‹ Les trois quartiers, comedie en trois actes et en proseChapitre 42 sur 97 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

frère; forcée d’aller, bien malgré moi, briller dans ses loges à tous les spectacles, de faire les honneurs de ses dîners diplomatiques, où, trop souvent, je suis la seule femme, et ne me trouve entourée que de députés, de banquiers, d’étrangers, d’agens-de-change, de pairs de France, qui parlent à la fois de la Bourse, de la politique, du commerce, de l’équilibre de l’Europe, choses fort essentielles sans doute, mais auxquelles j’ai le malheur de ne rien comprendre! Et les concerts ! les soirées littéraires ! Entendre des élégies, des poèmes, des tragédies nouvelles : ce n’est pas amusant! Encore si ces messieurs les auteurs se contentaient de l'ennui que nous fait subir leur amour-propre ! Mais non : après la lecture il leur faut des complimens, des éloges, et c’est moi qui suis chargée de porter la parole. Bien souvent je n’en pense pas un mot!

, DELBOIS.

Oh! vous pouvez les admirer en toute assurance; je parie que jamais aucun d’eux ne vous accusera d’exagération!

JENNY

C’est très beau d’élre riche... et pourtant qui sait à quel malheur la richesse peut entraîner? Mon frère a beaucoup d’amitié pour moi; mais il est mon aîné,

mon tuteur.... Je dois lui obéir; et quand il me parle de mariage...

DELBOIS.

Il songe à vous marier?

Sans doute: n’est-ee pas naturel? Ce qui ne l’est pas, c’est qu’il m’amène tous les jours de nouveaux prétendans à ma main; et que, pour me plaire, il n’exige d’eux- que de la fortune. Aussi, maintenant, quand mon frère me présente quelqu’un et me dit : Il est riche ; vous pouvez être bien sûr que je le prends tout desuiteen aversion; je le regarde comme unmari.

DELBOIS.

Oui; vous epouserez quelque capitaliste, quelque millionnaire.

JENNY

Que vous devez être content d’être votre maître !

DELBOIS.

Mon maître! N’ai*je pas aussi une famille qui voudra commander à mon cœur, qui me cherchera de la noblesse comme on vous cherche de la fortune? Cette noblesse, ces grades, ces honneurs, cette pairie qui doit me revenir un jour, qu’en ai-je.besoin? Je n’ai pas d’ambition ; je voudrais être riche!....

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