ACTE DEUXIÈME
ALPHONSE
C'est du Cynisme. (Il se met à une table et écrit.)
LÉENA.
Il y a des heures, messieurs, où le cynisme vous plaît, et il y en a d'autres où il ne vous plaît plus : j'en suis désolée. Guerre contre guerre ! Nous prendre notre jeunesse et garder votre fortune, voilà ce qui vous paraît tout simple. Prendre votre fortune et garder — le plus tard possible — notre jeunesse, voilà ce qui nous semble légitime.
ALPHONSE, remettant à Léena ce qu'il vient d'écrire.
Finissons-en! Tenez l
LEENA, après avoir lu.
C'est bien ! Mais tu as mis la date en chiffres, répète-la en toutes lettres! Je n'aime pas les discussions avec les héritiers!... (Alphonse se met de nouveau à écrire.) La date est importante.
27 août 1865.
ALPHONSE
Est-ce bien? N'avez-vous plus rien à ajouter et à corriger?
LÉENA.
Non. Maintenant, en cas de contestation de la famille, cela sera suffisamment en règle. Bonsoir et bonne nuit, mon petit Alphonse. Dors bien et bats-toi bien. Tu ne m'embrasses pas?
ALPHONSE, impatienté.
Non.
LEENA.
Tant pis pour toi ! cela te portera malheur. (Eue son.)
ALPHONSE , seul.
Voilà mon châtiment ! Et c'est à cette fille, qui ne m'aimait pas, que j'ai sacrifié ma femme, qui m'aimait et qui, peut-être, n'a bravé la' médisance que parce que c'était la calomnie... Quelle journée! Deux meurtres sur le point de s'accomplir, et deux duels, dont un seul a été arrangé, et à quel prix? Au prix des excuses les plus humbles. Il l'a fallu pour n'être pas tué par le ridicule.