HISTOIRE DE JÉSUS PAR PEYRAT
Entre ces auteurs, deux seulement, Josèphe et Tacite, ont écrit le nom de Jésus.
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Le passage de Josèphe est explicite et significatif.
« En ce temps-là, dit-il (c'est-à-dire au temps de Pilate), était Jésus, homme sage, si toutefois il faut l'appeler homme; car il faisait beaucoup de merveilles. Il enseignait la vérité à ceux qui prenaient plaisir d'en être instruits, et il attira à lui beaucoup de
Juifs et même de Gentils : il était le Christ. Il fut accusé devant Pilate par les principaux de notre nation, et Pilate le fit crucifier. Ceux qui l'avaient aimé auparavant ne cessèrent pas de l'aimer, parce que trois jours après il se fit voir à eux de nouveau vivant. Les saints prophètes avaient prédit ces choses de lui et plusieurs autres merveilles, et la secte des chrétiens, qui de lui a pris son nom, subsiste encore et présent. » (Antiquités judaïques, liv. xviiî, chap. ft.)
(In témoignage si formel, où tout ce qui peut élever Jésus et assurer sa gloire est for-
mulé avec tant de précision, peut-il venir d'un Juif de race sacerdotale, pharisien de secte et sacrificateur, car Josèphe était tout cela? (Antiquités judaïques, liv. xvi, ch. 2,) Il a vécu et il est mort Juif, Juif convaincu, opiniâtre, d'ailleurs très-occupé de politique et tenant un rang distingué à la cour des empereurs. C'est sous le règne de Domitien qu'il a écrit son livre des Antiquités judaïques, et il était trop attentif à. se ménager la faveur impériale pour exalter le chef d'une religion dont l'empereur était l'ennemi déclaré. Dans ce passage, en effet, ce n'est pas un Juif qui parle, un Juif modéré et équitable, c'est un chrétien, et un chrétien si transporté par son zèle, qu'il ne songe pas même à modérer ses impressions : il tranche toutes les questions. « Jésus était le Christ, et il est ressuscité ! » Conçoit-on rien de plus opposé à la croyance et à la profession de Josèphe ? Comprend-on cet homme de tant
de droiture et de probité reconnaissant que Jésus est le Messie prédit par les prophètes et ne se faisant pas chrétien ?
Ce passage rompt le fil de la narration, n'a nulle liaison avec ce qui précède ni avec ce qui suit, et cela seul est une objection à laquelle il n'est pas aisé de répondre.
Dans ce qui précède, Josèphe raconte une sédition des Juifs contre Pilate, et dans ce qui suit : « un autre accident fâcheux qui, dit-il, causa un grand trouble. »
Ces mots, « un autre accident, » ne peuvent avoir rapport qu'au premier qui était la sédition. — Le témoignage relatif à Jésus n'a nul rapport avec ces deux événements liés l'un k l'autre par les termes mêmes de l'historien. Or Josèphe prouve trop, dans tout son ouvrage, combien il possède l'art de mettre chaque chose à sa place, pour qu'on puisse croire qu'il a gâté par un tel arrangement l'ordre et la netteté de la narration.
Dans leurs nombreuses et ardentes polémiques contre les Juifs et les païens, saint Justin, Tertullien, Origène, saint Gyprien, ne citent pas ce passage de Joseph e. Est-ce que saint Justin, dans sa longue dispute avec Tryphon, aurait négligé de confondre les Juifs par le témoignage de leur propre historien? Quant à Origène, il parle de Josèphe, mais en des termes qui tranchent la question : « Josèphe, dit-il, n'a pas reconnu que notre Jésus fût le Christ. »
De l'avis de tous les critiques habiles et compétents, ce passage de Josèphe est interpolé, et il faut le mettre au rang des fraudes pieuses des premiers chrétiens.
(Peyrat, Histoire de Jésus, ch. 13, p. 335.)