Les trois comédies du "Statu Quo" 1834; avec une préface
|n l'an de grâce 1834, les têtes canadiennes-françaises étaient assez sérieusement surexcitées. Les plaintes contre le régime administratif alors en vigueur, toujours les mêmes, mais de plus en plus aggravées, s'exhalaient de tous les coins de la province. On avait déjà représenté à Sa Majesté que le peuple se plaignait hautement de ses souffrances. Des agents avaient été envoyés à Londres pour faire connaître les abus criants dont il était victime et les faire réprimer. Rien n'avait encore réussi. A Londres, on faisait mine d'écouter les agents, mais on ne s'occupait pas de faire droit à leurs réclamations.
Quels étaient ces griefs? Ils étaient légion. On disait ouvertement que depuis Murray, et
surtout depuis le départ de lord Dorchester, le peuple de la Province de Québec avait été constamment en butte à l'injustice, à la persécution, voire même à la tyrannie, enfin qu'il avait été mal gouverné. On criait bien haut que les autorités anglaises se croyaient tenues d'écraser le faible sans se soucier de ses lamentations et de ses protestations les plus justifiables ; que certains gouverneurs avaient agi contrairement aux règles tracées par la constitution britannique ; que les deniers du peuple étaient dilapidés, sans égard à ses privations et à ses souffrances ; qu'une certaine presse ne se lassait pas de jeter le mépris et l'insulte à la face de ce même peuple.
Il importait donc de mettre un terme à ce système d'oppression, vieux de trois quarts de siècle. Mais comment ? Quels moyens prendre pour amener l'Angleterre à mieux comprendre la situation faite aux Canadiens-français par cette petite armée de fonctionnaires et de personnages à la solde du gouvernement de la Province ? C'est alors que Papineau, député
de Montréal et président de l'Assemblée législative, résolut de s'entendre avec la députation canadienne pour exposer à nouveau les griefs dont il avait lui-même dressé le tableau. Il communiqua son travail aux députés qu'il pouvait considérer comme des amis fidèles, entre autres à Elzéar Bédard, député de Montmorency, et à Augustin-Norbert Morin, député de Bellechasse. Plusieurs réunions eurent lieu chez Bédard, rue d'Auteuil \ et là on discuta longuement les questions les plus importantes contenues en germe dans la mémoire de Papineau. Les membres de ce comité avaient été chargés de préparer un certain nombre de résolutions dont l'ensemble représenterait le tableau fidèle des griefs les plus sérieux. Tous se mirent résolument à l'œuvre et, leur travail terminé, ils avaient pu composer quatre-vingtdouze résolutions, et encore, devons-nous ajouter, la quatre-vingt-quatrième renfermait seize
i. Cette maison appartient aujourd'hui à l'honorable M. Richard Turner, conseiller législatif.
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autres griefs d'une nature et d'une portée plus particulière.
Quel est le véritable auteur de ce document dont l'importance n'échappe à personne? A l'époque même où il vit le jour, on en attribuait la paternité tantôt à Bédard, tantôt à Morin. On ne semblait pas bien fixé sur ce point, car nous constatons qu'un jour, à la Chambre d'assemblée, Gugy posa carrément la question à Bédard. Celui-ci lui répondit : « Je n'en prends pas pour moi seul le mérite, mais je consens à en prendre toute la responsabilité. » Disons donc, sans crainte de nous tromper beaucoup, que ce sont Morin et Bédard qui ont mis la dernière main aux notes préparées par Papineau, et que la responsabilité, du moins quant à la rédaction, leur appartient de plein droit. Quant au fond, ils ne sont ni plus ni moins responsables que tous les députés du groupe de Papineau. Ils n'ont voulu, en réalité, que dresser un tableau ou exposé sommaire de la situation du pays et de la Législature, tableau destiné à représenter d'une
manière aussi vivante que possible la nature des griefs dont on se plaignait dans tous les coins de la Province.
Un reproche que l'on pourrait faire à Morin et à Bédard, et ce reproche sera facilement ratifié par tous ceux qui prendront connaissance du texte même des 92 résolutions, c'est d'avoir négligé leur rédaction, et quelquefois dans une mesure vraiment déconcertante. La diffusion du style est parfois tellement prononcée, qu'il faut lire et relire une même phrase avant d'en mieux saisir le sens. Pourtant, Morin avait la réputation d'être un assez bon écrivain ; il était poète à ses heures. Quant à Bédard, il est peu ou point reconnaissable dans cette prose si négligée K
Quoi qu'il en soit, ce document, tel qu'élaboré, est le chapitre très complet des griefs de la population canadienne-française. Il est absolument certain qu'il existait alors chez le peuple un besoin impérieux d'une liberté plus
1. Voir en appendice le texte des 92 résolutions, avec commentaires.
grande. Il ne pouvait se faire à l'idée de voir disparaître sa langue et sa religion, comme l'auraient voulu certains personnages haut juchés dont le fanatisme persécuteur perçait au grand jour. C'était trop demander aux Canadiens-français que leur annihilation religieuse et politique. Le traité de Paris de 1763 n'allait pas jusque là, et ce traité méritait le respect du vainqueur comme celui du vaincu.
