‹ Les trois muletiers mélodrame comique en trois actesChapitre 32 sur 60 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MARIOL, NITELLA.

N1TELLA.

Depuis quize jours qu'ils m’on séparée de tout ce qui m'est cher , voilà la première fois qu'on me laisse un instant de solitude et de liberté.

MARIOL, se mirant.

Eh bien! mais... je ne suis pas si mal...

MTELLA, de même.

Ah ! c'est qu'ils savent bien, les indignes, que je ne peut pas en abuser.

MARIOL , de même.

Dans le profil du nez, surtout... j'ai quelque chose d'agaçant.

NITELLA.

Ils m'ont mis dans l'horrible nécessité de consentir à mon malheur pour sauver tes jours, ô mon Pérès adoré.

MARIOL.

Pérès, qui parle de... (Il sc retourne, fait un grand saut en arrière, reste d’abord bouche béante, et dit entin : ) La signera ! mon Dieu sauveur ! ayez pitié de moi.

MTELLA.

Maître Mariol, ici!.. Quoi ! vous seriez complice?., MARIOL.

Complice! moi, signera !.. tremblant, à la bonne heure... Et de quoi voulez-vous que je sois com-

plicc !.. j'ignore... ou plutôt J'Ignorais, car Je •-©» nitella.

comprends tout... Hideuse lumière ! (il se pro- J'ai embrassé ses genoux, j’ai promis d’oublier mène.) Ah! M. le Marquis... C’est un guet- ses procédés outrageans, de renoncer à l’espoir apens. (A Nitella.} Rappelez-vous mes exprès- d'appartenir à Pérès, pour obtenir sa grâce. Le

sions, signora, c’est un guet-apens! Méprendre marquis m’a promis de l'apporter scellée du

pour témoin, moi!., je vais me trouver mal ; sceau royal, si je consentais à devenir marquise

ah ! je ine trouve bien mal.

NITELLA.

Remettez-vous, je ne vous accuse pas.

MARIOL.

II ne me manquerait plus que cela, pour que le seigneur Pérès...

NITELLA.

Oh! parlez-moi de lui... de lui, dont je rachète la liberté par le plus horrible sacrifice.

MARIOL.

Je vous demande pardou, je ne 'vous comprends pas du tout... C'est pour le seigneur Pérès... que vous...

NITELLA.

Ah ! n’affectez pas cette ignorance... ne craignez pas de m'affliger... je sais tout.

MARIOL.

Eh bien ! moi , je ne sais rien , signora, bien vrai. nitei.lv.

Pourquoi faut-il que le jour même de mou enlèvement Pérès ait reçu ce brevet , qui devait sitôt devenir sa perte.

MARIOL.

Ah! c’est ce brevet qui est devenu !..

NITF.LLA.

N’est-ce pas que c’est une triste chance, pour sa première tournée dans la ville...

MARIOL.

C’est à sa première !.. je vais vous dire... c’est que j’ai été bien malade depuis votre alreencc. (A part.) Je n’ai pas envie de me compromettre. NITELLA.

J’ai appris sa condamnation par les valets qui causaient entre eux, sans même soupçonner que je pusse les entendre.

mariol, a part.

Ce n’est pas possible.

NITELLA.

C’était sur le pont de la Tournelle, une troupe folle de gentilshommes , après souper, avaient voulu charger, l’épée à la main, une escouade du guet qui venait h leur rencontre. Tout surpris qu’elle fit résistance, le plus en avant des seigneurs s'écria : « Rangez vous canaille! place au frère du roi.»

mariol, à part.

Elle rêve tout éveillée.

« Le frère du roi ne donnerait pas l’exemple de l’inconduite et de la lâcheté, •> répliqua Pérès ; et de son épée il repoussa son adversaire, qui était Caston d’Orléans, lui-méme.

maiuol, à part.

Lo chagrin lui aura troublé la raison.

NITELLA.

Lorsque j’ai entendu que pour avoir fait son devoir Pérès avait été jeté à la Bastille, et condamné à être pendu, j'ai demandé à voir le marquis , dont j’avais toujours repoussé la présence.

MARIOL, à pari.

Ah ! nous y voilà.

de Méru... et... hier... j’ai consenti.

mariol, * part.

Je donnerai un petit doigt de ma main gauche pour n’avoir jamais connu ces gens-là.

I Le marquis de Méru entre a ce moment et écoute.)

NITELLA.

Je dois être libre ce matin, si ce n’est pas un piège qu'on m'a tendu.

MARIOL, apercevant de Méru, dit «k part.

Le Marquis nous écoute. ( Haut) Ah ! signora, M. le Marquis est incapable de vous tendre un piège.

NITELLA, avec amertume.

Vous croyez?..

Un piège de cette nature... Et en effet, le seigeur Pérès est libre, (a part.) C’est une vérité d'abord.

NITELLA.

Il m’en faudra la preuve écrite , on me l’a promise. Mais à vous, maître Mariol, je demande une grâce. J’ai tracé pour Pérès quelques mots... j'avais mis sur l’adresse : Cinquante livres à qui portera celte lettre; et je songeais à la jeter à tout hasard par la fenêtre.

(Elle lui présente l'écrit) MARIOL, hésitant.

Ma position est affreuse.

NITELLA.

Au nom de toutceqni vous intéresse au monde, chargcz-vous-cn , maître.

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