FORMATION EN LIGNES ET EN COLONNES
Afin de procéder régulièrement, nous allons récapituler quelques dispositions dans les chapitres consacrés à chaque arme , mais nous les restreindrons autant que possible; et à la rigueur, ceux auxquels ces principes sont familiers, pourront se dispenser d’en prendre connaissance.
L’infanterie joue le principal rôle dans les armées européennes (1). On l’emploie également et pour
(I) Il en fut de même dans l'antiquité. Dans les armées grecques, l’infanterie occupa une place importante; on sait quel éclat jetèrent les légions romaines. Au moyen ège cette arme fut complètement effacée et ce n’est que vers le milieu du quinzième siècle
/ Gocgle
FORMATION EN LIGNBS
l’attaque, <*t pour la défense. Elle opère sur toute espèce de terrain. Elle compose, en général, les quatre cinquièmes d’une armée.
L’infanterie se divise en deux catégories :
1“ La grosse infanterie, ou infanterie de ligne, dont l’objet est de renverser tous les obstacles, soit à l'aide de son feu, soit avec ses masses.
2° Infanterie légère, ou tirailleurs, dont la destination est de harasser l’ennemi, de l’incommoder, de le tenir sans cesse en haleine par le feu de ses hommes dispersés çà et là.
L’infanterie de ligne est ordinairement échelonnée sur deux lignes, (indépendamment de sa réserve). La distance à observer de l’une à l’autre ligne dépend de la nature du terrain. Elle est généralement de 150 à 300 verges (1), dans le but de metlre la seconde ligne le plus possible hors des atteintes du feu de l’ennemi.
Sur les terrains irréguliers, les lignes peuvent u’être placées qu'à une distance de cent mètres; mais sur les terrains découverts, on peut étendre cette distance jusqu’à 2 ou 300 mètres.
qu’on la voit reparaître. L’infanterie suisse fut la première, parmi les puissances chrétiennes, qui ait été organisée d’une manière régulière et permanente. Les Allemands, puis les Espagnols vinrent plus tard. (Noie du Irad. franç.)
(1) La verge est une mesure anglaise qui correspond approximativement, abstraction faite des fractions, au mètre français. Pour plus de clarté, nous n’emploierons dans la suite de notre travail que cette dernière expression. (Trad. franç.)
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L’infanterie légère, clans le but de préserver la ligne de bataille du feu de l’ennemi, se porte à 300 ou 400 mètres en avant, appuyée par ses réserves particulières.
On laisse ordinairement un intervalle de 50 mètres entre les bataillons déployés; pour faciliter le déploiement des colonnes, on laisse aussi entre elles un intervalle qui peut être modifié selon les circonstances. Dans un pays de plaine, les colonnes peuvent, par conséquent, s’appuyer l’une contre l’autre.
L’infanterie légère ne doit pas, en règle générale, commencer son feu à plus de 300 mètres. A cette distance, il est à peu près certain qu’un coup sur dix portera.
Ce feu, cependant, ne décide rien. 11 n’est destiné qu’à utiliser les hommes qui couvrent le front de la ligne, jusqu’à ce que les autres troupes soient engagées dans l’action. Quant au feu de la ligne, il faut pour qu’il produise tout son effet, ne pas le commencer à plus de 200 mètres; en procédant ainsi, on sera sûr qu’en moyenne un coup sur dix portera.
On a souvent eu lieu de faire cette remarque, que les troupes mercenaires ménageaient beaucoup mieux leur feu, que les troupes nationales (1). Le
(1) Cotte opinion serait sujette h controverse, bien que plusieurs écrivains didactiques, el, entre autres le général de Chambray, dans sa Philosophie de la guerre, aient émis et appuyé par des raisons,
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régiment du prince Ferdinand (1), à Brcslau, laissa les Autrichiens s'approcher à soixante-quinze pas, et alors, d’une seule décharge, il culbuta les deux tiers de leurs bataillons (2).
Si la première ligne est mise hors de combat, la seconde ligne ne doit pas attendre qu’elle soit rejetée sur elle, elle doit, au contraire, pousser en avant ses colonnes et la remplacer; cela produit un grand effet moral, et cela nous semble, par conséquent, préférable au passage des lignes, tel qu’il eut lieu à Torgaw (3).
Sans discuter ici le point si souvent débattu de la disposition en colonnes ou en lignes, nous pouvons
sinon rigoureusement justes (s’il nous est permis de parler ainsi), du moins assez spécieuses, ce paradoxe do la supériorité des troupes étrangères soldées sur les troupes nationales. D'autres auteurs ont pris à lèche de combattre cette opinion par des raisons qui ont plus de valeur à nos yeux et qui sont, d’ailleurs, plus en rapport avec l’honueur national. ( Trad . franç.)