Quant aux résolutions elles-mêmes, nous n'irons pas jusqu'à prétendre que toutes comportaient une égale force. Il y en avait un grand nombre de très légitimement fondées. D'autres avaient moins de valeur, quelquesunes même, si nous les examinons de près, seraient considérées aujourd'hui comme repréhensibles, parce que tendancieuses. Mais il nous paraît probable qu'à cette époque tourmentée de notre histoire, les chefs canadiens envisageaient la situation tout autrement. Ils voulaient obtenir de la mère patrie un gouvernement qui comprit parfaitement les
aspirations et les besoins de notre peuple. C'était demander à l'Angleterre beaucoup plus qu'elle ne voulait accorder à sa colonie. Nous étions gouvernés à peu près de la même manière que la Grande-Bretagne, où le peuple semblait être satisfait du système, malgré les abus qui s'étaient glissés dans l'administration. En Angleterre même, on ne connaissait pas le correctif qu'il eût fallu pour empêcher le roi de choisir ses ministres, pour obtenir le contrôle du trésor, et mettre un terme au monopole du patronage officiel. Nous nous plaignions de ces mêmes abus, mais sans en indiquer le remède. Nous demandions des réformes avant le peuple anglais, qui en avait peut-être un aussi pressant besoin que nous. L,à, comme ici, la liberté avait les deux jambes liées et un bras attaché. Pourtant, tous les écrivains de France et d'Allemagne prônaient bien haut ce gouvernement d'Angleterre, admirable modèle à suivre, beau patron à imiter.
Il ressort de ces considérations que les hommes de 1834, tout convaincus qu'ils fussent
de leurs droits et de l'excellence de leurs réclamations, procédèrent avec trop de précipitation, et demandèrent plus à la mère patrie que celle-ci ne désirait lui accorder.
L/Acte constitutionnel de 91, qui régissait encore le Canada en 1834, accordait aux Canadiens-français le droit de se gouverner, de faire des lois et de les mettre en application. Il leur donnait un gouverneur, un Conseil législatif, une Assemblée législative et un Conseil exécutif, absolument comme aujourd'hui, avec cette différence énorme, que le Conseil exécutif, étant nommé par le gouverneur en dehors de la Législature, était un corps irresponsable. En outre, le Conseil législatif, aussi nommé par la Couronne, pouvait refuser son concours à l'Assemblée législative. Il y avait là un vice sérieux, propre à briser tout le rouage administratif. Nous avons, à ce propos, dans Pierre Bêdard et ses Fils, cité l'opinion de
Macaulay ainsi que celle de lord Brougham, dont l'autorité en matière constitutionnelle est incontestable. Mais, dira-t-on, il existait un ministère, et il en avait toujours existé depuis la Constitution de 1791. Il y avait toujours eu un ministère, c'est vrai, mais un ministère sur lequel la Chambre n'exerçait aucun contrôle, parce que les ministres n'étaient pas mandataires du peuple et ne représentaient en réalité que leurs opinions personnelles ou celles du gouverneur K
Il nous a toujours paru que l'on entretenait encore, à cette époque, une ;idée très imparfaite de la constitution britannique. Bien comprise, elle aurait permis aux autorités an-
1. Dans un discours qu'il prononça à la Chambre, le 27 février 1808, Pierre Bédard s'était servi du mot ministère pour désigner le Conseil exécutif. «Qu'entendez-vous par ministère ? » dit M. Cuthbert, l'interrompant. — «Je n'entends pas parler d'un grand ministère comme celui de la Grande-Bretagne», répartit Bédard, «là tout y est en grand : grand parlement, grand ministère. Puisque notre constitution est modelée en petit sur celle de l'Angleterre, nous devrions avoir aussi les accessoires : petit parlement, petit ministère, mais toujours ministère. »
glaises de faire de plus amples concessions à un peuple soumis, plein de déférence envers les pouvoirs civils et religieux. I,e clergé catholique n'avait jamais cessé de prêcher la tolérance et de se courber sous le joug, même s'il blessait. Mais les abus administratifs étaient devenus si criants, les malversations si flagrantes, que ce même peuple, si bien disposé qu'il fût, voulait un changement, et ceux qui marchaient à sa tête, crurent faire œuvre de patriotisme en rédigeant les 92 résolutions et en les soumettant ensuite à la sanction de l'Assemblée législative.
Ces résolutions, proposées par Bédard et Morin, le 17 février 1834, furent soumises tout aussitôt à la considération d'un comité spécial avec mission de les étudier, de les amender au besoin. Cette besogne fut terminée le premier jour de mars. L,e même jour, Bédard proposa l'adoption d'une adresse au roi, basée sur ces résolutions. Cette adresse recueillit les suffrages de cinquante-quatre députés sur les quatre-vingts qui assistaient, ce jour-là, aux dé-
libérations. M. Morin reçut, séance tenante, la mission d'aller en Angleterre remettre adresse et résolutions à M. Denis-Benjamin Viger, agent spécial des Canadiens auprès du gouvernement anglais à Londres.
