V. 14. Fisr. Ponr esaher tn haolte inansi<m
Pour paix et grâce en terre prononcer Et [is 7] gens qui sont de bonté volontaire.
Car le fort vent de ce lieu solitaire Vient évertir la trop dure maison D*aspre discord et de fureur bellicque Pour exalter au saint mont de Syon Le saina désert plain de manne angélique.
Lestre (Charles de), qu'il ne faut pas confondre avec Charles Delastre, était un poète du xvi« siècle^ et l'un des prétendants aux couronnes palinodiques de Dieppe ; comme on le voit par un chant royal, le soixante-troisième du manuscrit de la Bibliothèque du roi 6989. Car cette pièce est sur l'Assomption.
En ung verger de plaisirs flourissant Envers gissant par contemplation D'une tige veis ungne fleur yssant Raverdyssant sur le mont de Syon ; Lors regardant par admiration Ce beau cyon croistre si grandement.
Je ouvry les ieulx de mon entendement, Et là je vey ungne branche florye, Si trez bien duicte et 9 très bien menée Que je apperceuz en forme d'armarie Sur champ d'azur fleur de lis couronnée
La fleur du lis gracieux et plaisant, Au cueur donnant toute réfection ; Cest Marie, ce beau corps reluisant, Souéf sentant sans quelque infection ; Le vent ventant par grande exaction, C'est figure de son trespassament :
Mais le soleil luysont incessanunent
SI
C'est Dieu son Fîlz qui la rend es]^ânye, Et en beaulté si fort illuminée Qu'on la verra des haults monts de Arménie Sur champ d*azur fleur de lis couroimée.
Lieur ou Lyeur [Jean le], nom célèbre à Rouen au xvi« siècle dans les dignités ecclésiastiques, les charges municipales et les opérations palinodiques. Deux siècles auparavant cette famille avait un maire de son nom^ gouverneur en même temps du fort de Sainte-Catherine, mort en 1 366, inhumé aux Cordeiiers oU était son épitaphe. Il y en avait aussi à Saint- Vivien et surtout à Saint-Martin-du-Pont. [V, Farin.)
Jean le Lieur, conseiller au Parlement de Rouen^ chanoine et hault doyen en Péglise cathédrale, fut un des plus anciens Princes du Palinod (i). Il y donna les prix en i5io à trois lauréats, parce qu'alors il n'y avait que trois couronnes à décerner : deux pour le chant royal et une pour le rondeau. Nicolas Osmont, Jean Alline et Jean Bertrand se les partagèrent ( V. l'article de ce dernier). Le chant royal d^Osmont qui est sur la Sphère (2) peut être regardé comme la preuve de Tétat des sciences en ce temps-là, relativement à Tastronomie. Tous les termes en sont employés dans sa pièce, ce qui la rend purement technique auprès de celle d'Alline, dont les vers ont plus de sentiment et de clarté. Mais la difficulté du premier sujet lui en fit préférer Fauteur. Le Prince qui les récompensa mourut le 1 1 septembre i536| après
(i) N'avait-il pas d*abord été au rang des lauréats ou au moins des concurrents ? Une épigramme latine signée de son nom (Jb. Ligarius) est donné par Vidoue f» 82 yo.
(2) Palinodsdt Vidoue, f»« 24 vo-26 yo.
avoir fondé un obit pour le jour de son décès ( F. Pommeraye [Hist. de la Cathédrale], p. 324).
Lieur (Pierre) mit en dialogue un chant royal sur la
Saincte cité contre Sathan fermée. .
Les interlocuteurs en sont la Raison et Satan
Père d'orgueil mauldia et détestable.
Ce petit drame est ainsi annoncé :
Chant royal faict en dialogue, Où Raison Sathan interrogue Pourquoy il veult par sa mallice Perturber la bonne pollice De Marie saincte cité, Dont sainae Esglise a récité En mainct lieux la perfection De la saincte Conception.
Dans renvoi. Raison dit à son adversaire :
Mauldia Sathan, père dMUusion, Retire-toy à ta confusion Au fond d*enfer fournaise enflammée Puysque Marie est pour conclusion Saincte cité contre Sathan fermée (i).
Ces vers eurent le premier prix en i5i5, étant Prince du Palinod de Rouen dom Jean de Tilques, abbé de Sainte-Catherine-du-Mont. Dans les blasons du corps féminin adressés à Clément Marot par le Lieur, Pierre le Lieur a blasonné la cuisse.
