‹ Les trois mousquetaires. IllustrésChapitre 29 sur 35 · CHAPITRE XXVU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVU

l'homme *o hahtead Bouet

Le désespoir d'Athos avait fait place à une douleur concentrée, qui rendait plus lucides encore les brillantes qualités de cet homme- Tout entier à une seule pensée, celle de la promesse qu'il avait faite et de la responsabilité qu'il avait prise, il se retira le dernier dans sa cliambre, pria l'hôte de lui procurer une tarte de province, se courba dessus, interrogea les ligues tracées, reconnut que quatre chemins diiTcrenls conduisaient dé Bélhune à Armentieres, et lit appeler les valets.

Planchet, Grimaud. Mousqueton et Bazin se présentèrent el rftfureni les ordres clairs, ponctuels et graves d'Alhos. Ils (levaient partir au point du jour le lendemain et se rendre à AiTaetitipres, chacim par une route diOïurentc. Planchet, le plus tatelligenl des quatre, devait suivre celle qu'avait prise

la voiture sur laquelle les trois amis avaient tiré, et qui était accompagnée, on se le rappelle, du domestique de Rochefort.

Athos inities valets en campagne, d'abord parce que, depuis que ces hommes étaient à son service et à celui de ses amis, il avait reconnu en chacun d'eux des qualités différentes et essentielles; puis, des valets qui interrogent inspirent aux paysans moins de défiance que leurs maîtres et trouvent plus de sympathie chez ceux auxquels ils s'adressent.

Enfin, milady connaissait les maîtres, tandis qu'elle ne connaissait pas les valets. Au contraire, les valets connaissaic nt parfaitement milady.

Tous quatre devaient se trouver le lendemain à onze heures à l'endroit indiqué. S'ils avaient dccouvrrt la retraite de milady, trois resteraient à la garder, le quatrième reviendrait i Bèthune pour prévenir Athos et servir de guide aux trois amis.

Ces dispositions prises, les valets se retirèrent é leur tour.

Athos alors se leva de sa chaise, ceignit son épée. s'enveloppa dans .son manteau et snrlil de l'hôtel : il était dix heures à peu près; à dix heures du soir, comme en le sait, en

Mort de madame Conaciciix.

LES mois MOLSOfET.VinES.

l'a-o 13-! — rr.

province, les rues sont peu fréquenlées. Âthos cependant cherchait visiblement queiqu un à qui il pût adresser une question.

Enfin il rencontra un passant attardé, s'approcha de lui, lui dit quelques paroles.

L'homme auquel il s'adressait recula avec terreur; cependant il répondit aux paroles du mousquetaire par une indication.

Athos oITrit à cet homme une demi-pistole ponr l'accompagner; mais l'homme refusa.

Athos s'enfonça dans la rue que l'indicateur avait désignée du doigt, mais, arrivé à un carrefour, il s'arrêta de nouveau visiblement embarrassé.

Cependant comme, plus qu'aucun autre lieu, ce carrefour lui offrait la chance de rencontrer quelqu'un, il s'y arrêta.

En effet, au bout d'un instant, un veilleur de nuit passa.

Athos lui répéta la même question qu'il avait déjà faite é la première personne qu'il avait rencontrée.

Le veilleur de nuil laissa apercevoir l-t même terreur, refusa à son tour d'arcompagner Athos et lui montra de la main le chemis qu'il devait suivre.

Alhos marcna dans la direction indiquée et atteignit le faubourg situé à l'extrémilé de la ville opposée à celle par laquelle lui et ses compagnons étaient entrés. Là, il parut de nouveau inquiet et embarrassé, et s'arrêta pour la troisième fois

Heureusement un mendiant passa, (|ui s'approcha d'Athos

four lui demander l'aumône. Athos lui proposa un écu pour accompagner où il allait.

Le mendiant hésita un instant, mais, d la vue de la pièce d'argent oui brillait dans l'obscurité, il se décida et marcha devant Atnos.