Les résolutions n'avaient pas été adoptées à la Chambre sans subir le feu de la discussion. L'Orateur, M. Papineau, prononça, dès le premier jour, une de ces harangues enflammées qui lui étaient coutumières, et qui, bien trop souvent, laissaient prise à la critique. M, Neilson, député du comté de Québec, aurait voulu qu'on retardât le débat, sous le prétexté que les députés n'avaient pas eu le temps d'étudier la question sous toutes ses faces. Papineau démontra aisément combien Neilson manquait de sérieux. Tout le monde, en dehors comme en dedans de la Chambre, connaissait le texte des résolutions. Le gouverneur avait eu le temps de les lire et de les étudier. Il aurait même pu proroger la Chambre, de par l'avis de son conseil, s'il avait voulu s'opposer à toute délibération sur un sujet
aussi important. Il ne l'avait pas osé, parce qu'il savait bien que ces résolutions représentaient le vœu de la niasse du peuple.
Puis, entrant dans le vif du sujet, Papineau Releva contre le Conseil exécutif qui, d'après lui, ne voulait que ce que voulaient le gouverneur ou le Conseil législatif.
« Que ceux, dit-il, qui n'ont rien de canadien, qui ne savent pas ce qui est juste et équitable ; que cette vile faction s'attache à, ses doctrines ; qu'elle nous menace, elle ne nous fera pas fléchir. Qu'elle nous dise qu'elle nous hait, nous lui répondrons que nous nous en réjouissons, et que nous la haïrons encore davantage. Il faut un changement radical, sans redouter le tableau des dangers frivoles qu'on prétend y voir. Il n'y a rien à craindre pour ceux qui veulent le bien de leur province. Ce sont aux auteurs de nos maux à les dévorer, à les avaler eux-mêmes. Nous ne devons pas concourir dans leurs odieux projets. Ils voudraient nous faire pendre, comme si ceux qui possèdent les deux langues, qui puisent â cette double source, n'ont pas plus d'avantages
que ceux qui ne puisent que dans une seule . . . ... «La Chambre est un théâtre assez élevé pour que la vérité se fasse connaître, et qu'une poignée d'hommes du pouvoir ne puissent étouffer les plaintes et les remontrances de tout un peuple, et empêcher des remèdes qui mettront fin à nos maux, et feront de tous les colons un peuple de frères et leur donneront des motifs de se lier ensemble. Les distinctions, les privilèges, les haines et les antipaties nationales, tout cela sera détruit. La Jégislature, au lieu de s'occuper d'accusations et de débats politiques, n'aura en vue que des objets de législation utile. Le but et l'ambition de tous sera le bien commun. En finissant, je rappellerai aux membres que l'Acte de 1791 ne fut qu'un essai de M. Pitt, et que, malheureusement, cet essai a été funeste. »
Louis -Hyppolite Lafontaine, député de Terrebonne, se déclara en faveur des résolutions, mais dans des termes réservés, dans un langage plein de modération qui laisse voir combien il y avait de sagesse et de prudence en cet homme d'Etat. Le souvenir qu'il sut évoquer de la grande figure de Pierre Bédard,
l'illustre champion des principes constitutionnels, qui eut à subir plus d'une année de détention dans la prison de Québec pour avoir eu le courage de soutenir ces mêmes principes dans le Canadien, ne pouvait être amené avec plus d'à propos.
« Je crois, dit-il, que, tout bien considéré, ceux qui aiment leur pays, et veulent son bien ne peuvent avoir aucune difficulté à voter ces résolutions. J'avoue que je sens un plaisir secret de voir qu'elles ont été présentées par le fils de celui qui défendit si bien la cause de la patrie. Si ses cendres ne reposaient pas dans la tombe, s'il vivait encore, il sympathiserait vivement avec nous ; il ferait peut-être entendre sa voix, non pas pour demander un Conseil électif, mais pour en demander l'entière abolition. Cet homme était un véritable apôtre de la liberté. »
De son côté, Bédard proclama bien hautement que l'Angleterre, en accordant la constitution de 1791, avait voulu donner à la Province de Québec la constitution anglaise même,
composée de trois pouvoirs séparés et distincts : la monarchie, l'aristocratie et la démocratie. Cet Acte de 91 n'ayant pas eu le résultat qu'on en attendait, c'est-à-dire de former un corps intermédiaire indépendant du monarque et du peuple, Papineau, L,afontaine et leurs amis demandaient une constitution composée de trois branches indépendantes l'une de l'autre. C'était l'idée de Pitt lorsqu'il rédigea l'acte constitutionnel dont on avait eu tant à se plaindre. Pitt avait nettement déclaré qu'il voulait donner aux Canadiens un gouvernement populaire, et créer une troisième branche indépendante de la Couronne comme du peuple. Si, en 1791 ou en 1834, il eût existé en ce pays, comme au temps de la Grande Charte en Angleterre, un corps de noblesse jouissant déjà de la considération et du respect publics, la nomination des membres du Conseil législatif par la Couronne n'eût pas été aussi vicieuse ni aussi dangereuse. Rien de cela n'existait ici. Pitt crut alors pouvoir imiter ce qui se faisait en Angleterre, en laissant au roi ou au
gouverneur de la colonie le pouvoir de nommer toute une branche de la Législature. C'est cette autorité chez le chef de l'Exécutif qui tendait à détruire la constitution anglaise. .Et la raison en est, qu'au lieu de posséder les trois pouvoirs, les Canadiens n'en avaient en réalité que deux, puisque le Conseil législatif ne formait qu'un seul corps avec le gouverneur, le premier n'étant que la créature du second. Le Conseil législatif ainsi formé, n'ayant rien pour le recommander auprès du peuple, se rattachait servilement à celui dont il croyait tirer tout son lustre, et le gouverneur, à son tour, pour prix du dévouement et de la servilité de ses conseillers, choisis et nommés par lui, leur prodiguait places, pensions et sinécures.
