MALHERBE
Ou Dieu a peu ce qu'il n'a voulu faire, Ou a voulu et n'a pu ce parfaire, Ou il a peu et voulu, et n'a faia Qjie mon corps fût en nature parfaict. Chacun implique et l'opposite infère; Qji'il soit ainsi, raison peult satisfaire, Pour son vouloir, son vouloir ne diffaire A son pouvoir, ne le vouloir au faict.
Ou Dieu a peu, . . .
Ou Dieu a voulu, . . .
Ou il a peu et voulu, . . .
Droict filial en grâce me préfère.
Aux autres corps, et tant d'honneur confère Qjie Fils pour Mère a peu mectre en effect ; Par conséquent la loi de vice infect A mon concept formellement défère.
Ou Dieu a peu, . . .
Ou Dieu a voulu, . . .
Ou il a peu et voulu . . .
L'abonné s^est fait plusieurs questions sur ce rondeau : quel est son âge? Il ne saurait avoir été composé avant iS55, année de la naissance du poète, ni après i585^
année d^oti Ton commença à dater chacune de ses compositions. Dans la dernière et belle édition de s^ œuvres, in-8o (Paris, Barbou, 1757), celle-ci ne s'y trouve poîiit inscrite. A-t-elle été couronnée et en quelle ville ? A Rouen? à Caen? son couronnement peut être mis en problème, sans que la gloire de Malherbe en souffre. Les premières productions de Fontenelle et autres n'ont été qu'honoraires; rien n'empêche en second lieu de croire qu'il ait fait ce qu'ont £ait tant de ses compatriotes, qu'il ait mis ses vers au concours des deux Puys, qui ont pu en décorer leurs Recueils dans le temps, Recueils que le malheur de ce même temps, alors très orageux, aura dispersés, anéantis.
La légitimité du premier-né peut-être de notre poète ayant été également discutée, l'on persiste à affirmer qu'il est constamment le fruit de sa muse. « Car à qui « l'attribuer? A son père? Mais quoiqu'il passât pour un « homme d'esprit, titre héréditaire dans sa famille, qui « sait s'il a fait des vers? Puis en eût-il fait pour la « Conception, lui dont les sentiments, en fait même de « dogme, étaient si suspects, qu'il finit par renier la foi « catholique. Serait-ce à son petit-fîls qu'on ferait hon- « neur de cette production ? A la vérité, il avait du « talent pour la poésie; mais il faudrait placer ce rondeau € cinquante ans plus tard : et alors on n'écrivait plus, « on ne parlait plus ainsi. Malherbe est donc le seul qui « puisse être l'auteur de cette singulière composition dont « on ne trouve point d'exemple dans le reste de ses « ouvrages (i) ».