Arrivé à l'angle d'une rue, il lui montra de loin une petite maison isolée, solitaire, triste; Athos s'en approcha, tandis que le mendiant, qui avait reçu son salaire, s'en éloignait à toutes jambes.

Athos en fit le tour avant de distmguer la porte au milieu de la couleur rougcàtre dont cette maison était peinte.

Aucune lumière ne paraissait à travers les gerçm-es des contrevents, »;cun bruit ne pouvait faire supposer qu'elle fût habitée ; elle était sombre et muette comme un tombeau.

Trois fois Athos frappa sans qu'on lui répondit.

Au troisième coup, cependant, des pas '.ntérieurs se rapprochèrent; enfin la porte .s'entr'ouvrit , et un homme de naute taille, au teint pâle, aux cheveux et à la barbe noirs, parut.

Athos et lui échangèrent quelques mots à voix basse, puis l'homme à la haute taille lll signe au mousquetaire qu'il pouvait eutrtr. Athos proûla à l'instant même de la permission, et la porte se referma derrière lui.

L'homme (lu'Athos était venu chercher si 'c!a et qu'il avait trouvé avec tant de peine, le fit entrer dans un laboratoire ou il était occupé à retenir avec des Gis de fer les os cliquetants d'un squelette. Tout le corps était déjà rajusté : la tète seule était f^sée sur une table.

Tout II! reste de l'ameublement indiquait que celui chez lequel on se trouvait s'occupait de sciences naturelles; il y avait des bocaux pleins de serpents, étiquetés selon les espèces; dos lézards desséchés reluisaient, romme des émeraudes taillées, dans de grands cadres de bois noir. Enfin, des bottes d'herbes sauvages, odoriférantes, et sans doute douées de vertus inconnues au vulgaire des hommes, étaient attachées au plafond et descendaient dans les angles de l'appartement.

Du reste, pas de famille, pas de serviteurs; l'homme à la haute taille habitait seul cette maison.

Athos jeta un coup d'œil froid et indifférent su. tous les objets que nous venons de décrire, et, sur l'invitation de celui qu'il "enait chercher, s'assit près de lui.

Alors, il expliqua )a cause de sa visite et le service qu'il

réclamait; niais à peine eut-il exposé sa demande, que l'inconnu, qui était resté debout devant le mousquetaire, recula de terreur et refusa.

Alors Athos tira de sa poche un petit papier, sur lequel étaient écrites deux lignes accompagnées d'une signature et d'un sceau, et le présenta à celui qui donnait trop prématurément ces signes de répugnance.

L'homme à la grande taille eut à peine lu les deux lignes, vu la signature et reconnu le sceau, qu'il s'inclina en signe qu'il n'avait plus aucune objection à faire et qu'il était prêt à obéir.

Athos n'en demanda pas davantage, il se leva, sortit, reprit en s'en allant le chemin qu'il avait suivi pour venir, rentra dans l'hôtel et s'enferma chez lui.

Au point du jour, d'Artagnan pénétra dans sa chambre et lui demanda ce qu'il fallait faire.

— Attendre, répondit Athos.

Quelques instants après, la supérieure du couvent fit prévenir les mousquetaires que l'enterrement de la victime de milady aurait lieu à midi.

Quant à l'empoisonneuse, on n'en avait pas eu de nouvelles. Seulement elle avait dû fuir par le jardin, sur le sable duquel on avait reconnu la trace de ses pas, et dont on avait retrouvé la port» fermée ; quant à la clef, elle avait disparu.

A l'heure indiquée, lord de Winter et les quatre amis se rendirent au couvent : les cloches sonnaient à toutes volées, la chapelle était ouverte; la .fjrille seule du chœur était fermée.

Au milieu du chœur, le corps de la victime, revêtue de ses habits de novice, était exposé.

De chaque côté du chœur et derrière des grilles s'ouvrant sur le couvent était toute la communauté des Carmélites, qui écoutait de là le service divin et mêlait son chant au chant des prêtres, sans voir les profanes et sans être vue d'eux.