Telle aussi avait été l'opinion de Fox. Lors de l'adoption de l'Acte constitutionnel, en 1791, Fox avait dit :
« Si l'on donne tel pouvoir au gouverneur, outre que les conseillers ne jouiront jamais de
cette considération et de ce respect d'où devrait naître leur indépendance, ils ne seront jamais que les instruments du gouverneur comme les gouverneurs étaient eux-mêmes ceux du roi. »
On ne pouvait mieux prophétiser.
Bédard fit un grand effort pour traiter cette question constitutionnelle qui, d'après lui, primait toutes les autres.
« Quand un gouvernement, disait-il, se met au-dessus des lois, et qu'il règne par l'arbitraire et le caprice, le peuple est justifiable d'employer les moyens violents pour s'y soustraire, et il est de son devoir de ne pas s'y soumettre. Mais si l'oppression du gouvernement a une apparence de légalité, si cette oppression est fondée sur des moyens constitutionnels, le peuple doit aussi la repousser par des moyens constitutionnels, tels que sont des requêtes, des représentations.
« Mais, dit-on, nos représentations ne seront pas écoutées ! En serons-nous plus mal ? — On nous enlèvera le contrôle des deniers publics ! L,'avons-nous jamais eu ? On emploiera contre nous le système coercitif mis en opération en Irlande par le ministre actuel ! Dans ce cas,
ne vaut-il pas mieux périr que de vivre en esclaves ?
« Que faut-il donc faire? Attendre et souffrir encore pendant vingt ou trente ans ! Seronsnous plus avancés après ce laps de temps? Il faudra toujours en venir à la même détermination, et dire qu'il y a des droits qui nous appartiennent et dont nous voulons jouir. Nous n'avons qu'à nous demander si nous sommes bien gouvernés. Et si l'on prouve que nous ne jouissons pas de la constitution que l'Angleterre nous a donnée, quel avantage y a-t-il à attendre un demi-siècle sans en demander une autre ? L'Angleterre a promis aux Canadiens de les rendre heureux. Nous la prions d'effectuer cette promesse, l'assurant que c'est le moyen de resserrer les liens d'attachement entre cette colonie et la mère patrie. Mais si elle veut nous priver de nos droits de sujets britanniques, si elle veut nous gouverner avec une verge de fer, si elle veut nous opprimer, elle est forte, elle peut le faire, mais qu'elle se rappelle qu'elle ne devra compter sur notre attachement qu'autant qu'elle sera forte et que nous serons faibles. »
Sabrevois de Bleury, député de Richelieu,
grand admirateur de Papineau, prononça un long discours à l'appui des 92 résolutions. C'est lui qui, faisant allusion aux Canadiens qui ne voulaient rien changer au système administratif, prononça le mot de statu quo. Ce mot devait faire fortune et servir de thème aux trois comédies que nous ressuscitons, aujourd'hui que tous les acteurs sont disparus de la scène.
