‹ Les Trois armes, ou Tactique divisionnaire du colonel prussien DeckerChapitre 35 sur 49 · REMARQUES PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

REMARQUES PRÉLIMINAIRES

Nous avons déjà discuté les règles servant à diriger les combats en plaine et les conditions particulières à certaines natures de terrain, telles que les forêts et les montagnes. Nous allons traiter maintenant des diverses espèces de localités qui se rencontrent dans chaque contrée, et dont la possession, quelquefois d’une importance immense à la guerre, ne s’acquiert souvent qu’au prix de grands sacrifices.

Ainsi : 1° Les défilés.

2° Les ponts et les gués.

3“ Les chaussées remblayées.

4° Les maisons isolées et les enclos considérables.

5° Les villages.

98 POINTS TACTIQÜBS.

6° Le passage des rivières.

7° Les obstacles formés par la fortification de campagne.

Avant de donner l'ordre de s’emparer de tel ou tel point, il faut examiner attentivement sa corrélation avec celui que nous occupons.

Lorsqu’il nous suffira de connaître les positions de l’ennemi ou l’époque à laquelle il devra occuper nne.localité , s’il n’y a pas d’ailleurs nécessité que nous l’occupions nous-mêmes, nous nous bornerons alors à l'observer.

Si l’occupation est indispensable pour maintenir notre position, il faut alors nous rendre maîtres de ce point par tous les moyens dont nous disposons, et nous y maintenir avec persistance.

Ce système n’admet que deux conditions : l'observation et l’occupation.

C’est ici le lieu d’expliquer qu'observer, à la guerre, sign fie l’action de se tenir sur ses gardes, et même de surveiller avec une force armée les mouvements que nous voyons faire à l'ennemi.

Posons comme premier principe, que l’on doit s’abstenir d’occuper les points peu susceptibles d'être défendus, et se borner simplement à les observer.

Les points tactiques exigent en général le concours de la fortification de campagne (t).

(I) Nous renvoyons à ce propos le lecteur il un ouvrage trèsinstructif et très-attraynut : Le Traité pratique de fortification v^ssagere, par Jeljli. . [Trad. angl.)

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POINTS TACTIQUES

Pour occuper ces points avec l’intention sérieuse de les défendre, trois conditions sont de rigueur :

1° L’occupation d'une ligne avancée (l’enceinte ou les abords), avec une ligne de feu.

2° I/appui de cette ligne.

3° Une force eu masse, au moyen de laquelle l’ennemi est repoussé s’il a fait irruption; ou bien • la place enlevée, si c’est nous qui attaquons.

Quand on aura examiné sous ces trois points de vue l’occupation d’un village, d’un pont ou d'un ^ rempart, l’emploi des troupes se fera en consé- * quence.

La défense du passage d'une rivière offre souvent quelque analogie avec ces principes, bien qu’elle ne ressorte pas aussi évidente que dans d’autres cas.

Les mêmes règles régissent l’attaque. On doit :

1° Repousser la ligne avancée de l’ennemi.

2° Rejeter en arrière ses appuis.

3° Refouler le corps principal de l’ennemi qui forme la réserve des forces ci-dessus.

Nous nous bornerons à énoncer ces principes pour éviter de tomber dans des répétitions, et nous supposerons qu’on ne négligera jamais de recourir à la fortification de campagne lorsque les circorustances le permettront.

C’est encore ici le cas de faire une remarque : l’art du tacticien consiste à frapper toujours juste. L’emploi d’un très-grand nombre de troupes gêne les mouvements, et leur agglomération sur un même

1 00 DÉFILÉS

point peut devenir souvent nuisible. D’un autre côté, rien ne compromet davantage le succès pour le but qu’on se propose, que l’emploi de demi-mesures ou la pénurie de troupes.

DÉFILÉS

L’emploi de ce mot a lieu en raison du plus ou moins grand nombre de troupes occupant un terrain resserré.

En effet, une route percée dans les montagnes devient un défilé pour vingt mille hommes, tandis qu’ellepeut servir de front de bataille pour deux cents hommes. Ce mol, en langage militaire, s'entend non-seulement d’une route resserrée par ellemême, mais encore des hauteurs qui limitent la vue (1).

On peut défendre la plupart des défilés avec une force inférieure à celle de la partie agressive ; ce qui prouve le rapport existant entre cette branche de la tactique et l’art de la fortification, dont l’application bien réglée décuple la puissance défensive des défilés.

On comprendra aisément que ce qu’on doit d’a-

(1) En topographie un défilé diffère d’un col de montagne en ce qu’il pent indifféremment être situé sur les hauteurs ou à leur , pied et qu’il offre un passage entre des escarpements resserrés par lesquels il est soutenu ou encaissé.

(Général Bardin, Dictionnaire de l'armée de terre.) ( Trai . franç.)

DÉFILÉS

bord rechercher dans la disposition d’un défilé, c’est qu’il ne puisse être tourné qu’à une grande distance; car, autrement, il deviendrait plus dangereux pour nous que pour l’ennemi , surtout si ses mouvements nous étaient cachés.

Un défdé peut être défendu de trois manières, selon la nature du terrain :

1° Par une formation en deçà du défilé.

2° Par une formation dans le défdé.

3° Par une formation au-delà du défdé.

Ua première offre des avantages incontestables et devra toujours être préférée, chaque fois que le terrain le permettra.

La seconde n’est applicable que dans de très-longs défdés ayant de larges ouvertures et ne pouvant être tournés.

Enfin, la troisième ne doit être employée que trèsrarement , et seulement dans des circonstances exceptionnelles.

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