(i)On trouvera la pièce entière dans le Recueil de Vidoue, fb^ 34 vo-35 v«.
Ueur (François), sieur d^Austeville, était le soixantequatorzième sur la liste des Princes et confrères du Pâlinod de Rouen au xvi« siècle. Il en eût fait sans doute les honneurs comme Jean le Lieur s^il eût été élu Prince de l'Association.
Lieur (Jacques /e), sieur de Bresmetot ou Brametot ( i ], second poète lauréat de la famille en i5i8 et i522« oti il reçut la palme des chants royaux. Celui de la première année portait en tête ce quatrain :
Chant royal, lequel des cantiques Plusieurs droits d'amour articule, Prouvant par sentences mystiques Marie en Concept sans macule.
La troisième strophe donnera une idée plus particulière du style de Tauteur. C'est la Vierge qui parle aux filles de Sion et leur dit :
Mon doulx amy bien feist probacion Qpe de péché je ne fus oncques poincte, Q}iand des hauls cieulx feist inclination Pour faire en moy la réclination Du Fus de Dieu avec ma beaulté joincte Ce fut alors qu'il se vint ombrager Au lieu secret de mon plaisant verger, En me disant : « Ma sœur et dame chère, « Tu as navré mon cueur, pour t'avoir veue, « Humble maintien, doulce force et manière (2), JK Pour aux humains donner grâce plainière, « Sans vice aulcun toute belle conçue.
(i) La terre de Brametot semble être entrée au xv* siècle dans les biens de la famille Le Lieur, par Jeanne Bonté, qui épousa Robert I^ Lieur, conseiller du roi (Farin, H, 242).
(2) Le ms. de Caen porte : « ... douce /ace. •
I41 seconde pièce du même auteur, en 1 522, n*est pas moins agréable; et il ne lui a manqué que d^être trans*planté dans un autre siècle pour avoir eu plus de répuution, et tel lae s^en est fait depuis qvie pour avoir rafraîchi ces sortes de compositions anciennes et surannées.
KJng papillon en plaisir et léesse
Volioit jadis sur maints arbres tous verds,
En ung verger, où Flore la déesse (i)
Ses beaux trésors en chacuns temps ouverts.
Le plaisir fut tost changé en revers,
Q}iand il choysit ung pommier pour mengcr
Où il trouva si vénéneux menger
Que en ung moment fut perdu et défaict ;
Mais de ce mal advint bonne adventure,
Qjiand en sortit par ung secret efiect
D'un pouvre ver triomphante vesture (2).
( V. de la Pommeraye en son ode sur le Papillon, couronnée en 1763 sur le même théâtre.)
Lieur [Jacques le], sieur de Brametot et d^Ouville- PAbbaye, secrétaire du roy nostre sire, Prince du Palinod de Rouen en 1 544. Les années qui précédèrent et suivirent sa principauté, et sur lesquelles on n^a aucuns détails, doivent d'autant plus être regrettées, que celle oti il présida le Puy fut une des plus florissantes. A la comparer avec 1 5 10, on verra quel accroissement avait pris la
(i) Faut-il lire : « ... où Flore a la déesse ? » (a) Si Vidoue a omis le chant royal précédent, il a inséré (f<> 25 vo) celui-ci, avec ces variantes :
... tré«ow chacuns...
Qu*il trouva...
D*an pourt Ter. . .
Société palinodique : on n^avait couronné que trois auteurs; il y en eut six de récofn()ensés et leurs noms n^étaient pas des moins connus du temps, J. Dufour, Crespin, F. Coppin, Desminiéres^ J. Minfant^ Ant. Laber^ dont on peut consulter les articles. Mais une foule d'autres écrivains du même. siècle se présentèrent au concours^ et leurs pièces ont été conservées par le zèle et les soins du Prince dans un man. fol. de la cathédrale de Rouen.
Ce lettré du xvi^ siècle était en correspondance avec les savants de son âge^ et en particulier avec Jean Bouchet. Dans les œuvres de celui-ci àe trouvent plusieurs épitrcs, et notamment la quatre-vingt-dix-huitième à unorateurde Rouen, nommé M« Jac. le Lieur, le merciant de trois chants royaux qu^il lui avait envoyés.
