‹ Les Trois Berrichons, vaudeville en un acteChapitre 15 sur 23 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

CHEVROT, NOISETTE, puis TR [QUET, puis LOGNON,

NOISETTE, en remettant peu î> peu sur le bahut, tous les objets qui sont servis sur la table.

Écoute Chevrotl Tu m’aimes bien pas vrai?

CHEVROT.

Si je... quelle preuve vous en faut-il?

NOISETTE

Non! la meilleure! c’est ton départ... ton courage !...

CHEVROT.

Ah 1 belles f....adaises !...

NOISETTE

Eh ben, précisément à cause de tout ça.., depuis tantôt.... j’ai réfléchi...

CHEVROT.

Ah!...

Mûrement...

TRIQÜET, arrivant par le fond, à pas de loup.

Comment les observer?

NOISETTE

Je ne suis qu’une paysanne, pas vrai?

TRIQÜET, à part.

Ah! là... dans ce timbre. (Il se blottit dans l’auge en pierre, et

LES TROIS BEERICHONS

sc recouvre avec la boite de paille que Noisette y a déposée aux premières scènes.)

NOISETTE

Sans éducation... sans grâce... sans talents...

CHEVROT, se récriant.

Oh! sans grâce... sans grâce...

NOISETTE

Je ne suis pas une sotte, je sais ce que je vaux.

Moi aussi !

NOISETTE

Eh ben! veux-fn que je te dise ? cet uniforme., ces galons., me rendent fière à la fois... et me coolratienl... (Eiio a replacé peu à peu la corbeille à ouvrage, sur la tuble desservie, y a mis l’écritoiro, la plume, le papier qui lui servent à faire ses notes dans la guinguette.)

CHEVROT.

Pourquoi ça?

• NOISETTE

Parce que d’abord ton colonel ne consentira jamais à notre mariage... et que, plus lu t’élèves, plus tu t’éloignes de moi...

CHEVROT.

Par exemple 1

NOISETTE

Vois-tu, Chevrot... la gloire, c’est beau! mais il faut que mon homme à moi vive, ic i, sous ce toit, en bras de chemises... bref, qu’il nielle franchement, comme moi, la main à la pâte.

CHEVROT, retroussant les manches de son uniforme.

Qu’à cela ne tienne, mam’selle, certainement la croix, un jour, et peut-être, qui sait! l’épaulette, un autre, l Vous dire que... mais du moment que c’est pas dans vos goûts...

NOISETTE

Non ! je n’exigerai pas un pareil sacrifice.

Mon semeslie fini... j’peux prendre mon congé définitif....

NOISETTE, l’observant profondément.

Sans regrets ?

CHEVROT, s’asseyant résolùmcnt devant la table en saisissant une

plume.

Je vas l’écrire tout de suite à mon colonel...

NOISETTE, lui arrachant la plume des doigts.

Chevrot!. . attends un peu que diable ! (Elle le considère avec '*• une certaine joie.)

CHEVROT.

J’attendrai !...

NOISETTE, à part.

Trouvez-moi un meilleur mari!

LOGNON, rôdant en tapinois vers le fond, observant Chevrot.

Pourquoi donc qu’il a retrou-sé ses manches?

CHEVROT, qui a retiré sa pipe de la poche de son pantalon.

L’odeur de la pi fie ne vous incommode pas?

NOISETTE

Non ! mais ça me fait tousser...

CHEVROT, jetant sa pipe par terre et lu cassant en morceaux.

Alors...

' NOISETTE

Comment?

LOGNON, à part.

Qu’est-ce qu’ils peuvent se dire !

CHEVROT, souriant.

Je l’ai grillée...

NOISETTE, prenant une pipe neuve dans le tiroir du bahut, et la lui présentant. ,

Je veux que tu fumes.

CHEVROT.

Mais...

NOISETTE, frappant du pied.

Je le veux !.. .

CHEVROT.

Ah ! puisque c’cst la consigne !

LOGNON, se cachant derrière le puits.

Ah! (le là... j’entendrai!... /

CHEVROT, bourrant sa pipe qu’il allume.

Du moment que l’essence du caporal entre dans vos idées de parfumerie...

