Scène II
Glackemeyer, eittrant avec précipitation. — Qu'est-ce que ce vacarme-là, M. l'Avocat du Roi ? Quelle est donc la cause de votre emportement? Je vous entendais du milieu de la Place d'Armes ; vous n'êtes pas prudent
de crier si fort. Mais quelque patriote auraitil attenté à votre vie? N'auriez-vous pas, par hasard, découvert quelque intrigue, quelque infidélité ?
Hamel, feignant d'être de sang-froid. — Ah ! non, je suis loin d'être jaloux.
Glackkmeyer. — Ce n'est pas Têtre que de veiller sur son monde. Mais qu'est-ce enfin ? Quelque sergent d'armes, peut-être ... (// rit aux éclats). — Oh ! mé que c'est drôle . . . Souffrez que je plaisante. M., car c'est mon faible, vous savez. Toutefois, dites-moi donc ce qui en était.
Hamel. — Oh ! M., je ne puis, je ne puis ; c'est un secret d'office.
Glackkmeyer. — Beau secret d'office, qu'ont entendu tous vos voisins ! N'importe, à ce propos, il me vient en tête une bonne idée. Répandons le bruit que les Patriotes auraient payé quelqu'un pour vous assassiner. Ce serait le sujet d'un bon article pour le Statu quo^ et pour le coup les épithètes de révolutionnaires, de sans-culottes, de terroristes viendraient à merveille ; ça serait drôle, ça, n'est-ce pas ?
Hamel. — Oui, pour vous autres. Messieurs, mais pour moi, c'est différent. Ne voyez-vous pas que je serais le personnage ridicule de la
pièce ? Ce s'rait bien le reste, si, ayant été grondé, il fallait qu'on crût que j'ai été battu.
Gi^ACKEMEYER. — En effet, vous avez raison ; c'est juste, c'est juste ; j'abandonne ma proposition. Venons-en à la nouvelle du jour. Que pensez-vous de notre situation ? Elle est critique, n'est-ce pas ? Croyez- vous que 7iotre petit Vulcain^ et c'gueux de Tersite, son mouchard, nous en ont fait de belles ? Il ne sera pas bien aise de s'tirer d'une pareille affaire, car nous sommes découverts, c'est fini. Pourtant, si je puis être nommé président au comité de ce soir, j'ai des mo5^ens, et des drôles . . .
Hamel. — Tout doux, M. Glackemeyer, on verra si vous me déplanterez . . . Vous en êtes plus au temps où vous faisiez tant de bruit dans les assemblées . . .
Glackemeyer. — Eh ! bien, l'on verra . . . Mais que font-ils donc, eux, qu'ils ne viennent point? Ils relisent le Canadien^ sans doute ; ils y jouent un si beau rôle ! Ce qui me console, moi, c'est qu'ils n'ont point osé m'attaquer de front : ils n'ont fait que m'effleurer en passant. Vous, M. l'avocat du Roi, avez-vous vu comme ils vous étrillent? Oh ! mé, qu'c'est drôle !
Hamel. — Moi, ils m'appellent ce pauvre
2ÎWOC2X grondé^ voilà tout. Comme dit Thomas, grondé n'est pas battu.
Glackemeyer. — C'est juste. Mais ces deux vers
Tout son corps ramassé dans sa courte grosseur Pesait gémir la barre sous sa molle épaisseur.
Hamel, piqiié. — Ne me poussez pas à bout, M. l'Echevin, car je pourrais dire bien des choses pour eux... Sachez qu'ils vous ont épargné, vous.
Glackemeyer. — Qu'ils disent,qu'ils disent, ils ne m'empêcheront pas d'être élu à la Basse- Ville, à la prochaine élection. Soyez sûr, M. que je n'y perdrai pas mon vin et mes provisions. C'te fois-là, que c'était drôle de vous voir déguerpir de l'Isle avec vos provisions !
YiK^iZi.^ se fâchant. — Je le sais, vous vous présentez. Oh ! pour le coup, vous êtes sûr de votre fait. Les femmes seront pour vous ;. elles ne votent plus, mais elles intrigueront.
Glackemeyer, piqué aussi. — Est-ce à vous à faire le railleur, M. Cujas? Oubliezvous la réprimande d'ignorance que vous avez reçue de M. l'Orateur? Vous fûtes pourtant la recevoir comme en triomphe. Quelle peine n'avons-nous pas eue à vous détourner d'y
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aller avec votre robe de soie ! C'est dommage à présent, les Patriotes en auraient fait quelque chose de drôle.
Hamel. — Je me suis bien tiré de cette affaire. On admira quel sang-froid, quelle grâce, quel air imposant j'avais à la barre. Tous les Barreaux n'ont-ils pas pris ma défense? Dans une pareille occasion, qui aurait pris la vôtre ?
Glackemeyer. — Les Barreaux ... les Barreaux n'ont point agi pour vous, alors, vous le savez.
Hamel. — Je crois que vous en auriez fait de belles à sa place, vous, M. le Notaire !