‹ Les trois siècles palinodiques: ou histoire générale des Palinods de Rouen, Dieppe, etcChapitre 6 sur 18 · V. le Confiteor de V infidèle éprouvé, p. 65 (i · texte numérisé non relu

V. le Confiteor de V infidèle éprouvé, p. 65 (i

Martembos ou Martinbos [Jean de), avocat au parlement de Rouen, était un des anciens confrères du Palinod de Rouen au commencement du xvi^' siècle. Il était le quatre-vingt-neuvième sur le catalogue des Princes. Il gît en la paroisse de Saint-Lô depuis 1 557 (2). Il y a dans son épitaphe la qualité de bailli d^Aumale.

Martinière (de la], auteur d'un chant royal sur les Corréges, en 1647, sous la principauté de Maximilien

(i) C'est un assez curieux ouvrage de l'abbé Georges Martin, qui m fourni à Tabbé Sauvage le sujet d'une piquante brochure : Un prêtre musicien ambulant au XVJJI« siècle, Rouen, 1891 ; in-80.

(2) Peu d'années après, un Nicolas de Martimbos donna ses soins à une édition de Durand de S.-Porcien. Lyon, iSgS ; in-fbl.

de Dampont, au Puy de Rouen. Dans le ms. de PAcadémie celte pièce est attribuée à Vincent Duval. (V. son article).

Martonne [Simon], curé de Saint-Jean de Rouen, en 1716, mort le 17 juin 1719; il était né au Havre le 29 septembre i658 (i). Il eut peu d^occasions de faire preuve de talent et de sagacité aux assemblées du Palinod, où, par sa place de curé de Saint-Jean, il avait droit d'assister comme juge examinateur.

Masson (J.^C.^P, lé], de Montivilliers, était au séminaire de Joyeuse quand il composa pour le Palinod de Rouen. Il y remporta le premier prix d^allégorie latine en 1 723. Il avait pris pour sujet Joas.

Massonnaye (Rév. P. en Dieu messire Jean de /a), évêque d^Yponense, était le suppléant ordinaire de Tarchevêque de Rouen Georges d'Amboise pour les cérémonies épiscopales, comme dédicaces, confirmations, etc. Son nom se trouve sur plusieurs inscriptions de consécrations d'églises, telles que de Sainte-Croix-des-Pelletiers, à Rouen le 8 mai i533; et de Saint-Etienne-des- Tonneliers, le 2 octobre de la même année. Il était déjà depuis longtemps sur le registre des Princes du Palinod et des premiers, le trente-quatrième, pour être élu chef ou maître du Puy. Il n'y a point de doute qu'il ne Tait été, comme Nicolas de Coquainvillers en 1524; mais il n^est pas possible d*en marquer Tépoque ni Tannée précise. Ce qu'on a de plus certain, après les inscriptions lapidaires

(i) Il doit appartenir à la famille havraite qui a compté dans notre siècle deux auteurs.

dont on vient de parler, c^est sa propre épitaphe aux Augustins de Rouen :

Hic jacet Joannes de la Massonnaye, Augustinus, Episcopxis hypponensis, qui obiit anno i553, 6 februanï (i).

Mathan [Joachim dé]^ prieur de Boscachard, conseiller du roi au parlement de Rouen, et chanoine en l'Église de cette même ville, Prince du Palînod en 1608. Il couronna Jean Grisel pour des stances, un sonnet et une ballade ; et le poète a eu soin de conserver le nom de ce Mécène dans ses œuvres.

Mathan [Henri de], neveu du précédent et son successeur aux mêmes parlement, prieuré et Chapitre, et de plus archidiacre du Vexin normand en 1629, Prince du Palînod de Rouen en i638, distribua ses couronnes à des auteurs distingués tels que Pierre Halley, Jean Doujat, P. des Hommets. Il mourut le 26 juin 1645.