A la porte de la chapelle, d'Artagnan sentit son courage qui fuyait de nouveau; il se retourna pour chercher Athos, mais Athos avait disparu.

Fidèle à sa mission de vengeance, Athos s'était fait conduire au jardin, et là, sur le sable, suivant les pas légers de cette femme qui avaic laissé une trace sanglante partout ya elle avait passé, il s'avança jusqu'à la porte qui donnait su' le bois, se la fit ouvrir et s'enfonça dans la forêt.

Alors tous ses doutes se confirmèrent : le chemin par lequel la voiture avait disparu contournait la forêt. Athos suivit ce chemin quelque temps, les yeux fixés sur le sol ; de légères taches de sang, qui provenaient d'une blessure'faite ou à l'homme qui accompagnait la voiture eu courrier, ou à l'un des chevaux, piquetaient le chemin. Au bout de trois quarts de lieue à peu prés, à cinquante pas de Festubert, une tache de sang plus large apparaissait; le sol était piétiné par les chevaux. Entre la forêt et cet endroit dénonciateur, un peu en arriére de la terre écorchée, on retrouvait la même trace de petits pas que dans le jardin : la voiture s'était ar^ rêtée.

En cet endroit, milady était sortie du bois et était montée dans la voiture.

Satisfait de cette découverte qui confirmait toutes ses conjectures, Athos revint à l'hôtel et trouva Planchet qui l'attendait avec impatience.

Tout était comme l'avait prévu Athos.

Planchet avait suivi sa route, avait, comme Athos, remar que les taches Je sang; comme Athos, il avait reconnu l'endroit où les chevaux s'étaient arrêtés ; mais il avait pousse plus loin qu' Athos, de sorte qu'au village de Festubert, en buvant dans une auberge, il avait, sans avoir eu besoin â« questionner, appris que la veille, à huit heures et demie du soir, un homme blesse, qui accompagnait une dame voyageant dans «ne chaise de poste, avait été obligé de s'arrêter, ne pouvant aller plus loin.

L'accident avait été mis sur le compte de voleurs, qui

•ursient attaqué les voyageurs dans le bois. L'homme était resté dans le village, la femme avait relayé et continué son chemin.

Planchet se mit en quête du postillon qui avait conduit la chaise, et le retrouva, il avait conduit la dame jusqu'à Froi&elles, et, de Fromelles, elle était partie pour Armentières.

Planchet prit la traverse, et, à sept heures du matin, il était à Armentières.

Il n'y avait qu'un hôtel, celui de la poste. Planchet alla s'y présenter comme un laquais sans place qui cherchait condition. Il n'avait pas causé dix minutes avec les gens del'auberge, qu'il savait qu'une femmeseule était arrivée

"tA-BaucÉ

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i oaie heures du noir, avait pris une chambre, av«it fait ve- BÎr le m.iilre de l'hôtel et lui avait dit qu'elle désirait demeurer quelque temps dans les environs.

Phodiet n'avait pas besom d'en savoir davantage. Il courut ta rendet-vous, trouva les trois valets exarts à leur poste, les amena, les plaça en sentinelles ;i toutes les issues de l'bitel, et revint auprès d'Aihos, qui achevait de recevoir

les renseignements de Planchet lorsque sps amis rentrèrent.

Tous les visages étaient sombres, mAme le doux visage d'Aramis.

— Que faut-il faire? demanda d'Artagnao

— Attendre, répondit Alhos.

Chacun se retira chez soi.

A huit heures du soir, Athos donna l'ordre de seller les chevaux, et fit prévenir lord de Winter et ses amis qu'ils eussent à se préparer pour l'expédilion.

En un instant tous cinq furent prêts. Chacun visita ses armes et les mit en état.

Athos descendit le premier et trouva d'Artagnan déjà à cheval et s'impalienlant.

— Patience, dit Athos , il nous manque encore quelqu'un.

Les quatre cavaliers regardèrent autour d'eux avec éton*

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