‹ Les Trois armes, ou Tactique divisionnaire du colonel prussien DeckerChapitre 40 sur 49 · EN ARRIERE DU DÉFILÉ · texte numérisé non relu

EN ARRIERE DU DÉFILÉ

Nous avons déjà dit que la formation en arrière du défilé est la plus naturelle et la plus fréquemment employée. Lorsque l’ennemi débusque du défilé, rien ne cause plus de ravages dans ses rangs que le feu bien dirigé de l’artillerie. Notre premier soin doit donc être d’assurer une bonne position aux pièces que nous massons. à 3, 4 ou 300 mètres en deçà de l’entrée du défilé. Nous serrons les intervalles entre les pièces de la batterie du centre, et étendons, au contraire, ceux qui régnent entre cette batterie ainsi massée et les batteries des ailes.

En arrière de la batterie du centre et vis-à-vis de la gorge du défilé, on place les obusjers à environ 1,000 ou 1,200 mètres (t).

On place sur les flancs la première ligne d'infauleric en colonne par bataillon, soit en arrière, soit

(I) A cette distance de 1,200“, la trajection des oiüus de 16 cent, à grande charge, avec un angle de tir de 4° 37’ 20”, passera à 10“,50 au-dessus de la batterie de canons placée à 300“ en deçà de l’entrée du défilé, et à 15“ au-dessus de cette même batterie placée à 500“ du défilé. (Trad. franç.)

DÉFILÉS. *

sur l’alignement des batteries, de manière à ne pas gêner l’artillerie (1).

La deuxième ligne se forme également en colonne par bataillon, à environ demi-distance de la première ligne.

Si la première ligne était à plus de 500 mètres du défilé, ses eflorts seraient inefficaces pour refouler l’ennemi à sa sortie. Si elle était plus rapprochée, elle paralyserait les mouvements de la cavalerie.

L’ennemi tentera très-certainement de nous tourner. 11 est alors de toute évidence que nous devons placer la plus grande partie de la cavalerie sur le liane menacé car ; elle a pour double but de rejeter l’ennemi dans le défilé et d’aller à la rencontre des forces destinées à nous tourner.

Il y a encore d’autres dispositions indispensables :

1° Nous devons occuper la gorge du défilé par une ligne de tirailleurs.

2° 11 faut envoyer dans le défilé une reconnaissance de cavalerie légère pour reconnaître l’approche de l’ennemi et son ordre de marche.

3° Nous devons occuper et fermer toutes les

(I) Le principe émis ici par l’auteur sur la dépendance de l’infanterie par rapport à l’artillerie, faitexceptiun à la règle, qui, à la guerre, prescrit à l’artillerie de subordonner ses mouvements à ceux des autres armes. (Trad. franç.)

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issues par lesquelles l’ennemi peut nous tourner, et détacher à cet effet une force mixte.

Nous pouvons ici décrire la marche probable de

Nous sommes informés par nos patrouilles que l’ennemi suit la route directe du défilé; elles ne peuvent nous en apprendre davantage et la ligne de feu devient alors notre seul guide; nous ne bougeons pas jusqu’à ce qüe nous ayons obtenu des renseignements plus complets sur les plans de l’ennemi. Tout est encore silencieux sur notre droite, vers le point où nous sommes plus exposés à être tournés.

Notre poste avancé de cavalerie.

Point le pins rapproché par lequel nous pouvons être tournés.

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Cavalerie de réserve et artillerie légère.

l’affaire

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Bientôt l’ennemi se montre à la sortie du défilé : notre ligne de tirailleurs est repoussée, et les batteries ouvrent leur feu. Celles du centre tirent à boulets, celles des ailes à mitraille. L’ennemi pousse en avant quelques pièces soutenues par la colonne qui essaie de se déployer; nos batteries des ailes font converger sur lui un feu nourri de mitraille, et la cavalerie charge la tète de colonne (1).

Cependant, notre but n’est pas atteint : l’ennemi porte en avant des troupes fraîches qui tentent d’entrer dans la ligne de bataille.

C’est alors l’instant de faire avancer notre première ligne à la baïonnette.

Cette première ligne échoue : elle est immédiate- ' ment remplacée par la deuxième ligne qui renouvelle l’attaque.