(1) Duc de Brunswick.
(2) Souvarrow aussi, reconnaissant riuefficacité du feu de la ligne, avait coutume de dire à ses soldais : « Que trois cartouches suffisaient à chacun d’eux; avec une, ils pouvaient tuer un ennemi à 30 mètres; la baïonnette faisait raison d’un second adversaire, et le reste étpit mis en fuite. » On pourrait, à la rigueur, renchérissant sur Souvarrow, dire qu’à ce compte, il y avait deux cartouches de trop, s’il n’était entré dans sa pensée que les deux dernières étaient destinées aux éventualités. (Trad. franç.)
(3) Ville forte des Etats prussiens, qui donna son nom à la vic-
toire qu’y remporta en 1760 le grand Frédéric, au moment où, croyant la bataille perdue, son année se disposait à battre en retraite. (Trad. franç.) , ' ,
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affirmer qu’il est impossible de conduire une longue ligne déployée et d’appliquer son feu à l’attaque d’une position : que dans un cas semblable, la colonne est ce qu’il y a Je mieux ; mais que la profondeur doit être diminuée assez sensiblement pour présenter, au besoin, le front de bataille le plus étendu et affaiblir 1'etTet du feu de l’ennemi. Les trois conditions exigibles sont : la force, la mobilité et l’étendue du feu.
Dans l'attaque, le système des colonnes couvertes et. protégées par les tirailleurs, est excellent. Il évite le flottement des lignes en marche (1). Ce mode de combat fut créé en 1813. 11 est souvent arrivé que les tirailleurs repoussés étaient recueillis par le bataillon qui marchait en arrière; ils ne reprenaient pas leur place dans la colonne, mais ils marchaient dans les intervalles.
Les tirailleurs sont aussi d’un grand secours pour appuyer une mauvaise infanterie. Ils avancent, parce que les colonnes avancent elles-mêmes ; et celles-ci marchent avec d’autant plus d’ardeur qu’elles se sentent stimulées par l’ardeur même des tirailleurs.
Si l’on néglige cette précaution, les colonnes, ef-
(1) La formation des colonnes s’applique aux années du continent, tandis qué les armées anglaises ont conservé l’ancien système de déploiement. A Waterloo, la dernière manœuvre de Wellington sur quatre de jtrofandrur peut être citée comme exemple de ratfaque en ligue. ( Trad . angl .') ,
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frayées par le feu de l’ennemi, s’arrêtent et se déploient involontairement pour commencer un feu sans effet. Elles sont particulièrement exposées à cet inconvénient, lorsque le terrain, par sa nature accidentée, fait perdre de vue l’objet de l’attaque pour lequel le mouvement avait été entrepris.
Outre cela, il devient très-difficile d’arrêter le feu une fois qu’il est commencé. Pour se remettre en mouvement, la colonne devra se reformer sous un feu meurtrier. L'histoire nous offre de fréquents exemples des déroutes occasionnées par ces haltes et ces feux qui suspendent l’attaque. En pareille occurence, pour peu que l’ennemi saisisse l’offensive, la ruine devient inévitable.
Le grand Frédéric a dit : « que dans une attaque, « l’infanterie ne doit jamais faire feu avant que l’en- « nemi n’ait tourné le dos; » et le nouveau système de tirailleurs a démontré l’heureuse combinaison du feu avec l’attaque à la baïonnette.
Les avantages qui résultent du système de tirailleurs en avant, sont ceux-ci :
L’effet du feu d’e la ligne est remplacé. Elle est forcée de marcher à la baïonnette.
Les colonnes peuvent être maintenues en ligne et faciles à conduire.
L’ennemi se trouve dans la nécessité de commencer son feu trop tôt.
Ses haltes et scs déploiements sont naturellement paralysés.
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L’art du tacticien consiste à faire passer ses troupes de la formation en bataille à celle en colonnes, et réciproquement, avec une égale promptitude et en temps opportun.
La formation en colonnes est surtout utile quand les circonstances rendent le maintien de l’ordre difficile ; et elle est généralement employée pour l’attaque à la baïonnette, à moins que la ligne déployée en bataille n'ait repoussé l’attaque avec succès; toutefois, dans ce dernier cas, le moindre délai peut faire perdre l’avantage.
