Viger (Denis-Benjamin
P.— Ecoutez donc, H., dites donc plutôt citoyen V...r, cela sent mieux le républicain, n'est-ce pas, B.? ziccoutumez-vous done petit à petit; vous n'avez que des honorables ans la tête, vous autres.
F.— Oui, tandis que nous voulons les fouier aux pieds.
G.— Bah! des honorables ; si vous aviez été à Londres et à Paris comme moi, messicurs — je me trompe, je voulais dire citoyens — c'est là que vous verriez combien on y fait peu de cas des honorables, des marquis, des ducs, des princes, des rois, enfin; 1à, dans ces grandes villes, les ramoneurs sont respectés au plus haut degré, car ils font une partie du peuple, c’est-à-dire qu’ils composent partie des masses, J'en ai vu, à Londres, des masses qui voulaient se révolter (légitimement, cela s'entend) contre les autorités constituées. Ah! que c'était beau ! que c'était grand! J'ai vu aussi À Paris, près de la colonne d’Austerlitz, des rassemble. ments de masses de braves patriotes (on les appelle aussi sans-culottes), et véritablement plusieurs d’entre eux en manquaient, mais cela est dû à la tyrannie du gouvernement, et, chose singulière, la police, cette infâme police de gendarmes de Louis-Philippe, les chassait
de rue en rue et de quai en quai, tout comme des moutons.
F.—Il paraîtrait, monsieur G., que vous avez vu bien des choses dans vos courses lointaines ; eh bien! je vous parierai, moi, que vous n’avez jamais vu de patriote d'outre-mer capable de faire ce qu’un des nôtres est prêt à faire dans l’occasion ?
G.— Qu'est-ce que c'est? dites, dites, car j'ai vu bien des choses, je vous assure, surtout en fait d’anecdotes.
F.— Eh bien! apprenez, monsieur G., que nous avons parmi nous un patriote, ou un sans-culottes, comme on les nomme à Paris,
qui est capable de manger un écossais tout cru !
G.— Miséricorde ! que me dites-vous là?
Mais c’est donc un descendant de ces terribles Iroquois qui dévastèrent le pays dans le commencement de ses établissements. Dieu, quelle horreur !
F.— Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage ; tenez, le voilà qui entre : voyez ce cercle de longs poils qui encadre sa figure... voyez sa robe de castor, ou de peau d'ours... non, je me trompe, c’est un simple manteau de drap dont il est affublé; voyez cette démarche fière et imposante...; tremblez, habi-
tants de la Calédonie! surtout vous, qui portez la jupe écourtée.
G.—Eh! mais, mais... cest mon ami W...rl; comme vous êtes badin, monsieur F,
W.— Comme vous voilà tous effarouchés, citoyens! s’agirait-il donc de révolution, de guerre? je le veux, nous le voulons. Je suis prêt, nous sommes prêts. Allons, à vos canons ; baïonnette au bout du fusil ! Je vous conduirai au feu, moi; sachez que je porte un Napoléon sut ma poitrine.
F.— J'aimerais mieux en avoir un dañs ma poche, moi.