Mathon de la Cour [Char les- Joseph), né à Lyon en 1733, auteur de plusieurs ouvrages annoncés dans la France littéraire, t. III et IV; Test aussi d^un discours sur le danger de la lecture des livres contre la Religion par rapport à la société. Ce sujet avait été proposé pour le prix d^Eloquence en 1769; et M. Mathon fut un des dixneuf concurrents à cène couronne, mais sans la remporter. Il Ta fait imprimer Tannée suivante en prévenant le lecteur c qu'une cause aussi importante au bonheur

(i) Cet évéque d'Hippone, docteur en théologie, fut quatre fois député aux États de Normandie. (V. Inventaire des Archives, G. I^ p. 38).

« des hommes mérite d^étre envisagée sous toutes les faces « et ne saurait avoir trop de défenseurs. » II commence ensuite par une réflexion très judicieuse : « Le plus sage « des législateurs de la Grèce défendit de disputer sur ses ce lois, et par cène institution prudente il sut assurer leur « durée. Ne serait-il pas à souhaiter que les nations « modernes suivissent cet exemple, surtout dans ce qui « concerne la religion. » C'est dans ce dessein que Pabbé Dinouart, après avoir concouru comme M. Matbon, pour le même prix, fit imprimer avec son discours Tart de se taire en fait de religion. (V. son article.)

c Simple citoyen, continue M. de Mathon^ je ne tience drai à mes compatriotes que le langage de la raison et ce de la politique ; et je ferai voir combien la lecture des <r livres contre la religion et Tincrédulité qui en sont la a suite, sont funestes au bonheur des particuliers, à la « paix des familles et à la sûreté de l'Etat. »

Le tableau du fanatisme et sa vraie définition rappelle à Tesprit un autre discours de Gresset sur « le fanatisme des « philosophes. » « Ce n*est pas toujours, dit M. Mathon, un « abus de la religion en général; c'est Forgueil de répandre c ses opinions qui produit cette passion monstrueuse, c Depuis Aristote jusqu'à Newrton, il n'est presque point c de système qui n^ait eu ses fanatiques. L^ortographe en « a produit du temps de Ramus ; la préférence des deux « musiques en a fait naître de nos jours. Lorsque les secff tateurs d^une opinion ont commencé à se former un « parti, que vous les voyez livrés à la fureur de faire « des prosélytes, et que vous les entendez dire : Vous êtes « des nôtres; dès lors, tout est à craindre de leur part, c L^orgueil démesuré des philosophes rend surtout leur « fanatisme dangereux ; et si vous en doutez, tournez les « yeux vers le Nord. Voyez des armées qui s^avancent

lOI

c avec Papplaudissement des philosophes, des millions « d^hommes égorgés au nom de la tolérance et la Pologne c entière inondée de sang. »

Jean-Jacques avait trouvé le moyen de faire Pélogc de TEvangile, en le comparant au livre des philosophes. Qu'ils sont petits, s^écriait-il, auprès de PEvangile. M. Mathon trouve le secret de relever l'excellence de Thomas à Kempis dans un même parallèle, c Depuis c Socrate, dit-il aux mêmes sages, vous n^avez rien proc duit d^aussi touchant que Vlmitation de Jésus-Christ, c livre admirable et mille fois supérieur à tous les chefsc d^œuvre du génie. 11 suffit de l'ouvrir pour partager c avec Pauteur ce calme heureux, cette paix inaltérable c qui est la récompense de la vertu. On sait ce que Fonc tenelle disait sur le même sujet : Ce livre, le plus beau c qui soit fait de main d'homme, puisque l'Evangile n^en c vient pas! (i) »

Toute la seconde partie roule sur les ravages de Tincrédulité dans le sein des familles; et il s'appuie de Pautorité d'un de nos plus profonds moralistes pour établir que ce sont les vertus domestiques qui préparent aux vertus sociales, c Qui ne sait être ni mari, ni père, ni ami, c ni voisin, ne saura pas être citoyen; et les mœurs « domestiques décident à la fin des mœurs publiques.