« Quand je me rappelle, dit-il, avec quelle force l'honorable membre du comté de Québec, (M. Neilsou) défendait jadis nos droits constitutionnels, je dois l'avouer, ma surprise a été grande quand je l'ai entendu, il n'y a qu'un instant, nous dire qu'il s'opposait à toutes et à chacune des résolutions devant la chaire, et qu'il proposait un amendement dans le but évident de les faire échouer. A quoi attribuer un pareil changement ? Je l'ignore, et ce n'est pas mon but d'en chercher la cause. Mais puisque l'honorable membre préfère l'état actuel de souffrance dans lequel se trouve le pays, à un avenir plus heureux, je le renvoie à sa conscience, je le laisse dans le statu quo qu'il aime mieux. Pour moi, je suis
d'opinion que voilà déjà trop longtemps que les habitants de ce pays souffrent, qu'il est temps de chercher à leur procurer un sort plus heureux, plus favorable. Destinés à vivre en paix, ils ont jusqu'à ce moment tout supporté patiemment, parce qu'ils attendaient avec impatience la réalisation des promesses solennelles du ministre, d'apporter un remède efficace aux maux sans nombre dont ils ont à se plaindre, et qui ont fait le sujet de plusieurs de leurs requêtes aux pieds du trône. Mais, maintenant que leurs espérances s'évanouissent, maintenant qu'ils voient dans le lointain l'orage qui les menace, il est grandement temps qu'ils sortent de cette léthargie dans laquelle ils semblent plongés. Il est temps qu'ils soient sur l'alerte pour détourner les conséquences de l'orage sur le point d'éclater. . . Les résolutions devant la chaire sont un récit fidèle des griefs sous le poids desquels gémissent depuis longtemps les habitants de ce pays, et dont il faut bien comprendre l'étendue pour ne jamais cesser d'en demander le redressement.
* * Les députés hostiles à l'adoption des 92
résolutions déployèrent plus d'ardeur que de talent dans leurs discours. Gugy, Stuart et Neilson furent à peu près seuls à livrer bataille. Ils ne ménagèrent pas toutefois les remontrances, disant à leurs adversaires qu'ils s'engageaient dans une voie périlleuse qui pourrait les conduire à l'abîme sinon au ridicnle. On fut très étonné de l'attitude de Neilson, qui jusque-là s'était montré l'ami de la cause canadienne, et dans son journal et dans la Chambre. L'influence du député du comté de Québec était assez considérable, car il était le propriétaire et l'âme dirigeante de la Gazette de Québec. Son intervention hostile jeta un peu d'eau froide sur la discussion. Ses discours furent modérés, assez bien raisonnés. Aussi ne sommes-nous pas prêt à dire qu'il eut toujours le tort de son côté. Il y avait dans les 92 résolutions des points faibles, des exagérations manifestes et même des tendances révolutionnaires. Elles ne menaçaient pas directement l' Angleterre d'une déclaration d'indépendance ou d'annexion aux
Etats-Unis ; mais elles établissaient des comparaisons souvent peu flatteuses pour la mère patrie et propres à blesser ses justes susceptibilités. Neilson aurait pu les mettre à nu et amener à lui certains députés chancelants. Il n'en fit rien ou il ne le voulut pas, afin d'éviter des discussions interminables ou même acrimonieuses. D'après lui, les résolutions étaient vicieuses pour trois raisons principales : i ° elles portaient atteinte à l'existence du Conseil législatif, corps constitué par l'Acte de 91 ; 2° elles mettaient en accusation le gouverneur, qui formait à lui seul une des trois branches de la Législature ; 30 elles refusaient de subvenir aux dépenses de la Province au moyen des appropriations d'argent.
En somme, le député du comté de Québec s'opposait aux résolutions prises in globo, parce qu'elles s'attaquaient directement à la constitution du pays. Du moment qu'on attaque la constitution, disait-il, on donne libre cours aux passions populaires. S'il y a eu des changements dans la constitution de l'Angleterre,
c'est le peuple qui les a demandés, non pour le plaisir de faire des réformes, mais parce que les rois eux-mêmes les désiraient ou les voulaient. Peuple et roi combattaient ensemble pour des droits existants, tandis que les patriotes canadiens veulent renverser les droits établis.
Nous ne nous attarderons pas à vouloir démolir l'argumentation de Neilson, si tant est qu'elle puisse l'être en tout ou en partie. Tout de même il saute aux yeux que la Chambre, mettons le peuple canadien, en demandant un changement de constitution, ne faisait qu'user de son droit de pétitionner, et en pétitionnant il ne pouvait faire autrement que d'exposer aux regards de l'autorité royale les vices de cette constitution. Libre au roi de juger du bien-fondé des représentations de ses sujets canadiens.
Lorsque le gouverneur, quelques années auparavant, avait refusé de confirmer le choix que la Chambre avait fait de son Orateur, M. Neilson n'avait-il pas été le premier à jeter les
hauts cris, en disant qu'il ne fallait pas sacrifier un privilège, que la Chambre devait forcer le gouverneur à ratifier le vote de la députation. La vérité est que M. Neilson avait fait volte-face, et comme le lui dit alors M. Lafontaine : « dans un temps on a des convictions, dans un autre on en a d'autres. » Neilson brûlait aujourd'hui ce qu'il avait naguère adoré, et sa conduite fut généralement désapprouvée. On était en droit d'attendre une autre ligne de conduite de la part d'un homme que l'on avait toujours considéré comme un des meilleurs amis des Canadiens.
