‹ Les trois aspects du président Wilson: la neutralité, l'intervention, lChapitre 106 sur 132 · M. WILSON A LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

M. WILSON A LA CHAMBRE

préoccupaient de manœuvres et de relations internationales. Ils auraient dû être préoccupés c des destinas des hommes et des femmes et de la sécurité de leurs foyers *. Ils ■ auraient dû prendre souci de voir leurs peuples heureux parce qu'étant à t'abri du danger ». Je peux assurer A M. le président Wilson . qu'il commet une double erreur de fait. Toutes les politiques (je ne parle que des politiques dignes de ■ ce nom) ont et ont eu toujours présent à l'esprit ce truisme que, sous les alTaires et les tractations des Gouvernements, il^ a les intérêts, il y a la vie matérielle des peuples, c'est-à-dire des hommes, des' femmes et des enfants. Quidqmd délirant reget...' Tous les Français, qu'ils soient royalistes ou républicains, ont plus ou moins souvenir de la fable que La Fontaine a intitulée Les membre* et l'estomac, où sont indiquées les suprêmes répercussions de la politique ; tous les Français ont lu, ou l'on a lu pour eux, la magnîdque page de la Politique de Bossuet où il est dit :

La joie rend les corps sains et vigoureux et fait profiter l'innocent repas que l'oa prend avec sa. famille loin de lacraiqte de l'ennemi et bénissant comme l'auteur de tant de biens le Prince qui assure la paix, encore qu'il soiten âtat de faire la guerre et ne la craigne j]ue par bonté 'et par justice.

' VAclion française est une école qui se singularise par bien des points. Elle n'a jamais songé à réclamer comme une distinction originale le fait d'insister i tout bout de champ sur les rapports des moindres intérêts particuliers et de l'intérêt général, de la

sûreté de l'Ëtat et de la sûreté des hommes, des femmes et des entants. Conclure une alliaoce nationale ou signer un traité de commerce sans avoir évoqué d'abord cette pensée des familles et des individus ne peut être le fait que de rhéteurs psittaoisfes ou de juristes devenus étrangers h la matière de leur savoir.

M. le président Wilaon commet une autre erreur. Si l'on n'a pas fait la faute qu'il indique, on en a fait une autre qu'il n'indique pas. On n'a pas assez fait de politique véritable. On a négligé cette étude, cette geiition de nos intérêts les plus généraux. On n'a pas tenu à jour au degré où il l'eût fallu les conversations de notre Gouvernement avec les Gouvernements étrangers. On n'a pas su constituer à l'avance, contre l'Allemagne, cette Ligue des nations que les hasards de la guerre ont formée peu à peu, automa.trquemeiit et trop lentement. Les Gouvernements et, entre tous, les nôtres, n'ont pas fait leur métier de gouvernement .

Pourquoi? Serait-ce pour des raisons de vaine diplomatie? M. Wilson le croirait-il? En ce cas, il ferait une troisième erreur. Cette politique extérieure n'a pu être faite parce que la politîijue intérieure nous dévorait. Les politiques n'ont pas rempli leur fonction, ils ont manqué à leur devoir parce qu'ihï étaient ou opprimés et gênés par les politiciens* ou eux-mêmes embauchés dans cette tribu de malheur. M. Wilson peuten croire,' non pas notre témoignage qui lui serait (bien à tort) suspect, mais le rapport de ce médecin de village que je publiais à cette place hier.

L,Cooglc

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Voici, m'écrirait le docteur Moret, de Courlon-sur- Yonne, un petit récit que je vous dédie pour corroborer ce que vous dites. Je vous livre les noms, le mien comme ceux dfi monsieur pour les publier au besoin, ei vous le Voulez; nous vivons dans un temps où il faut mettre les points sur les i, les poms sur les personnes, et ne pas se contenter de la polémique anonyme.

Or donc, en septembre 1913, j'assistais, comme conseiller municipal, k la distribution des prix des élèves d^ écoles de' mon village : Gourion (Yonne). La prési~ dence était dévolue au conseiller général de mon canRm : M. Ghéreau, vieillard falot et terne, qui eut la malencontreuse idée de nous servir comme morceau d'éloquence la lettre de Lé<jn Bourgeois, célébrant l'inauguration du palais de la paix à La Haye, d'où il résultait clair comme le jour (et ça ne faisait de doute pour aucun des assistants, que la paix était garantie à jamais, et la guerre désormais' impossible. Après ce ridicule factum, l'orateur ajouta des réflexions de son cru, aussi dépourvues de bon ^ssns que la lettre de Bourgeois : le commentaire valait le texte et tout était à l'avenant.

Placé derrière le personnage, vous pensez si, nourri de la lecture de ■ Kiel et Tanger ', je'bouillaJs i l'audition de ces inepties. Je passe pour un violent, à tort, coiflme Daudet. Si je l'avais été, si j'avais écouté ce que me dictait l'indignation, j'aurais empoigné le personnage par les épaules et je lui aurais fait vider l'estrade et crié à l'imposture. Je, me contentai, en guise de proies tatiqn, au moment des applaudissements, de lever les épaules le plus haut que je pus, et d'enfoncer mes mains au pl]fs profond de mes poches.

Mais je pris ma revanche. Huit jours après la déclaration de guerre, *r en contrant dans les mes de son village le stupide vieillard, disciple et thuriféraire de Bourgeois, je l'abordai en ces termes;

— ^h I bien, monsieur Chéreau, maintenant que les avénemsntsvouB ont dounéna tel démenti, que pensez-

vous de votre diicours de distribution de pijx i Cour- Ion ? Vous aviez de telles illusions ?

— Je les avais, me repartit le personnage.

— Eh bien. alors, 'lui dis-je, on peut appeler cela l'erreur de l'aveugle qui se fait chef. Bh bien .'monsieur, ce m'est en ce moment un soulagement de vous dire comment j'accueillis votre discours: en haussant les épaules et en mettant mes mains au plus profond de mes pDClies.

J8 ne seraîË pas pressé de livrer ce* réoit k la puUicîté. Mais puisque Bourgeois reparait sur la scène du monde après toutes les raisons qu'il a d'en sort^f, on peut craindre que ses lieutenants en fassent autant. Il faut, comme dit le populaire, leur mettre le nez dans leurs confitures. *

Dans noa moindres petites aggtomèrationa a sAvi la triste manie de U lotte intérieure; mais, quand un esprit prAvoyant y parlait des menaces étrangères, de la nécessité d'ariqpr, de la certitude de la lutte .extérieure, il y avait an Conseil municipal on au Conseil général quelque myatagoguo enivré pour évoquer l^utorité de Léon Bourgeois et de Jean Jaurès assurant que l'ère des violences était terminée, que la guerre était morte et que la Vigilance était affaire d'un autre temps. Voilà, monsieur le président de la République américaine, pourquoi la ville de Reims a été 1>rûlée, ravagée^ mise & sac par l'agresseur et l'envahibseur. Voilf^ la vraie raison. Elle est matérielle : nous n'4tions pas assez forts. Elle est morale : on nous avait empêchés de maintenir d'abord, 'ensilite de reconstituer notre force. Voilà ce qu'atteste non l'imagination juridique, toujours un peu arbitraire, mais la réalité consultée. Il est f&cheux delà voir négliger de si haut.

jb,C.ooglc .

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