« Faut-il s'étonner après cela, dit ailleurs M. Mathon, si c rincrédulité ébranle la constitution des Etats ? ^histoire c de tous les peuples du monde nous montre partout les c lois tellement liées avec la religion, que celle-ci ne peut c recevoir aucune atteinte sans que celles-là ne perdent € de leur vigueur.» La religion entraîne presque toujours « la décadence et la chute des Empires, v

(i) Un prêtre, versé dans la littérature mystique, n'acceptait pas sans résenre le jugement de Fontenelle sur l'Imitation.

Le discours a été imprimé à Paris chez le Jay^ en 1770, in-80 de 46 pages, et annoncé dans le Mercure de juillet, même année.

Mauchrétien, auteur d^une ode latine couronnée au Palinod de Rouen en 1669. Le fond de cette pièce était le vers d^Horace :

Non sine dits animosus infans [Carm. m, iv, 20].

Mauduit ou Maulduit [Guillaume], premier poète latin couronné au Palinod de Rouen, en 1 5 1 5, sur ce texte :

Virgo conteret caput tuum (i).

Mauduit (Michel), né à Vire (2), de l'Oratoire, mort en 1709, à soixante-dix-neuf ans, Tun de nos plus laborieux poètes français du xviie siècle, a publié un Mélange de diverses Poésies ^ divisées en quatre livres. Lyon, J. Certe, 1681, de 806 pages, sans la table, in-i2. Le III* livre est tout entier composé de pièces à Thonneur de la Conception Immaculée de la Sainte Vierge, et dont plusieurs ont remporté le prix sur le Puy de Rouen et de Caen.

Il n'a pas imité les autres poètes qui ont imprimé et marqué les dates de leurs victoires académiques; et ce n^est que par les Recueils annuels des deux sociétés qui ont

(i) Le texte biblique (Gen. III, 16) porte : « Ipsa conteret,., » L'épigramme est au fô ga de Vidoue qui, deux pages plus loin, a donné une seconde pièce latine de G. Mauduit.

(a) Le P. Mauduit est surtout connu par son Analyse du Nouveau Testament, en 8 vol. Les quatre vol. sur les Évangiles ont eu au moin|jdix éditions.

couronné ses vers, qu^on peut découvrir le temps où ils Tont été. Les seules pièces dont on sache Tannée sont une ballade en 1664 sur l'image du soleil peinte par luimême :

Hélas, ce fragile tableau

Est mis en pièces par Torage ;

Chaque nymphe en prend son morceau

Et met le soleil au pillage.

Mais que vois-je ? Un calme nouveau

Reprend le débris du naufrage,

Et rajuste tout au niveau

Lunique portrait sans ombrage.

En 1669, il rempona TAnneau d^or pour un sonnet sur la Boussole, et Tannée suivante la Palme pour un chant royal sur Zoroastre riant de sa naissance. Ceux qui savent leur Rousseau ne seront pas fâchés de voir le début de cette pièce :

Qp'il te sied bien, ô malheureuse enfance, D'être le fruit des plus grandes douleurs; Q|ie le langage et des cris et des pleurs Que tu répands, hélas I sans connaissance Annoncent bien ^ funestes malheurs !

Si Michel Mauduit ne fut pas toujours le plus heureux des athlètes du Palinod, il fut du moins un des plus reconnaissants, et ses actions de grâces sont toujours piquantes par la tournure qu^il leur donne. Par exemple il disait aux académiciens qui avaient adjugé le prix à son sonnet sur La Perle (on ignore si c'est à Rouen ou à Caen) :

Juges, qui l'aurait cru jamais ?

Loin de chanter en cygne, à peine suis-je un merle;

Et cependant le sonnet de la Perle.

Devient la perle des sonnets.

Non, il n'est point de lois plus justes que les vôtres; Vous £ûtes éclater la justice en ce jour :

La perle couronna les autres, -

Vous la couronnez à son tour.