L’ennemi se retire en désordre. Ses pièces tombent au pouvoir de notre infanterie qui envoie scs tirailleurs à la poursuite ; ensuite, ceux-ci se rétablissent dans leur position primitive ; mais, tout à coup, l’ennemi fait volte-face et scs masses surgissent de nouveau du défilé : nos tirailleurs sont repoussés et couvrent le front et les intervalles de notre première ligne.

Le moment devient de plus en plus critique ; nous sommes sur le point de lancer notre cavalerie afin

0)U u’est pas besoin de dire que l’artillerie interrompt son feu, lorsque la cavalerie entame la charge sur la tète de colonne.

(Trad. franç.)

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d’arrêter le torrent par une prompte et vigoureuse charge, lorsque quelques coups de canon sur la droite nous avertissent que l’ennemi essaie de nous tourner.

Nous apprenons bientôt que sa cavalerie est formée dans la plaine. Tandis que nous envoyons à sa rencontre toute notre cavalerie et l’artillerie à cheval, nous recommençons, en même temps, un mouvement offensif sur notre front, comme seule digue à opposer aux progrès de l’ennemi.

Ce n’est que lorsque cette dernièrd attaque échoue et que notre infanterie et notre artillerie ne peuvent plus tenir en avant du défilé, que nous devons abandonner notre position, et faire une retraite en bon ordre, les trois armes se prêtant un mutuel appui.

Nous ne devons pas, d’ailleurs, redouter une poursuite de l’ennemi qui a été lui-même trop rudement éprouvé et qui est obligé de rallier ses troupes et de les reformer.

Il y a de fréquents exemples de batailles perdues en arrière d’un défilé, parce qu’on a laissé déboucher une partie de la force attaquante, dans l’espoir de pouvoir la détruire avec plus de facilité. Ce serait pourtant un tort de tenir trop peu de compte de son ennemi dans ces combats de défilés, où le plus faible n’a souvent d’autre alternative que celle de vaincre ou de mourir.

Nos obusiers servent peu contre les troupes qui

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ont déjà forcé le passage du défilé; mais ils peuvent être employés avec avantage contre celles qui les . suivent et qui sont encore engagées dans l’intérieur.

Leur feu est suspendu lorsque l’infanterie attaque à la baïonnette, et il recommence dès que l’ennemi est repoussé dans le défilé.

Tant que la direction du tir est bonne, nous ne devons pas nous inquiéter de leur portée; car, l’effet des obusiers est certain, lorsqu’ils tombent sur une route encombrée de troupes.

Quant à leur position, il est toujours préférable de les placer derrière les autres batteries et non pas en arrière de l’infanterie ou de la cavalerie, parce que ces armes pourraient ne pas savoir se garantir des légers risques inhérents à cette position.

ATTAQUE d’un DÉFILÉ.

Lorsque l’ennemi est formé en avant ou dans l’intérieur du défilé, l’attaque, à forces égales, n’offre pas de difficultés; mais si l’on suppose qu’il a pris position de l’autre côté dans le dessein de s’opposer à notre passage, après avoir bien pesé et reconnu la nécessité de forcer le défilé, comme nous devons nous attendre à de grandes pertes, nous allons procéder avec détail aux dispositions à pren-

dre. .

Une garde avancée de cavalerie doit d’abord repousser le poste de cavalerie ennemie.

" DÉFÛfeS. . 117

L’infanterie légère suit et attaque méthodiquement la ligne de tirailleurs ennemis. Le corps principal demeure en arrière. Le défilé masque nos dispositions à l’ennemi qui ne peut les apprécier, pendant que nous accomplissons notre reconnaissance sous la protection d’un corps avancé d’infanterie. En effet, s’aventurer dans un défilé, sans une reconnaissance préalable , serait le comble de la folie.

Nous faisons ensuite avancer une batterie d’artillerie légère; car, en négligeant de préparer le mouvement de l’infanterie par le feu de l’artillerie, nous nous exposerions à sacrifier inutilement bien des hommes.

En 1790, au pont du Diable, près de l’Urnerloch (1), Souwaroff, voulant traverser une galerie souterraine longue de 80 mètres environ, livra les chances du passage à la bravoure de ton infanterie. Les Français avaient placé en avant une batterie qui ne tira pas à mitraille, mais à boulet, Souwaroff fut obligé de se retirer.

