LE MAUVAIS SIGNE
Il n'y a pas h établir de rapport de cause à effet entre les ambitions du pacifisme et les cruelles banqueroutes de la paix, mais il y a & constater l'extraordinaire inefficacité, l'inanité monstrueuse de cette prédication. La concordance des deux phénomènes est telle que l'on peut concevoir, sans grande chance d'errer, tout accès de pacifisme international comme un maurais signe, un signe à peu prés certain de guerre prochaine, et c'est ce que noua faisions remarquer, en propres termes, l'année du centenaire de Kant, en 1904, aux rhéteurs optimistes qui célébraient l'avènement d'un nouvel ordre dans les esprits et dans les nations : don seulement les cent ans écoulés ont enseigné tout le contraire, mais il n'était pas nécessaire d'avoir l'oreille bien fine pour sentir le bruit du canon qui se rapprochait des terres d'Europe. Ce n'était encore que le canon sibérojaponais de Ghemulpo. Hélas! dix ans plus tardl...
J'ai cru devoir recueillir ce témoignage de la con cordancedes choses et de nos idées dans mon livre de l'an dernier. Quand les Français ne s'aimaient pas*. On peut dire que ce fut là encore une simple coïncidence. Mais il y. en ' a beaucoup, de coïncidences pareilles! Quand on en aura noté dix et vingt autres, 1. Page 26S.
n'y aura-t-il pas lieu de se demander si une certaine maniàre de penser, une certaine entente générale des cliosss n'expliquerait point ces rencontres de l'esprit humain et du cours des événements? li faudrait pour cela une philosophie qui ne creus&t point d'abîme infranchissable entre les faits particuliers et les généralités souveraines, une philosophie qui expliquerait et servirait...
Je me permets de dédier celte qaestion aux beaux: esprits féraa d'idéalisme kantien ou hypo-kantien en les suppliant de ne pas me répondre qu'une telle philosophie ne s'est jamais vue. Elle s'est vue, dès Aristote. Elle s'est retrouvée dans le thomisme. Elle s'est reconnue aussi à de nombreux égards dans ce « bon sens systématisé » appelé par Auguste Comte positivismç. Son caractère général est d'opposer les principes qui aident h vivre aux principes qui ne s'appliquent pas & la vie ou qui ne s'y appliquent qu'en trichant et trompant.
Nous avons vu M. Woodrow Wilson obligé de s'en dépouiller pour bien agir. Mais il y a une autre i-olution : il y a un autre usage de ces beaux principes faux, c'est de s'en couvrir pour mentir et pour manœuvrer, l'usage et la solution de Guillaume II. 11 convient de noter que les hommes commencent à s'en méfier, et l'hypocrisie kantienne ou piétiste les abuse inliniment moins qu'autrefois.