M. Gugy, le bouillant député de Sherbrooke, voyait dans les résolutions une déclaration de guerre à l'Angleterre.
« Cependant, disait-il dans une de ses plus brillantes improvisations, le temps viendra, indubitablement, où nous deviendrons indépendants. Ce pays sera le centre d'un grand empire. Mais, ils ont tort, ceux qui veulent hâter ce moment. Les Etats-Unis ne nous envieraient-ils pas nos beaux fleuves, et souf-
friraient-ils que nous fussions indépendants auprès d'eux ? Avec le Mississipi et rOhio, il leur faudrait encore le Saint-Laurent pour arrondir leur domaine. »
M. Gugy admettait l'existence d'abus sérieux dans l'administration, et il exprimait même sa surprise qu'on eût pu les endurer aussi longtemps. Mais, ajoutait-il, les affaires vont aller mieux à l'avenir, le Conseil législatif s'amende, le gouverneur est mieux disposé, et bientôt tout marchera à la satisfaction générale.
Gugy pouvait avoir des raisons légitimes de parler dans ce sens, mais rien, jusque-là, ne laissait croire qu'il se fit un mouvement qui fût de nature à contenter le peuple canadien. Une dépêche récente de lord Stanley, secrétaire colonial, indiquait, au contraire, que le gouvernement de Sa Majesté approuvait en tous points la conduite du Conseil législatif, et qu'il ne changerait rien dans son mode d'élection.
M. Quesnel, député de Chambly, parla avec une certaine force de conviction et avec beau-
coup de bon sens. Sou discours, au moins pour une partie, mérite d'être rapporté, sinon approuvé.
« Pour réussir à obtenir un changement de constitution, il faudrait, dit-il, prouver à l'Angleterre qu'elle n'est pas bonne et doit être amendée. Or, on ne réussira pas à lui prouver une pareille chose, M. Viger pas plus que nous, malgré tous ses talents, sa prudence, sa modération, et tous les efforts qu'il pourra y déployer. L,es Anglais sont fiers de leur constitution qu'ils regardent comme un chef-d'œuvre de perfection et dont ils n'ont jamais voulu reconnaître les vices . . .
... « J'ignore où ces résolutions peuvent nous conduire. Si elles n'excitent point de trop grands troubles, il en résultera au moins une grande réaction. Il eût mieux valu, à mon avis, ne point adopter ces résolutions ; elles ne peuvent nous faire paraître que sous un jour défavorable. Plus tard, nous aurions pu avoir recours à des procédés de même nature avec moins de danger et avec plus d'espoir de réussir. Je souhaite sincèrement que mes prévisions ne s'accomplissent point, je souhaite me tromper. Quoique je diffère d'opinion
avec la majorité de cette Chambre, si elle réussit à prouver l'avantage réel et permanent du pays par les moyens qu'elle emploie aujourd'hui, je me réjouirai de ses succès avec les hommes éclairés qui auront formé la majorité. Je regretterai alors de n'avoir pas eu, comme eux, assez d'énergie pour braver le péril et entreprendre une chose que je regardais comme dangereuse, ou du moins très incertaine quant à ses réalités. Si, au contraire, mes craintes se réalisent, si la Chambre succombe dans son entreprise, je partagerai avec les autres les maux qui pourront peser sur ma patrie. Je dirai : ce sont sans doute les meilleures intentions qui ont guidé la majorité de la Chambre et on ne me verra point m'unir avec ses ennemis pour lui reprocher d'avoir eu des vues perverses. Voilà ce qui fera ma consolation ; telles sont les raisons qui me forcent à ne point partager l'opinion d'un si grand nombre de mes concitoyens. Pour dire en deux mots ce que je pense de ces résolutions, j'en approuve un grand nombre, j'en réprouve plusieurs; mais prises dans un ensemble et comme formant un tout, je ne les approuve pas. »
En prorogeant la Chambre, le 18 mars 1834,
lord Aylrner avait imprudemment déclaré que le peuple de la Province avait trop de bon sens pour croire à l'existence de maux que personne ne ressentait. Mais pourquoi ce même peuple avait-il déjà, sept ans auparavant, exposé ses griefs au roi, en lui adressant des pétitions signées par 87,000 personnes ? Si l'Angleterre n'avait pas, depuis 1827, répondu à l'attente des Canadiens en mettant un terme à leurs souffrances ou en les allégeant, ceux-ci n'avaient pas dû modifier leurs idées. Lord Aylrner, en parlant comme il l'avait fait, jetait en réalité un défi à la Chambre et au peuple. Le défi fut accepté. Aussitôt après la session, les députés rèsolutionnaires ouvrirent une campagne en règle, et firent circuler des requêtes en faveur des résolutions. Des assemblées publiques furent convoquées afin de mieux éclairer l'électorat sur la ligne de conduite à suivre. En quelques semaines, 100,000 électeurs répondirent à l'appel de leurs députés. Entre temps les journaux s'étaient jetés dans l'arène avec la plus grande
ardeur, le Merairy et la Gazette de Québec d'un côté, le Canadien et la Minerve de l'autre. La bataille fut d'autant plus sérieuse, que les élections générales devaient avoir lieu à l'automne.