Grâces te rends, ô poète sacré.
Noble et Êicond
Il parle d^un ami de le Lieur qui étudiait à Poitiers et lui remit la lettre de le Lieur (peut-être Michel des Arpens), oii il le priait de travailler à quelque chant royal. Il s^en excuse sur son peu de talent :
ConmiQ tu as, et comme ont au semblable
Deux après toi de açavoir admirable :
Ce sont Messieurs Thibault, Crichon aussi,
Grands orateurs, voire parfaits sans si,
Bien méritant la couronne laurée,
Et celle aussi des orateurs aurée.
Par quoy. Seigneur, te plaira m'excuser
Si je ne veux en ton pa3rs user
De chants royaulx; car ce n'est ma pratique.
Rien je n'entends en celle théorique
Réponse de le Lieur aux Equivoques, c^est la quatrevingt-dix-neuvième pièce dans les poésies de J. Bouchet.
Ces jours passés, ainsi que temps passoye Par les jardins, où maintes fois passe oye Pour prendre past ; ton élégant escript Tissu à poinct, et doulcement escrit Me fut baillé
(N^est-ce point la rue ou marché aux oues ou aux oyes, dont il veut parler?)
Tu m*as tiltré au front de ton Epttre, Poète sacré, quant est de ce chapitre Je soufiBirai ton aigre jugement.
Vray est bien autant avoir d'envie, Conmie longtemps d'estre sur terre en vie Q}ie tant d'honneur tu laisses aux supports (i), Nobles primats qui tiennent Puy sur ports, Pour Nostre-Dame en la maison des Carmes, Où sont offerts œuvres et [? en] divers carmes : C'est qu'il te pleust de Poitiers envoyer Œuvre je dy de ton escrin partie, D'ung grand monceau la petite partie.
Mais quand viendront les jours de pourveance Je t'envoiray l'affiche de créance Laquelle yra vers toy, pour te citer.
Thibault de qui tu fais ample memore, Chrichon aussi plus blanc que noir n'est More M'ont fort requis, (quand les voy en mandez) D'estre à ta grâce humble recommandez,
(i) Ms. de Caen : « tu feisses aux supposts, . . . Puy sur posis, »
L'épîtrecviii estencore à M. Jacques le Lieur, grand poète, demourant à Rouen, iSSy.
Depuis huict jours du très doct conseiller Mon bon seigneur Monsieur le Chandelier Pay par escript reçeu d'honneur le tiltre
Depuis sachant que M. des Arpens
Va devers toy
Je me suis mis soudain à l'aventure, De t'envoyer la présente escripture.
Par cestuy-là lequel désira bien Lier nous deux d*un amoureux lien.
Tu es pilier de la chose publique
Et d'un pays tu es aimé des muses.
Me semble advis (je te dy sans outrance), Q}ie les Normands ont des muses l'octroy De poésie : ainsy le pense et croy ; Car je n*ay veu de plus aisé langage Ne plus fluant, tant soit grave Touvraige.
L'abbé Goujet, tome XI de la Bibliothèque française, page 352, parle d'une cxiii« épître écrite au même :
Qpand j'ay veu de tes vers la copie Non procédans de gamileuse pie, Mais d'orateur et poète parfaict; Semblablement ce que Marot a faia.
Aussi Macault, du roy le secrétaire, J'ai proposé dorénavant me taire.
On ne pouvait assurément faire plus d^honneur à le Lieur que de le comparer à Marot; mais le parallèle était-il juste? demande le bibliographe.
Lieur (François], sieur de Haulterive, autre que Nicolas de Haulterive, poète lauréat du même Palinod à Rouen, qui n'est sûrement pas non plus le même que François le Lieur, sieur d'Austeville, ci-<iessus, malgré la ressemblance des surnoms. Fr. de Hauherive était du temps de Jacques le Lieur, Prince du Puy, et lui présenta en pur don et gratuitement plusieurs pièces de vers honoraires^ une ballade et un rondeau avec un chant royal dont le refrain était
Mère en pur corps, sœur chaste et fille aimée.
L'année suivante il fit également hommage d^un chant royal et d'une ballade à la Société palinodique et à son auguste patronne.
