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Anne d'Autriche.
ment compter les ferrets ; la reine les avait ; seulement en •Tait-elle dix ou en avait-elle douze ?
Bn ce moment les violons sonnèrent le signal du ballet. Le roi slavança vers madame la présidente, avec laquelle il devait danser, et Son Altesse Monsieur vers la reine. On se ■it en place, et le ballet commença.
Le roi Cgurait en face de la reine, jt, chaque fois qu'il
rssait prés d'elle, il dévorait du regard ces ferrets, dont De pouvait savoir le compte. Une sueur froide couvrait le firoQl da cardinal.
Le ballet dura une heure ; il avait seize entrées.
Le ballet fini au milieu des applaudissements de tout» k salle, chacun reconduisit sa dame à sa place ; mais le roi profita du privilège qu'il avait de laisser la sienne où il m trouvait pour s'avancer vivement vers la reine.
— Je vous remercie, madame, lui dit-il, de la déférenet que vous avez montrée pour mes désirs, mais je crois qull vous manque deux ferrets, et je vous les rapporte.
.'^ ces mots, il tendit à la reine les deux ferrets qu« M avait rerats le cardinal.
— Comment! sire, s'écria la reine joii.mt la surprise, vous m'en donnez encore deux autres; mais alors cela m'en fera donc quatorze.
Eii effet, le roi compta, et les douze ferrets se trouvèrent »nr Sa Majesté.
Le roi appela le cardinal .
— Eh bien! que signifie cela, monsieur le cardmal? demanda le roi d'un ton sévère.
— Cela sipifie. sire, répondit le cardinal, que je désirais Élire accepter ces deux ferrets à la reine, et que, n'osant les lui offrir moi-même, j'ai adopté ce moyen.
— Et j'en suis d'autant plus reconnaissante à Votre Eminence, répondit Anne d'Autriche avec un sourire qui prouvait qu'elle n'était point dupe de cstle ingénieuse galanterie, que je suis certaine que ces deux ferrets vous coûtent aussi cher à eux seuls que les douze autres ont cov'ité à Sa Majesté.
Puis, ayant salué le roi et le cardinal, la reine renrit le chemin de la chambre où elle s'était habillée et où elle devait se dévêtir.
L'attention que nous avons été obligés de donner pendant le commencement de ce chapitre aux personnages illustres que nous y avons introduits nous a écartes un instant de celui à qui Anne d'Autriche devait le triomphe inouï qu'elle venait de remporter sur le cardinal, et qui, confondu, ignoré,
fierdu dans la foule entassée à)'une des portes, regardait de i cette scène compréhensible seulement pour quatre personnes, le roi, la reine. Son En.incnce et lui.
La reine venait de regagner sa chambre, et d'Artagnan •'apprêtait à se retirer, lorsqu'il sentit q» on lui touchait légèrement l'ppaule; il se retourna et vit une jeune femme qui lui faisait signe de le suivre. Celte jeune femme avait le visage couvert d'un loup de velours noir; mais, malgré cette précaution, qui, au reste, était bien plutôt prise pour les antres que pour lui, il reconnut ;: l'instant même son guide ordinaire, la légère et spirituelle madame Bonacieux.
La veille ils s'étaient vus à peine chez le suisse Germain, où d'Artagnan l'avait fait demander. La hâte qu'avait la jeune femme de porter à la reine cette excellente nouvelle de l'heureux retour de son messager fit que les deux amants échangèrent à peine quelques paroles. D Artagnan suivit donc madame Bonacieux, mù par un double sentiment, l'amour et la curiosité. Pendant toute la route, et à mesure Î|ue les corridors devenaient plus déserts, d'Artagnan vouait arrêter la jeune femme, la saisir, la conicmplcr, ne futce qu'un instant; mais, vive comme un oiseau, elle glissait toujours entre ses mains, et, lorsqu'il essayait de parler, son doigt ramené sur sa bouche avec un petit geste inijiératif plein de charme lui rappelait qu'il était sous l'empie d'une puissance à laquelle il devait aveuglément obéir et qui lui interdisait jusqu'à la plus légère plainte; enfin, après une minute ou deux de tours et do détours, madame Bonacieux ouvrit une porte et introduisit le jeune homme dans un cabinet tout a fait obscur. Là elle lui fit un nouveau signe de ■nutisme, et, ouvrant une seconde porte cachée par une ta-
pisserie dont les ouvertures répandirent tout à coup une viv« clarté, elle disparut.
D'Artagnan demeura un instant immobile et se deman» dant ou il était; mais bientôt un rayon de lumière qui pénétrait par cette chambre, l'air chaud et parfumé qui arrivai! jusqu'à lui, la conversation de dev% ou trois femmes, an langage à la fois respectueux et clégaui, ic moi de Majesté plusieurs fois répété, lui inMiquèrent clairement qu'il était dans un cabinet attenant à la chambre de la reine.
Le jeune homme se tint dans l'oinbre et attendit.
La reine paraissait gaie et heureuse, ce qui semblait fort étonner les personnes qui l'entouraient, et qui avaient, au contraire, l'habitude de la voir presque toujours soucieuse. La reine rejetait ce sentiment joyeux sur la beauté de la fête, sur le plaisir que lui avait fait éprouver le ballet, et, comme il n'est pas permis de contredire une reine, qu'elle sourie ou qu'elle pleure, chacun renchérissait sur ta galanterie de MM. les cchevins de la ville de Paris.
Quoique d'Artagnan ne connût point la reine, il distingua bientôt sa voix des autres voix, d'abord à un léger accent étranger, puis à ce sentiment de domination naturellement empreint dans toutes les paroles souveraines. Il l'entendait s'approcher et s'éloigner ae celte porte ouverte, et deux ou trois fois il vil même l'ombre d'un corps intercepter la lumière. Enfin, tout à coup une main et un bras adorables de forme et de blancliour iiassérent à travers la tapisserie : d'Artagnan comprit que c'était sa récompense; il se jeta à genoux, saisit cette main, y appuya respectueusement ses lèvres; puis cette main se retira, laissant dans les siennes un objet qu'il reconnut pour être une bague ; aussitôt la porte se referma, et d'Artagnan se retrouva dans la plus complète obscurité.
D'Artagnan mit la bague à son doigt et attendit de nouveau ; il était évident que tout n'était pas fini encore. Après la récompense de son dévouement venait la récompense de son amour. D'ailleurs, le ballet était danse; mais la soirée était commencée à peine ; ou soupait à trois heures, et l'horloge Saint-Jean depuis quelque temps déjà avait sonné deux heures trois quarts.
En effet, peu à peu le bruit des voix diminua dans la chambre voisine, puis on l'entendit s'éloigner; puis la porte du cabinet oii était d'Artagnan se rouvrit, et madame Bonacieux s'y élança.
— Vous, enfin! s'éciia d'Artagnan.
— Silence ! dit la jeune femme en appuyant sa main sur les lèvres du jeune homme ; silence, et allez-vous-en par où vous êtes venu.
— Mais où et quand vous reverrai-je? s'écria d'Artagnan.
— Un billet que vous trouvère» en rentrant vous le diri. Parlez! parlez!
Et, à ces mots, elle ouvrit la porte du corridor, et poussa d'Artagnan hors du cabinet.
D'Artagnan obéit comme un enfant, sans résistance et sans objection aucune, ce qui prouve qu'il était bien réellement amoureux-
LES TROIS IMOUS0UETAtfi;:s.