‹ Les Trois Berrichons, vaudeville en un acteChapitre 4 sur 23 · SCÈNE IY · texte numérisé non relu

SCÈNE IY

NOISETTE, CHEVROT.

CHEVROT, arrivant du fond très-gaiement, en grando tenue de sous-officier d’artillerie. — Cheveux noirs, mouche, longues moustaches, l’air martial. — (Parlant à la cantonnade.)

Oui, oui, les amis, soyez tranquilles !... à bientôt... je ne vous dis que ça !

Air : Ah qu’est-ce qu’a dit ça. (Méridien).

Je suis artilleur,

Et le meilleur Chargeur,

Pointeur,

Tireur,

Et vif comm’ ta poudre !

NOISETTE, parlé de son escabeau.

Eh mais! on dirait!...

CHEVROT, continuant.

Qu’à moi s’offre tin cœur,

Je suis son vainqueur.

Il faut en découdre Avec l'artilleur!...

NOISETTE

Sous cet uniforme... mais c’est Chevrot!

CHEVROT, levant la tète.

Chevrot! qu’est-ce qui appelle Chevrot?

NOISETTE, de l’escabeau.

CHEVROT.

Ah ! mille baudriers !...

NOISETTE, sè jetant d’élan dans scs bras.

Ah! faut que je t’embrasse !...

cnEvnoT.

J’allais vous l’proposer.

I NOISETTE, dans ses bras.

Dieux! que l’es devenu bel homme!...

CHEVROT.

Eli 1 mais, vous ne vous êtes pas trop abimée non plus... Crelotte !...

NOISETTE, se dégageant.

Je suis de ton goût?...

CHEVROT, la resaisissant pour l’embrasser.

Voilà ma réponse.

NOISETTE, se dégageant.

Ali! mais non, mais non... en v’Ià assez...

CHEVROT.

Ça ne me dégoûte pas.

NOISETTE, se frottant la joue en souriant.

Une barbe qui vous pique...

CHEVROT.

Payse, vous en avez l’élrenne.

NOISETTE, le contemplant.

Et quelles moustaches !

CHEVROT, caressant son impériale*

Avec- une virgule solide !... Pendez-vous-y pour voir !...

NOISETTE

Comment, tu l’es fait soldai?

CHEVROT.

Histoire de vous plaire... oui payse!...

NOISETTE

Mais c’est que l’es transformé, méconnaissable.

CHEVROT.

Oui, n’esl-ce pas? il y a loin de là, à ma blouse, mes gros sabots et mon bonnet de palfrenicr...

D’il y a trois ans.

CHEVROT.

Jour pour jour. Ma foi ! je n’en ai fait ni une ni deux. On tricotait de la baïonnette là bas, du côté du Mexique... parce qu’en France faut toujours qu’on tricote quelque part.

LES TROIS BERRICHONS NOISETTE, rangeant son couvert.

Avec ça que t’étais déjà assez batailleur de ta nature.

CHEVROT.

Je m’ai dit simplement... Voyons, mon bonhomme... Vingt ans, pas le sou... toqué de Noisette... à quoi que ça rime?... t’as donc qu’un parti à prendre, te faire tuer !

NOISETTE, delà table qu’elle installe.

Oh 1

CHEVROT.,

Raide... ou gagner un grade...

NOISETTE

C’était bien !

CIIEVROT.

A la première affaire, v'ian, brigadier !... Puis, à Saigon... les galons d’or! et l’autre mois, à Mexico... les sardines doubles... maréchal des logis chef.

NOISETTE, descendant la scène.

Tu t’es donc bien battu ?

CHEVROT.

Moi?... Ah!...

• Air : Connu.

« Quel tableau !

Cré coquin ! qu’ c’était beau !

Quel’ bousculade!

Quelle algarade!...

De concert.

Le feu, le plomb, lo fer,

Tout ça fait dans l’air Un bruit d’enfer!... »

J’ vous voyais souvent,

M* souriant,

MVxcitaot,

M' criant Kn avant !

Aussi tout bravant,

Moi j’allais d’ l’avant «

Bref, jeu suis r’venu vivant !

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