‹ Les Trois Berrichons, vaudeville en un acteChapitre 8 sur 23 · I.OGNON, naïvement · texte numérisé non relu

I.OGNON, naïvement

La première fois que j’ai essayé, j’ai jamais pu...

NOISETTE

Depuis trois ans... qué que t’as donc fait?...

LOGNON.

j’ai fait du mauvais sang !...

NOISETTE, remontant vers la table.

C’est pas un état, ça!...

LOGNON.

J’en avais ben un !... J’étions, la bas, faucheur en blé...

NOISETTE, essuyant, avec une serviette, îles verres, des assiettes.

Et tu gagnais?...

LOGNON.

Vingt sous par jour...

NOISETTE

Mais nourri ?...

LOGNON.

Ce qui fait qu’en deux ans , j’aviens m : s cent cinquante écus de côlé... dans n’un bas... en gros deux sous...

NOISETTE, revenant vers lui, avec une cuillère qu’elle essuie.

Pauvre garçon!... c’était guère lourd... enfin!...

LOGNON.

Guère lourd !... qu’il me démanchait le bras... chaque fois que j’voulais l’iever...

NOISETTE

Et c’iopin ?...

Je l’avais fourré, près d’ici, dans la crevasse d’une vieille masure...

Air : Du Luth galant.

Et, chaque jour, je disais, moi madré.

En y serrant c’ que j’avais épargné,

Quand je la reverrai, qu’il grêle, ou vente, ou mouille,

Y aura ben, six cents francs... mais un matin, je fouille,

Je cherche au fond du trou... seigneur je m’évanouillel...

On me l’avait volé.

On me l’avait volé !...

NOISETTE, riant aux éclats.

Ah! ali!... pauvre sécoll...

LOCNON.

Qu’eu guignon, hein ?...

NOISETTE, riant toujours.

Et l’as jamais pu savoir...

LOGNON.

• J’ai dans l’idée que c’est margotle la pie dû bedeau,

qu’a fait le coup!

NOISETTE

Oh ! l’bourriquet !... un gros bas qui pesait* vingt livres I

A moins que ce ne soye Bistraud , l’chicn-loup du tambour du village, qu’avait raflé, la veille, quinze saucisses à la char cutière...

NOISETTE

Mais triple godichon...

LOGNON.

Ce que me voyant ruiné!.... de désespoir.... j’ai pris mes jambes à mon cou...

NOISETTE, elle remonte vers le puils.

Une belle idée!...

LOGNON.

Et, l’autre mois, que j'avais guigné la place où l’on perd pied dans la mâie... Je ne sais pas comment je me suis trouvé... là devant votre porte...

NOISETTE , touchée.

Comment! sans que je m’en doute.... depuis un mois, t’es ici , près de moi. ..

Me couchant derrière les haies pous vous voir passer... Et puis, quand la nuit vient, j’entre là...

NOISETTE,, en riant.

Dans la cahulte à Médor...

LOGNON.

. Je dormons ensemble.... près de vous , bras dessus, bras dessous... sous le même toit!...

NOISETTE , attendrie à la dérobée.

C’est bien l... En v’ia assez !...

LOGNON.

Maintenant, mam’selle, je m’en vas... car je vois ben que ma présence vous fait de la peine... et que c’est pas ça que vous espériez de moi !...

NOISETTE

C’est bon ! je te gronderai plus tard.. ..En attendant , lu vas * .

m’aider à mettre le couvert.

LOGNON, 'avec empressement.

Ordonnez... mam’selle.

NOISETTE, lui montrant le tiroir de la table.

Il y a là.:, les couteaux, les assietles... (disparaissant dans i\ cuisine un peu émue.) Allons! voyons !... remue-toi un peu !...

(Elle lui a lancé, en sortant, un regard très-profond.)

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