ACTE V, SCENE II
CATHERINE^ cherchant à se remettre.
Pardon, cousin... le trouble... la surprise... je ne vous attendais pas sitôt... je croyais même... là... à la fenêtre où je regardais par hasard... avoir aperçu votre voiture.
HENRI
C'est une autre que la mienne !... une \isite qui nous arrive... car moi, je suis venu à cheval, par les sentiers de nos montagnes... que je connais...
CATHERINE, souriant.
Et qui abrègent la route... c'est le bon chemin.
HENRI
N'est-ce pas ? Mais, que je vous regarde, cousine. Ma sœur avait raison... ma sœur, que j'ai couni d'abord embrasser; elle me disait tout à l'heure encore... « Tu ne reconnaîtras pas Catherine... c'est maintenant une vraie d'Aubigné. »
CATHERINE
Amour-propre de famille.
HENRI
Non... non... et moi-même je ne puis m'empêcher de regarder avec un certain respect la petite paysanne que j'aimais tant!
CATHERINE
Je vais y perdre, mon cousin.
HENRI
Et l'instruction ! et les talents que vous avez acquis, dit-on, en une année !
CATHERINE
Que faire en un couvent... à moins de s'instruire?... et j'y prenais tant de plaisir que je n'y avais pas de mérite.
Vous voulez diminuer le prix du service que vous nous avez rendu, à nous, qui ne saurons jamais comment nous acquitter...
CATHERINE
Ètes-vous heureux, mon cousin?
HENRI
En ce moment, du moins.
CATHERINE
Alors je le suis aussi... Mais pourquoi tant tarder à venir voir vos anciens amis et vos nouveaux domaines? oui, nouveaux..
car depuis un an, votre sœur et moi, nous nous occupons à tout réparer.
HENRI
Et mon régiment que je ne pouvais quitter... et. la guerre qui a éclaté en Roussillon ! Grâce au ciel, c'est fini!... J'accours, et rien qu'en traversant le parc, aligné et sablé, les salles basses où l'herbe ne pousse plus, nos vergers et nos champs où tout respire rabondance, j'ai reconnu la main des anges gardiens qui veillaient en mon absence sur le domaine paternel. Mais, ditesmoi, Catherine, pendant le peu d'instants que je viens de passer avec ma sœur, elle m'a paru pâle et changée.
CATHERINE, à part.
Oh ! il ignore qu'elle m'a avoué...
HENRI
Est-elle donc malade ?
Mais je n'en sais rien.
HENRI
Vainement elle essayait de rire; je ne retrouvais point sur ses lèvres la gaieté de notre ancienne misère. Est-ce le passé qui l'effraye? Mais depuis plus d'un an qu'elle est revenue avec vous s'établir dans ce château, rien n'a transpiré.
CATHERINE
Rien à craindre, (se retournant.) Qu'est-ce *?
UN DOMESTIQUE, qui vient d'entrer par le fond.
Un billet pour monsieur le comte; il est apporté par un grand courrier couvert de galons dorés et de fourrures.
HENRI, lisant.
« Le prince et la princesse Zabanoff, près de quitter les eaux des Pyrénées, font demander si monsieur le comte d'Aubigné pourrait les recevoir aujourd'hui à trois heures au château de Gouraze. »
CATHERINE, à Henri.
Le prince et la princesse Zabanoff, c'est du Moscovite; vous les connaissez?
HENRI
Nullement... n'importe! (Haut au Domestique.) Répondez que nous 1 Catherine, le Domestique, Henri.