M. WILSON A LA CHAMBRE ET NOTRE INDÉPENDANCE
4 février 1919.
En preoant place à la tribuae de la Chambre, dans cette Ekssembtée qu'il a jugée si exactement, M. le président Wilson s'eat-il rappelé les sentences émises autrefois dans son livre L'Etat, éléments d'histoire et de pratique politique? S'est-il rappelé en particulier les [itrases ([ui servaient de manchette à notre numéro du 17 janvier? Elles disaient :
La responsabilité ministériello a rapidement fait place en France, dans les dernières année*, an Gouveroement par tes Chambres ou, ce qui est pis, au Gouvernement par la Chambre des députés...
... La Chambre des députés est notoirement un corps sans modération...
...Et la France faiblit sous cette pesante, cette intolérable forme do gouvernement...
La c brillante conception de la France ■ qu'il nous apporte d'Amérique et qu'il a laissé entrevoir dans son discours d'hier n'a que des rapports très lointains avec ces aphorismes. Ce qui loi paraît désormais « briller • parmi nous, c'est l'élément sous lequel notre pays lui paraissait faiblir. Au contraire, ce qu'il partit traiter avec quelque indifférence, mémequelquedèdain, c'est l'élément national.l'esprit d'indépendance, la force militaire, tout ce à quoi nous devons d'exister et de respirer après quatre ans.
Etranges variationa ! M. Wilson se félioîte de la paix conclue, enfin, d'égaux à égaux avec l'Angleterre. Il prodigue à plusieurs reprises les marques d'estime et d'amitié au général Pershing. Mais à noua, que dit-il? Il croit pouvoir demander, en pleine Chambre ■ un peu d'abandon de notre indépendance d'action* et promet, an échange, quoi? La sécurité, ou pour mieux dire, l'assurance d'une sécurité dont il ne paraît distinguer encore ni les moyens réels, ni les solides garanties. Ainsi le cœur du président américain se révèle animé de sentiments généreux et même magnifiques, mais un peu protecteurs et nous no sommes même pas absolu* ment certains que les conditions réelles de cette protection soient devenues entièrement sensibles à son esprit. Ce qu'il a la grande bonté d'en dire suffirait sans nul doute s'il suffisait au pays de se croire défendu. Mais la France a besoin d'être en sûreté véritable. Elle ne peut pas croire au pouvoir des mots pour cela.