ACTE II, SCÈNE XIII
DESROSIERS , à pari.
C’est qu’elle est vraiment fort bien , les cinq cent
mille francs à part. (Htm.) Mademoiselle, puis-je me
flatter... M. votre frère vous aurait-il dit.... vous au-
rait-il laissé entendre?...
JENNY
Oui , monsieur, je sais dans quelle intention... dans quel espoir, vous avez cherché à être reçu chez lui.
DESROSIERS
Je serais bien flatté, mademoiselle, si l’aveu du frère était un dou.'j acheminement à celui de la sœur?...
JENNY
Monsieur, on m’a dit que vous étiez un homme généreux...
DESROSIERS
Quoi! vous auriez eu la bonté de vous informer!...
JENNY
Que vous aviez des sentimens distingués, une aine noble, élevée?.... .
DESKOS1ERS , à part.
Quels éloges? (Haut.) Je n’ai aucun mérite, mademoiselle! peut-être, en effet, du côté de l’ame suis-je assez bien partagé.
JENNY
Eh bien! monsieur, permettez-moi de faire un ap-
pci à cette générosité dont vous faites gloire ! après tout, ce n’est pal' un grand sacrifice que je vons demanderai. Il est impossible que vous m’aimiez beaucoup!
DESROSIERS
De grâce, mademoiselle, rendez-vous plus de justice!... Votre vue seule a suffi pour faire naître...
JENNY
Cessez ce langage romanesque. Sans me connaître vous avez commencé par vous adresser à mon frère... Je ne vous en veux pas... c'est la règle !... La personne que l’on marie doit toujours être la dernière consultée! De plus, vous êtes riche; je le suis aussi! jusque-là, tout est fort bien ! Mais , monsieur, la fortune ne suffit pas en ménage !
DESROSIERS
Eh! mademoiselle, songez donc à tous les autres rapports qui existent entre nous !
JENNY
Quels rapports? ils ne m’ont pas frappée!
DESROSIERS
Moi , je les ai saisis du premier coup d’œil. Ah ! mademoiselle , combien je serais heureux avec vous !