Mauduit de Montmirel, né à Vire^ prêtre, professeur d'éloquence au collège de Lisieux, couronné au Palinod de Rouen comme orateur et comme poète latin et français au commencement du xviii* siècle.. Des stances sur J.'C. dans la barque agitée par la tempête, lui valurent laTour en 1704, comme la Parélie le Miroir, et le Laurier pour une ode française et une allégorie latine en la même année. Deux ans après, outre une ode française sur V Immortalité de la vertu, il remporta le prix d'éloquence nouvellement fondé par M. de Bonnetot. Son discours est, à proprement parler, un sermon sur ce texte : Fundamenta ejus in montibus sanctis, etc.

{Ps. LXXXVI, i].

Et si Tauteur a suivi son talent, il a dû réussir dans la chaire. La Croix d^or fut son partage pour le morceau dMioquence comme l'Anneau d^or en 1707 pour un sonnet sur le Papier.

Dès 1699, et étant encore en cours d^études en PUniversité de Caen, il avait adressé au Palinod de Rouen un sonnet honoraire sur l'Arc en eiel (i).

Mauduit [Charles), du Havre, soutint pendant plusieurs années sa réputation au Palinod de Rouen par ses poésies françaises, dont il remporta les prix depuis 1701

(i) Les Palinods de Caen ont aussi inséré en 1704 (p. a5-a8), cette poésie de Mauduit : L'image du soleil sur une nuée*

jusqu^en 1 708, par trois odes françaises^ Tune sur Astia-naXf Tautre sur Caton, la troisième sur V Arche de Noé, Autant de stances furent également applaudies et récompensées ; Jonathas, Iphigénie, et r Impératrice, femme d^Honorius en étaient les sujets ; enfin un sonnet sur Persie qui obtint un prix gratuit. La pièce sur Jonatbas commence ainsi :

Trompeuse volupté, que tes funestes charmes Pour un léger plaisir nous causent de douleurs I Ce ne sont que faux biens et vrais sujets de larmes Couverts pour nous tromper d'apparentes douceurs.

Tu le sais, Jonathas, même après la victoire, Un peu de miel goûté te rend digne de mort ; Qpe sert le faible éclat d'une inutile gloire S'il ne garantit point d'un si rigoureux sort ?

Mauduii, de Rouen, ecclésiastique de la paroisse de Saint-Godard, excellent instituteur, couronné au Palinod de Rouen en 1 71 2, pour une ode latine sur Rome échappée à la fureur d^Annibal; il ne tarda pas à être choisi pour l'un des juges académiciens de cette société littéraire, où il était fort assidu. Il mourut en 1730.

Manger (dom), religieux de Saint-Etienne de Caen, trois fois applaudi en 1 775 au Puy de cette ville auquel il avait présenté une épigramme sur la Liberté de VAmé-' rique, et une ode française sur le Bonheur, avec un sonnet sur la Reine.

Mauger (Thomas] , d'Yvetot, remporta l'Etoile en 1696 au Palinod de Rouen, pour une allégorie latine sur S. Polycarpe,

io6 Mauger (Nicolas). V. le Supplément.

Mautteville. V. Motteville.

Mende [Dominique de]y ancien procureur du roi de la sénéchaussée de Marseille, membre de Pacadémie royale de cette ville, sa patrie, a adressé au Palinod de Rouen en 1 778, un mémoire sur cette question qu'ail avait proposée Tannée précédente : a Quels sont les moyens les a plus conformes à la religion, à Thumanité et à la poli- < tique pour faire cesser la mendicité dans la province de a Normandie? » Et M. de Mende a réuni les suffrages en sa faveur. Comme son ouvrage a été imprimé à Paris chez d'Houry en 1780, in-8°, on n'en a donné qu'une analyse dans le recueil de TAcadémie qui Ta couronné.