Ce qu'on vient de lire de J. Bouchet, ci-dessus à J. le Lieur de Brametot, paraîtra peut-être plus convenir au poète qu'au Prince des mêmes nom et prénom. Cependant, l'intervalle de plus de vingt ans entre le couronnement de l'un et la principauté de Tautre, peut justifier de ne pas en avoir fait un seul et même personnage. Quoi qu'il en soit, on verra encore quelques pièces sur cette famille, dont le nom latin Ligarius prêtait autant aux allusions et aux jeux de mots qu'en français celui de Lieur; il n'y a que la petite rivière de ce nom au pays de Caux ( i ) sur laquelle on n'a pas trouvé pareille allégorie.
Limoges (A. de), deSaint-Saëns (2), diocèse de Rouen, avait pris pour sujet de deux allégories latines la Pucelle
(i) Il s'agit apparemment de l'yère* qui, à proprement parler, n'appartient pas au pays de Caux. On ne la reconnaît guère sous cette orthographe ; mais il suffirait que le premier e fût muet pour donner cette prononciation.
(2) Chef-lieu de canton, arr. de Neufchfttel, SMnf.
d^ Orléans, et le Passage du Rhin par Louis XIV, et elles furent récompensées de TEtoile et du Laurier en i yZo et 1732(1).
Linant (François), nom aussi célèbre au Palinod de Rouen au zvii« siècle (2)^ que dans k suivant à l'Académie française, mais dans un autre poète de sa famille (3). Celui-ci commença par d^ stances en 1649, et ne revint à ce genre de poésie qu*eQ 1 652; il s^appliqua davantage au chant royal et en quatre années différentes il en remporta soit le premier prix, soit le second ; une ballade et deux odes françaises également couronnées à d^autres époques furent les fruits principaux quMl recueillit de ses veilles poétiques, jusqu'en 1771 qui fut le dernier de ses triomphes. Quoiqu^il étudiât alors la médecine, ce ne fut cependant pas aux sujets d'histoire naturelle qu^il s'attacha de préférence, et après ses stances sur la Tulipe, on ne voit guère de lui en ce genre que son ode sur la Soie.
Par des beautés sans pareilles Je vay charmer mes jaloux, Jamais un style si doux N*étala tant de merveilles.
Il faut que les plus diserts A la douceur de mes airs Cèdent le prix avec joye ; Puisque ce n'est que la soye Q^i fait le fil de mes vers.
(i) Pourrait bien être le père de cette victime de Rivarol, dont m les chansons ne quittent plut les portefeuilles des gens de goût. »
(a) M. Bouquet a réimprimé, en 1879, pour les Bibliophiles normands, deux recueils des poésies latines de Fr. Linant.
(3) Guiot fait ici allusion à Linant, de Louviers( 1708- 1749), dont quatre poèmes furent couronnés par l'Académie française. Il était l'un des rédacteurs « des préfaces et des avertissements » des œuvres de Voltaire, dit La Harpe, Corresp. littér., III, 248.
Le clief-d*œuvre que je vante N'est pas l'effet que produit Le vermisseau qui de nuit Parait une estoille errante ; Cet insecte étincelant N'a qu'un éclat défaillant :
Le jour détruit sa lumière ; Mais cette riche matière Garde toujours son brillant.
C'est d'elle aussi dont on pare Les plus augustes mortels, C'est elle qui des autels Est l'ornement le plus rare.
L'artiste l'emploie encor Où sa main doit nuer l'or ; Et quelque dessein qu'il trace L'aiguille alors qu'elle glace A besoin de ce trésor.
Petit ver, quand tu travailles Pour des ouvrages si beaux.
N'as-tu point quelques fuseaux Au milieu de tes entrailles?
Dans le tour laborieux De ces cercles précieux Je crois qu'il file son âme.
Ou qu'il dévide la trame Du monarque des deux.
Par une agréable fraude L'oeil innocemment déçu Prend le verd de ce tissu Pour celui d'une émeraude.
Il se trouve embarrassé Si de l'ambre entrelassé
En ce cordon jaune éclate ; Et si le blanc qui le flatte N'est pas de l'argent tressé.
Mais quelle fange inutile Près cet ouvrage divin !
Q^ioi! la soye et le venin Sortent d'un même reptile.
Lis (Jean), prêtre (Messire), à Dieppe, concourut au Palinod de cette ville au jour de TAssomption. Le chant royal qui put l'y faire couronner se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque du roi, 69S9, le quatrième du Recueil. Il est en dialogue :