‹ Les trois muletiers mélodrame comique en trois actesChapitre 6 sur 60 · JO AN X ES · texte numérisé non relu

JO AN X ES

Et notre Mie cousine Mtclla, vous l’avez vue ce malin, M“* la duchesse ?

LA DUCHESSE

Comme à l’ordinaire , auprès de la reine qui s’y attache chaque jour davantage. Elle ne peut se passer d’elle et même se faire à l’idée qu’elle puisse jamais s'éloigner de la cour.

CAMPAM, vivimenL

Pardon, M"* la duchesse, nous ne'voudrions pas vous retenir en ce lieu, mais si vous le permettez nous vous suivrons pour vous expliquer... LA DUCHESSE.

Parlez, Caïupani, parlez, je vous écoute.

CAMPANI

Lorsque M"* Anne d’Autriche, au moment de son mariage avec le roi Louis XIU, à Bordeaux, amena d'Espagne, à sa suite, noire cousinc^NÎtella, comme un riant et frais souvenir de cette Andalousie au'clle abandonnait pour un trône, Nitella n'oublia pas d'instruire la reine de France qu’à une époque fixée, lorsque sa dixhuiiièmc année serait accomplie, elle devait épouser un de ses cousins.

LA DUCHESSE

La reine aura bien de la peine à tenir la promesse quelle fit alors de la laisser libre.

pérès.

Comment pourrait-elle y manquer?

LA DUCHESSE

Dans cette cour froide et sévère qui se modèle sur un roi mélancolique et soucieux, Nitella, pour la jeune reine est connue vous venez de le dire, un souvenir vivant de- cette belle Espagne où s'écoula sa première jeunesse. Elle sait éclaircir le front royal et ramener le sourire sur des lèvres moroses et boudeuses. Elle est nécessaire comme tout ce qui peut amuser. Eh bien , si la reine lui dit avec ce charme irrésistible que je lui connais : comment Nitella, toi, ma compatriote, toi que je traite comme... une amie... et c’est une reine qui parle... tu veux m'abandonner! J'ai donc bien peu d’empire sur ceux que j'approche de ma personne et je place donc bien mal mes affections? Que voulez-vous que Nitella ait le courage de répondre.

JO A N. NÉS

Je veux , madame , qu’elle réponde que les engagemens pris avec Dieu du ciel sont plus sacrés que les fantaisies des souverains de la terre. C'est sur le Christ, au chevet de notre mère mourante, qui la élevée comme sa fille, que Nitella a fait serment qu'un de nous trois serait son époux. pérés.

Et au risque de notre tète, noos arracherions notre parente aux fascinations, aux enchante mens de la cour, s’ils pouvaient la séduire au point de lui faire oublier son serment.

LA DUCHESSE

Ne l’accusez pas, la pauvre enfant qui me disait encore tout à l’heure, au lever de la reine, qu’elle v iendrait aujourd'hui passer la journée avec moi, pour vous consacrer quelques heures de sa liberté.

JOANNÈS. «Ô

Oh ! elle est bonne, nous le savons.

PÉRÈS

Mais nous sommes impatiens 1

CAMPAM.

Et si nous retardons encore une explication avec elle, c'est que nous en fixons l'instant, après l'issue de l'entreprise dans laquelle vous avez bien voulu demander notre aide.

LA UI'CIIKSSE.

Bonnes et loyales natures, vous-mêmes , et dignes de comprendre et de partager les nobles dévouemens! (a demi-voix.) Oh! oui, renversons le cardinal ministre, et la reine de France, vraiment reine, entourée sans partage des res|>ects et des adorations d’une cour enivrée, laissera Nilclla libre de son choix et de son cœur.

CAMPAM.

Que ce soit demain, s'il est possible.

Jo AN NÉS.

Et nous redirons avec tout le peuple : Vive la reine !

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