SCÈNE IX
GODIVET, LE DUC.
Qu'est-il arrivé? Viens... explique-le-moi.
GODIVET.
C'est ce que j'allais vous demander, monsieur le Duc.
LE DUC
La Maupin s'est évadée?
GODIVET.
Oui, monsieur le Duc.
LE DUC, le menaçant.
Malheureux !
GODIVET.
Attendez... avant de vous fâcher... rien n:est désespéré; la iseule difficulté... c'est de comprendre.
LE DUC
Je m'en charge.
GODIVET.
Le reste alors n'est rien. Je venais, selon vos ordres, de l'installer dans cette tour dont la porte s'était refermée sur elle.
LE DUC
Comment se fait-il, alors ?...
GODIVET.
Attendez donc! J'étais sorti du château, et à un quart de lieue d'ici, nous nous étions arrêtés pour nous rafraîchir au Tourne-bride... mes gens dans 3a salle commune... moi dans une salle basse... Une lueur venant de la pièce à côté hriliait à travers la fente d'une cloison... je regarde, c'est tout naturel, et je vois...
LE DUC
Apres?...
GODIVET.
Je vois mademoiselle Maupin elle-même, celle que je venais de laisser enfermée dans la tour Galante.
LE DUC
Allons donc !■
GODIVET.
Elle n'était plus en noir... elle était en blanc... et elle avait avec elle mademoiselle Sabine, sa femme de chambre, arrivée à pied au Tourne-bride avant moi, qui arrivais en voiture ! Voyez-vous, monsieur le Duc, je ne suis pas plus peureux qu'un autre, mais tout ce qui touche à cette fille-là... est un mystère incompréhensible !
Que tu comprennes ou non, je te demande mot pour mot ce que tu as entendu.
GODIVET.
« N'allons pas plus loin, mademoiselle, disait l'une, ça n'a pas le sens commun. — Comment, répondait l'autre, tu as entendu Hubert... Hubert, qui les a suivis, qui nous a appris où on l'avait enfermé , et nous partirions sans l'avoir délivré. »
(s'arrèlant.) Comprenez-VOUS ?...
LE DUC
Non, va toujours.
GODIVET.
« Et que pourrons-nous faire, nous, pauvres femmes ? reprenait la première. — Je n'en sais rien, mais nous avons de l'or, des diamants ; devant cela, il n'y a ni geôlier ni grilles qui tiennent... Viens... continuons notre route..* »
LE DUC, avec colère.
Et tu ne les as pas arrêtées ?