Dès le début de la lutte, les députés antirêsolutionnaires comprirent que le peuple réprouvait leur vote en Chambre. Aussi plusieurs d'entre eux reculèrent et n'osèrent pas briguer les suffrages. Quesnel, Berthelet, Duval et Cuvillier furent de ceux-là. Quant â ceux qui préférèrent la bataille, comme Neilson, Mondelet, Languedoc, Badeaux, Casgrain et Lemay, ils furent battus à plate-couture. Bref, sur une Assemblée législative composée de quatre-vingt-huit députés, il n'y eut que onze anti-rêsolutionnaires d'élus. Le vote populaire donna 483,639 rêsolutionnaires et 28,278 anti-rêsolutionnaires. La réponse du peuple à son gouverneur ne pouvait comporter d'équivoque.
Le verdict populaire, au jour du scrutin,
représentait sans aucun doute l'opinion générale. Mais il ne faudrait pas s'imaginer que les Canadiens instruits, ceux qui d'ordinaire sont considérés comme les têtes dirigeantes, étaient unanimes au sujet des 92 résolutions. Les uns ne voulaient pas un changement de régime. C'étaient les prudents, les pusillanimes, les fonctionnaires confortablement installés dans leur fauteuil et qui n'auraient pas aimé le déplacement, les amis du pouvoir, les parents de certains députés anti-résolutionnaires. Quant aux autres, qui sont parfaitement connus, ils suivaient en grand nombre la fortune de Papineau, étoile de première grandeur, et rendu à l'apogée de sa gloire et de sa puissance.
Un groupe, moins avancé, à la tête duquel nous pouvons placer sans crainte Elzéar Bédard, tous résolutionnaires, quoique désireux d'obtenir un changement, ne marchait pas sans éprouver quelque crainte à la suite de Papineau qui souvent, dans ses discours, s'emportait contre l'Angleterre et ses représen-
tants dans des diatribes un peu trop violentes.
Le Canadien, alors rédigé par Etienne Parent, fit preuve d'une grande prudence et se montra toujours très réservé. Il sut contenir ses lecteurs dans la mesure du raisonnable, et si on l'eût écouté, bien des malheurs auraient été évités. D'autre part, si la Minerve avait suivi la même ligne de conduite, au lieu de se mettre tout simplement à la remorque des exaltés, nous n'aurions pas eu les égorgements de 1837-38 qui ont semé des haines terribles dans le pays.
Ce que voulaient les orateurs, ils ne le savaient pas trop eux-mêmes. L,es Canadiens demandaient des réformes dans l'administration des affaires publiques. Un certain nombre d'Anglais était avec eux. Rien de plus juste que ces réclamations. M. Papineau, ainsi que M. Parent dans son journal, indiquaient du doigt le mal dont nous nous plaignions : M. Parent, avec fermeté, mais sans avoir recours aux diatribes ; M. Papineau, en employant tous les termes violents du dictionnaire. Et d'ail-
leurs aucun homme de ce temps n'a su prescrire le remède qu'il eût fallu appliquer au mal. Chacun se plaignait à sa manière, les uns avec mesure et patience, les autres avec courage et dignité, les extrémistes avec feu, en prodiguant des invectives. C'est ainsi que toute une population, inspirée du même désir, se partage en trois ou quatre groupes pour exprimer sa pensée. La faction des patriotes violents n'est pas celle qu'on doit admirer. Deux hommes de la trempe du rédacteur du Canadien ont proposé, en 1841, le remède que personne n'avait pu découvrir : le gouvernement responsable. Aussi M. Parent se rallia-til à L,afontaine et à Baldwin, tandis que M. Papineau n'a jamais voulu se persuader que c'était là le remède qu'on avait tant cherché. Ces divisions dans les rangs des patriotes s'étaient d'abord manifestées dans les salons, dans les clubs et dans les couloirs de la Chambre, au cours de la session de 1834. Mais elles ne tardèrent pas à éclater au grand jour, le lendemain du vote de l'Assemblée législative
sur les résolutions. L,e 26 avril, un peu plus d'un mois après la prorogation du parlement, parut dans la Gazette de Québec une petite pièce signée Un ami du statu quo que l'on a appelée la Première Comédie du Statu Quo, parce qu'elle fut suivie dès le premier de mai, d'une autre pièce portant le même nom de plume. Mais celle-ci fut publiée sous forme de plaquette et lancée ainsi dans le public, bien qu'elle eût d'abord vu le jour dans la Gazette de Québec.
Une troisième comédie intitulée Le Statu Quo en déroute, distribuée au mois de juin suivant, sous forme de brochure, paraît avoir été imprimée à Plattsburgh, si on s'en rapporte à son frontispice. Mais il est assez probable que le mot Plattsburgh n'est qu'un trompe-l'ceil et que cette brochure sortit des ateliers du Canadien.