11 est permis de douter qu’il eût réussi en mettant de l’artillerie en tête de sa colonne ; en tous

(1) L'Vrnerloch ou Trou-d'Vri, auquel on arrive par le Pont-du- • Diable. Ce pont est construit sur un précipice du mont Saint- Gotbard, au fond duquel coulent les eaux de la Reuss. L'Vrnerloch donne accès dans la riante vallée d 'Urseren. Dans le cours de 1799, cette vallée fut le théâtre de sauglants combats livrés entre les Russes, les Autrichiens et les Français. {Trad. franç.)

1 1 8 DÉFILAS.

cas, il aurait été conséquent en ne tentant pas le passage sans cette précaution.

Toutefois, ce serait sacrifier inutilement son artillerie que de l’envoyer sans méthode à l’entrée d’un défilé sur une route étroite, ou de la lancer au hasard dans la plaine. Nous devons nous arranger pour placer nos pièces sur les côtés du défilé, à hauteur de notre ligne avancée d’infanterie légère.

Dès que deux pièces peuvent entrer en action, il est bientôt permis de leur en adjoindre d’autres.

la batterie du centre étant la plus dangereuse, nous concentrons notre feu sur elle, et, si nous pouvons attirer le sien sur nos pièces, il en résulte grand avantage pour nous.

Viennent ensuite les dispositions pour la colonne d’attaque.

Nos bataillons d’élite sont placés en tète, précédés par un bataillon d’infanterie légère d’une bravoure éprouvée.

11 ne faut pas essayer de forcer un défilé avec moins de trois bataillons. Les deux bataillons de ligne marchent à côté sur un front aussi étendu que le permet le terrain.

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Des colonnes semblables suivent, aussi près que possible. Soit que l’attaque réussisse ou non, la première colonne ne doit pas se détourner, mais se diviser à droite et à gauche; ses divisions restent massées, parce que la cavalerie est à proximité, et elles prennent possession du terrain à l’entrée du défilé.

Les tirailleurs avancés visent principalement les artilleurs ennemis. S’ils parviennent à les faire retirer, la force principale de la défense se trouve annihilée.

C’est en ce moment qu’un vigoureux escadron peut rendre un grand service en appuyant les mouvements de l’infanterie légère, comme fit la cavalerie française à Cagliano.

La deuxième colonne arrive ensuite, puis la troisième après elle, jusqu’à ce que nous ayons une quantité suffisante de troupes dans le défilé pour former notre ligne de bataille.

A ce moment la batterie centrale de l’ennemi sera vraisemblablement forcée de se taire; car, étant masquée par sa propre cavalerie ou son infanterie, elle ne pourra tirer.

Si le terrain a permis à l’infanterie légère de s’étendre le long des flancs extrêmes du défilé, cela facilitera beaucoup l’établissement du gros de notre infanterie à l’issue du défilé.

On peut affirmer qu’il est difficile de déloger trois bataillons qui se sont régulièrement établis à la

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sortie d’un défilé. C’est alors l’instant de porter en avant notre artillerie légère, en laissant ses caissons en arrière. Elle se forme sur le flanc de l’infanterie, de manière à ne pas obstruer la route.

Dès que cinq bataillons et deux batteries sont entrés en position , le gros de notre cavalerie passe en avant; après elle, la grosse artillerie (1) prend la place de l’artillerie à cheval, en sorte que celle-ci puisse rejoindre la cavalerie. Le reste de l’infanterie ferme la marche.

Tous les mouvements doivent être aussi rapides que possible à travers le défilé, de façon, toutefois, à avancer sans désordre.

La faute que commet le plus fréquemment l’armée attaquée, est de rester trop longtemps avec ses troupes avancées dans l’intérieur du défilé.

Nous citerons à l’appui, l’exemple. des Autrichiens à Ebersberg, en 1809; Masséna, ayant repoussé l’avant-garde de l’armée Impériale, traversa le Traun en même temps qu’elle, non pas en tirailleurs, mais en masses serrées, et s’établit sur la rive autrichienne.

Nous nous résumerons en disant que la principale arme pour l’attaque d’un défilé sur un point fortifié, c’est l’artillerie.

(1) L'expression the heavy artillery, que nous traduisons par grosse artillerie, répond dans l’armée française au calibre de douze.

(Trad. franc.)

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