ACTE III, SCÈNE VI
MARTIGNY
Je le sais... Et comme d’ailleurs vous êtes belle, aimable, douée de mille qualités Ah ! je suis bien
sincère en vous parlant de la sorte... il est impossible qu’il ne se présente pas des concurrens !
LA COMTESSE
Vous croyez!
MARTIGNY
Vraiment! une place à la cour! Enfin, c’est un parti que madame la marquise vous a proposé?... sans doute quelque grand seigneur?
LA COMTESSE
Non; c’est un homme riche, assez bizarre; il ne croit pas que tout le mérite soit dans l’opulence. Je l’ai vu.
MARTIGNY
Vous l’avez vu ?
Tout à l’heure. Il s’est exprimé sur la noblesse avec respect, avec déférence.
MARTIGNY
Eh bien, madame, qui vous arrête? 11 faut épouser ce monsieur! ...
LA COMTESSE
Eh bien, monsieur? ( a p .m.) Je voulais Rengager à parler... et c’est lui qui me conseille.
MARTIGNY , à p»rt.
Elle me demande , à moi ! Je serais bien dupe de m’humilier par un aveu ! D’aillçurs, si pour lui plaire il faut accepter cette place au château !...
LA COMTESSE , à pari.
Il a de l’amour pour moi; mais son orgueil étouffe son amour ! Je veux du moins lui cacher ma faiblesse !
MARTIGNY
Vous sortez , madame?
LA COMTESSE
Oui , monsieur. Je me portais bien hier ; mais je me félicite de n’avoir pas été à votre bal. Si vous m’y aviez parlé avec autant d’amertume , j'aurais été forcée de le quitter sur-le-champ !
C’est dire que ma présence vous est insupportable , que vous ne voulez plus me voir?
LA COMTESSE
Vous pouvez l’entendre comme il vous plaira , monsieur; ce n’est pas moi qui vous rappellerai.
(Elle sort.)