Les principaux écrivains des deux premières comédies du Statu Quo furent David Roy, avocat, et G.-B. Faribault, greffier de l'Assemblée législative. On en attribua, dans le temps, la
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paternité tantôt à André-Rémi Hamel, tantôt à J. Duval, tantôt à Jacques Crémazie, et enfin à Thomas Amiot, tous membres du barreau. Mais ce fut à tort. Cependant, tous ces personnages ont pu y participer par leurs conseils et par leur approbation non déguisée.
L,es deux premières comédies firent du bruit, à Québec surtout. L,e mystère y était pour beaucoup. Ce furent les lettres de Junius de cette époque. Il n'y a pas de doute que les écrivains du Statu Quo n'eurent d'autre tort — et c'en était un grand — que celui de travailler à une division plus profonde du parti canadienfrançais. Au fond ils pouvaient avoir un peu raison, et s'ils eussent pu faire prévaloir leurs idées dans les conseils du parti, c'eût été un grand bien.
La comédie intitulée Le Statu Quo en dèroiUe fut attribuée à F.-Réal Angers, alors étudiant en droit chez Hector-S. Huot, et à Elzéar Bédard. Cette dernière pièce était plutôt une prétendue représaille des écrits très spirituels publiés dans la Gazette de Québec
et dirigés contre ceux que l'on appelait alors la Clique de Papineau à Québec, mais qui, s'étant eux-mêmes détachés, un peu plus tard, du parti ultra, furent baptisés du nom de Petite Famille. Bédard était chef de cette famille ; autour de lui s'étaient groupés Vanfelson, Caron, Huot et Sabrevois de Bleury, pour ne nommer que les principaux. L'auteur, quel qu'il soit, Angers ou Bédard, s'est grandement trompé dans le rôle qu'il fait jouer à David Roy. Quant à Faribault, il ne paraît pas même l'avoir soupçonné.
Il est facile de voir la supériorité littéraire des Amis du Statu Quo sur leurs adversaires. La comédie de ces derniers est plate et de mauvais goût; elle renferme à peine quelques traits spirituels. Il y a de vulgaires et odieuses personnalités, de ces choses qui dépassent tout à fait la plaisanterie pour tomber dans le libelle. Telles sont les allusions à la jalousie de Glackemeyer, au commerce de certains objets qui ne sauraient se nommer ni se décrire et que l'on attribuait à Thomas Amiot.
André-Rémi Harnel avait été censuré à la barre de la Chambre pour avoir, à la demande du gouverneur, donné son opinion comme avocat général, sur une question d'élection. L'officier rapporteur, dans une élection tenue à Stanstead, avait déclaré Wright Chamberlain élu, bien qu'apparemment son adversaire Marcus Child eût obtenu soixante-et-dix voix de majorité. Appelé par lord Aylmer à se prononcer en sa qualité d'officier en loi, Hamel opina en faveur de l'officier d'élection. La Chambre crut voir en cela une infraction à ses droits et privilèges, et fit admonester Hamel par l'Orateur Papineau.
L'historien Christie exprime ainsi sa manière de voir sur ce cas intéressant : « L'opinion de M. Hamel, autant que je puis en juger, était conforme à la loi, et nul doute aussi conforme à la conscience de l'avocat ». Les membres du barreau de Québec et de Montréal, réunis tout spécialement à l'occasion de cet incident, protestèrent d'une commune voix contre cet acte de la Chambre, qu'ils regardaient
comme un abus de pouvoir, une violation de l'immunité professionnelle. C'était, disaientils, porter un coup direct à l'indépendance du barreau, devenue de plus en plus nécessaire pour la protection du caractère individuel, et pour la défense des droits publics et privés.
Hamel avait été très mortifié de cette mésaventure. Les plaisanteries que l'on fait sur ce point sont d'assez bonne guerre, et si elles n'étaient point répétées aussi souvent dans le Statu Quo en déroute celles seraient même amusantes. Mais l'auteur en a abusé, comme font tons les écrivains médiocres lorsqu'ils rencontrent une bonne idée. Hamel aurait dû refuser de se rendre à l'ordre tout à fait inconstitutionnel de la Chambre. Il aurait ainsi placé lord Aylmer dans la nécessité de dissoudre le parlement, plutôt que de le laisser emprisonner.
Ces trois comédies sont peu connues. Les deux premières se trouvent dans la Gazette de i Québec d'avril et de mai 1834. Mais la trois- ' ième, qui parut en brochure, est absolument
introuvable. Voilà pourquoi nous avons cru utile de les exhumer toutes trois de la poussière où elles dormaient ignorées depuis soixante-quinze ans. Personne ne nous reprochera d'avoir pris l'initiative d'une telle résurrection. Bn histoire, il n'y a pas de quantités négligeables. Cette petite querelle de famille servira à faire mieux connaître les mœurs politiques de cette époque déjà lointaine. Elle mettra les hommes de la politique contemporaine en garde contre les coteries, qui sont toujours préjudiciables au parti qui les voit naître dans son sein.
N.-B. Dionne.