Quant à ce qui louche la défense, l’ordre de bataille avec la seconde ligne en colonnes est le meilleur. Dans l’attaque à la baïonnette, il y a un grand avantage à rapprocher la seconde ligne à 150, 100 ou môme 80 mètres, d’après ce principe qu’un clou chasse l'autre.
Indépendamment de ce système, il existe encore une troisième disposition mixte, dont les Russes ont fait usage à Eylau (1); elle consiste à déployer en ligne un des trois bataillons d’un régiment et à placer les deux autres bataillons en colonnes aux extrémités.
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(I) S février 1x07. (Aad. franç.)
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Ce plan est bien adapté à la défensive offensive (1 ). Le bataillon, déployé en bataille, résiste longtemps à l'aide d’un feu meurtrier, et les troupes formées eu colonnes peuvent déboucher par les intervalles.
Opérer une retraite avec toutes les lignes à la fois, est une opération dangereuse, lorsqu’on est serré de près par l’ennemi , et il en peut résulter beaucoup de désordre. Quand on en est là , chaque ligne formée en colonnes doit faire sa retraite alternativement.
Une masse énorme d’infanterie opposée à la cavalerie, vaut moins que de petites masses qui peuvent appeler à leur aide les ressources de la tactique. La disposition de l’infanterie en colonnes ou carrés (appelée Tête de porc ou Ordre en herse) est ensuite ce qu’il y a de mieux.
L’infanterie peut attaquer à la baïonnette une cavalerie sans résolution. Néanmoins, en règle géné- «
(I) Nous laissons subsister celte expressio'n pittoresque, qui se comprend mieux qu’elle ne peut s’expliquer. ( Trad . franç.)
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raie, l’infanterie ‘doit attendre de pied ferme le choc de la cavalerie, et non s’exposer à le recevoir quand elle est en mouvement.
11 est très-essentiel de mettre les colonnes d’attaque à l’abri du feu de l’artillerie; non en lâchant pied, mais en profitant des irrégularités et des sinuosités du terrain.
Quand les colonnes sont sous le feu de l’infanterie ennemie, ce n’est pas le moment de calculer les moyens de les y soustraire. Le seul mot à prononcer est : En avant ! On laisse aux tirailleurs et aux troupes de renfort le devoir de les protéger.
Lorsque l’infanterie sera sous le feu de l’artillerie et qu’il sera avéré qu’elle est à la portée du but en blanc, il suffira d’un changement de position de cinquante mètres sur le front ou en arrière; et quand sa position première l’exposera au ricochet, on la fera appuyer , à la même distance , sur l’un des flancs.
Comme ces changements de position exercent une influence fâcheuse sur le moral du soldat, dans le cas où il faudrait les renouveler plusieurs fois, mieux vaudrait laisser la troupe sous ses tentes et charger les tirailleurs seuls du soin de faire taire l’artillerie (f).
(1) Nous ue comprenons pas bien le sens sérieux de ce paragraphe; car, il nous paraîtrait absurde de mettre les soldats sous les tentes, lorsque les tirailleurs scraieirt'aux prises avec l'artillerie. C’est dire qu’on doit éviter celte nécessité par une habile disposition. ( Trad . firent-)
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Quand l'infanterie reçoit l’ordre d’attaquer l’artillerie, il faut se rappeler qu’à la guerre elle doit toujours avoir un appui prêt à la soutenir ; à cet effet, on en tient une partie en réserve.
L’infanterie est par conséquent divisée en deux corps : l’un marche sur les batteries, en tirailleurs, avec ses réserves, tirant parti du terrain et ramassant, autant que possible, les batteries sous son feu; l'autre corps attaque en flanc, s’il y a lieu, les troupes qui soutiennent l’artillerie.
C’est ainsi que deux compagnies de Prussiens s’emparèrent, sans perte, d’une batterie française à la bataille de Katsbacli (1), tandis qu’un de leurs bataillons fut anéanti à Dennewitz, en attaquant une batterie sans méthode et sans tactique (2).
L’artillerie étant soutenue par la cavalerie, on pourra adopter la disposition en herse avec les tirailleurs.
Si la batterie est appuyée par l’infanterie, on peut sagement adopter l’ordre dit : En tenaille, en portant ses flancs en avant et refusant le cenlre. Il arrive souvent qu’une attaque de flancs réussit, surtout lorsque les troupes qui appuient l’artillerie sont mal dirigées, ce qui arrive fréquemment.
(1) 26 avril 1813. (Trad. franç.)
(2) Sreplembrc 181 3. (Id.)
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