LOGNON, & part.

Justement ! la corde du seau ne va qu’au quart du puits...

(U disparait dans le puits en se laissant déraper le long de la corde.) NOISETTE, en prenant un balai qui se trouve près du bahut, et balayant.

Moi, vois-tu, je suis très -lunatique... et,.

CHEVROT, s’interposant.

Et d’abord, j’enteuds pas que vous vous fatiguiez, comme çà, à balayer la cour...

NOISETTE, lui faisant résistance.

Plaisanles-tu ?...

CHEVROT, lui enlevant le balai de farce.

Je ne le veux pas 1 je ne le veux pas !. ..

Ah ça !.. qu’est-ce qui est le maître de nous deux ?

CHEVROT.

Pour ça... c’est moi !..

NOISETTE, se dirigeant vers le puits.

Alors, j’vas tirer de l'eau .. pour laver mes chicoreés...

CHEVROT. se précipitant au-devant d’elle.

Voulez-vous bien?., oui, n’est-ce pas ? pour que celte grosse vilaine corde fasse des ampoules à ces jolies petites menottes !...

NOISETTE

Mais cependant...

CHEVROT, empoignant vigoureusement la corde du puits.

Partez muscade ! v’Ia le seau qui descend la garde !...

NOISETTE, s’appuyant les bras sur le dos d’une chaise prés de la table, et souriant en le regardant faire.

El plonge-le bien... vu que l’été, l’eau se tarit...

CHEVROT.

Là! là ! v’ià l’autre seau qui remonte...

NOISETTE

Oh! il n’est qu’à moitié pleiu !...

CHEVROT, en décrochant le seau.

Et puis l’eau n’est pas claire. (Envoyant l’eau du seau dans l'auge en pierre oh est caché Triquet.) A Ull autre !.. (On voit la paille qui s’agite et frémit.)

Allons bon! v’ià qu’il mouille ma paille à c’te heure...

CHEVROT.

Oh! de mauvais foin !... (Redescendant le seau et tirant péniblement.) Oh ! cré nom! celui-ci sera plein, je vous en réponds., il est d’un lourd... d’un lourd!...

NOISETTE, montrant le timbre.

Vide le moi... 'à-dedans....

CHEVROT, bissant Lognon, assis sur le seau, et tout ahuri.

Hein?...

NOISETTE, avec exclamation.

Bah !...

LOGNON, éternuant,

Atchi !...

CHEVROT et NOISETTE.

Qué que tu fais-lh ?

LOGNON. sortant du seau dans lequel il est à moitié blotti.

Je prenais l'irais l...

CHEVROT.

Ah ! brigand ! c’est comme ça que lu viens...

NOISETTE

Nous épier!...

CHEVROT, s’emparant d’une grande fourche en bois blanc.

Attends un peu !...

LOGNON, se réfugiant dans le timbre.

Grâce !.. grâce!..

CHEVROT.

La paille est fauchée... Je l'engrange!., (n introduit sa-fourebe sous la paiUe, et au lieu de Lognon, il en relève Triquet, tout ahuri, et la tète toute mouillée.)

CHEVROT et NOISETTE.

Triquet!...

LOGNON, se débattant dans la paille et voyant Triquet. T’es-t-ici, toi?.. (Ils se Chamaillent et se battent.)

NOISETTE

Ah! c’est comme ça!... lié ben ! puisque vous manquez à nos conventions... prends ton shako, Chevrot...

CHEVROT.

V’ia mam’selle!...

NOISETTE

Et conduis-moi chez mon parrain.

Quoi ?...

LOGNON.

Chez m’sieur le maire?...

NOISETTE, en donnant le bras h Chevrot.

Et puisqu’on ne peut pas être tranquille une minute chez soi, je vous cède la place, vous autres!...

CHEVROT, entraînant Noisette tout joyeux.

Tirez-VOUS de là àc’te heure! (Sortie très-chaude , pendant

laquelle Noisette et Chevrot partent, bras dessus bras dessous, en se moquant d’eux, et en se faisant les plus vives amitiés du monde.)

LES ,m©LS BERRICHONS

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