid au ce midi. Il le compose au dehors de petits filets « d'une plante que l'on nomme pite^ et dont nos « Indiens font leurs cordes. Ces petits filamens « sont déliés comme des cheveux , mais beaucoup « plus forts. Il les lie et les entortille avec son « bec si serrement à l'entour de la petite branche <c fourchue qu'il a choisie pour y perpétuer son a espèce , que ce nid étant ainsi parmi les feuila les, et suspendu sous la branche, se trouve , « comme nous l'avons dit, et hors de la vue et « hors de tout péril. L'ayant rendu solide et remf< paré au dehors par ces filamens et par quelce ques brins d'écorce et de menues herbes ence trelacés les uns dans les autres avec un ce merveilleux artifice, il le pare au dedans du ce plus fin coton et d'un duvet de petites plumes ce plus molles que la soie la plus déliée. La fece melle ne fait communément que deux œufs, ce qui sont en ovale, et de la grosseur d'un pois, ce ou si vous voulez d'une perle de conte. Notre ce brave voyageur ne se taira pas sur cette matière :
elle est trop digne de ses observations curieuses. Voici donc ce qu'il en écrit, entre autres choses, à son ami, dans ses relations familières. On trouve parfois des nids de colibry sur les branches de quelques unes de ces plantes de tabac qu'on laisse croître aussi haut qu'elles peuvent pour en avoir la graine. Je me souviens qu'un de nos nègres m'en montra un qui était ainsi fort proprement attaché sous une de ces branches. Même , comme j'étais à Saint-Christofle, à la pointe des Palmistes , un Anglais m'en fit voir un qui tenait à l'un des roseaux qui soutenaient la couverture de sa case à tabac , comme on parle aux îles. J'ai vu aussi un de ces nids avec les œufs, qui était encore attaché à la branche qui avait été coupée pour l'ornement du cabinet d'un curieux , laquelle avait encore le mâle et la femelle secs , et conservés en leur entier; et c'est là oii je considérai attentivement et le nid et l'oiseau : et après avoir admiré l'œuvre de Dieu en cette petite créature , je dis, étant tout ravi à la vue de ce nid, qui étoit de la grosseur d'une noix :
« Que la matière ou la figure « Se fasse ici considérer , « Rien ne se doit accomparer " A cette exquise architecture :
« Une solide dureté
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« S'y mêle avecque la beauté « Piir un singulier artifice ; « Car un bec est tout l'instrument « Qui donne à ce rare édifice « Son plus précieux ornement. »
« Au reste, il se voit de ces oiseaux presque « dans toutes les Antilles; mais, selon la diversité « des îles, ils diffèrent de grosseur et de plu- « mage. Les plus beaux et les plus petits se trou- « vent dans l'île d'Aruba, qui relève de la colonie « hollandaise , qui est à Coraçao. On pourrait ce peut-être désirer ici que nous parlassions du ce chant de cet oiseau, et qu'après avoir ravi la ce vue et satisfait merveilleusement l'odorat , il ce contentât encore l'ouïe par l'harmonie de son ce chant. Quelques uns disent qu'en effet il y en ce a qui chantent en quelque saison de l'année ; ce mais il y a apparence que ce qu'on appelle le ce chant du colibry n'est autre chose qu'un petit ce cri semblable à celui de la cigale, qui est touce jours d'un même ton: mais quand il ne chante ce rait pas , il possède sans cela assez d'autres rares ce avantages pour tenir rang entre les plus beaux ce et les plus excellens oiseaux. Ceux qui ont dece meure au Brésil nous rapportent constamment ce qu'il y a un petit oiseau nommée Gonambuch , ce d'un blanc luisant, qui n'a pas le corps plus <c gros qu'un frelon , et qui ne doit rien au Ros-
signol pour le regard du chant clair et net. Peut-être que c'est une espèce de colibry , comme quelques uns le présument : mais toujours n'est-il point comparable, ni en beauté de plumage , ni en odeur et autres ravissantes qualités, à celui que nous venons de décrire. Ceux-là ont mieux rencontré, qui ont dit que ce chef-d'œuvre de la nature est une espèce de ces petits oiseaux que quelques Indiens appellent Guaraciaba ou Guacariga , c'est-à-dire rayon du soleil, et Guaracigabas , c'est-à-dire cheveu du soleil. Les Espagnols le nomment Tomineios, parce que quand on met un nid dans un trébuchet à peser l'or, il ne pèse ordinairement que deux de ces petits poids que les mêmes Espagnols appellent tominos, c'està-dire vingt-quatre grains. Quelques uns ont mis en avant qu'une partie de ces admirables colibrys étaient premièrement des mouches, qui puis après se transforment en oiseaux. D'autres ont écrit que les Antillois appelaient ces oiseaux des Rénez , parce qu'ils dorment la moitié de l'année comme le loir, et qu'ils se réveillent au printemps, renaissant comme de nouveau avec cette agréable saison. Mais il y en a qui disent que lorsque les fleurs viennent à tomber ils poussent leur petit bec dans le tronc des arbres, et y demeurent fichés immobiles comme
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« morts pendant sîk mois, jusqu'à ce que la terre « vienne à être couverte d'un nouveau tapis de « fleurs. Mais nous n'avons garde de mêler tous « ces contes à la véritable histoire du colibry, et « nous ne les faisons toucher que du bout du « doigt en passant. Nous fermerons ce chapitre « par une chose bien digne d'être remarquée, et qui ne se voit pas ailleurs , si ce n'est dans la Guinée , comme Linscot le rapporte : c'est le merveilleux instinct que Dieu a donné à tous les petits oiseaux de l'Amérique pour conserver leur espèce. En ce qu'y ayant parmi les bois une sorte de grande couleuvre verte et menue, rampant sur les arbres , et qui pourrait , s'entortillant de branche en branche, aller manger les œufs des oiseaux, dont elles sont fort avides ; pour empêcher ces larronnesses d'atteindre à leur nid, tous les petits oiseaux qui n'ont pas le bec assez fort pour se défendre contre leurs ennemis , font leurs nids au bout fourchu de certains petits filamens qui, comme le lierre, croissent à terre , s'élevant à la faveur des arbres, et , s'étant poussés jusqu'à leur sommet ne pouvant aller plus outre , retombent en bas quelquefois deux ou trois brasses au dessous des branches. C'est donc au bout de ces ligamens, nommés lianes par nos François, que les oiseaux attachent fortement leur nid avec une telle
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a industrie , que lorsqu'on les rencontre dans les « bois , comme il y en a un grand nombre , on « ne peut assez admirer ni la matière, ni l'ou- « vrage de ces petits édifices branlans. Pour ce « qui est des perroquets et des autres oiseaux « qui sont plus forts, ils font leur nid dans le « creux des arbres ou sur les branches , comme fc ceux de par deçà ; car ils peuvent rechasser « avec le bec et les ongles les couleuvres qui leur (c font la guerre. On trouvera en la page suivante « les figures des oiseaux les plus rares et les plus ce considérables que nous venons de décrire ; mais « il faut confesser que le burin ni même les pince ceaux les plus délicats ne leur sauraient douce ner la grâce , les traits , ni toutes les vives couce leurs dont ils sont naturellement parés. »
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