Dans la première partie, Tauteur s'occupe du traitement que prescrivent à Tégard des pauvres invalides la religion, rhumanité, la politique; il examine les ressources qu^offre pour leur soulagement la sage et fertile Neustrie, ce pays si renommé pour ses lois et ses coutumes, qui la firent nommer par nos pères le pays de Sapience; variété de ses cultures et de ses productions, nombre prodigieux de ses ateliers et de ses manufactures, la navigation et la pâche, l'activité de son commerce intérieur et extérieur; ce grand nombre de ports dans une étendue de plus de cent soixante lieues, etc. Il faut avoir recours à Touvrage même pour bien connaître les vues de Tauteur, toujours dirigées vers la Normandie. Il observe judicieusement < qu'une c loi générale. . ., un plan uniforme pour toutes les pro- <* vinces, n'opérera pas aussi efficacement le bien, que des c règlements partiels et locaux, que chaque pays, chaque c province doit approprier à sa situation, à ses besoins, à a ses ressources^ et modifiera selon les circonstances. »

La seconde partie a pour objet les mendiants valides. Après des recherches savantes et rapides sur la mendicité vagabonde, depuis les lois sanguinaires de Dracon^ l'indigente clientèle des Romains, la sévérité des Germains contre les fainéants, jusqu'au temps de Justinien et des ordonnances de nos rois, Tauteur rentre dans son sujet et propose divers expédients pour employer en Normandie les mendiants valides, pour exercer des bras valides et mal à propos oisifs.

Mennicier (le), de Saint-Lô, avocat au parlement de de Paris, bailly-vicomtal de Baudemont, se trouve parmi les lauréats du Puy de Caen et du Palinod de Rouen à la fin du xvii« siècle. Ses pièces de poésies qu^il y présenta étaient honoraires la plupan, telles que ses odes sur JaheU et sur le Cycle, ainsi que ses sonnets sur le fleuve Alphée et sur la ville de Milan; il remporta néanmoins le prix du sonnet à Caen en 1682, sur Maurea, reine des Sarrasins; et à Rouen en 1692, sur le roi de France seul contre les princes ligués contre lui.

Mesnager [Alexandre- Armand le £af7/i/*j, chanoine de la cathédrale de Rouen, sa patrie, juge académicien du Palinod de cette ville en 1 77 1 .

Mesnil ( Martin du), de Rouen , poète latin du xvn« siècle, eut deux prix au Palinod de cette ville : le premier en 1693, oti il présenta une ode latine sur un autel de Junon à Délos, sujet tiré des StromateslWU^ 6] de S. Qément d^Alexandrie (i); Pautre en 1694, où il

(i) Cet autel était en réalité dédié à Apollon, et Ton n*y fàiuîl aucun sacrifice sanglant. Cest le seul que Pythagore ait fréquenté.

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présenta une allégorie latine sur le Tombeau de S, Clément, autre que le patriarche (i).

L^année précédente, Pauteur avait joint à son ode une allégorie honoraire sur une anecdote de S. Dominique, qui força le diable à lui servir de chandelier, sujet plaisant déjà traité dans le Pia Hilaria d'Angelih Gazée, mais rendu d^une manière non moins élégante (2). Ce fiit peut- On peut voir les notes de D. Le Nourry (PatroL grecq,, IX, 443, C; laSo, B).

(i) Guiot semble croire que Clément d'Alexandrie occupa le siège patriarcal de cette ville, ce qui n'est pas. Qément n'était que prêtre.

Il s'agit probablement de la sépulture de S. Qément pape, selon le texte du bréviaire romain du a 3 novembre : que la mer t'étant retirée laissa voir un monument de marbre au lieu où le saint martyr avait été précipité dans les flots avec une ancre au cou.

C'est assurément une riche matière pour la poésie. L'érudition moderne lui donne une certaine valeur historique, par ce fiut qu'à Rome le tombeau de S. Clément était inconnu. (M. P. Allard, Hist. des Persécutions, I, 178; ae éd.)

(a) Il s'agit duPiâ, hilaria, variaquecarminadu P. Angelin Gazet, S. J. Dans l'éd. de Reims (1618, in-a4) la pièce en question est la troisième et compte quatre-vingt-dix-sept vers (pp. 9-1 a). Voici la traduction du titre : « Le démon s'étant métamorphosé en singe est contraint par S. Dominique de porter un cierge, et se brûle les doigts. » L'auteur renvoie à la vie de S. Dominique, 1. II, ch. vn ; mais aucune des vies, même les plus légendaires, que nous avons pu consulter, ne raconte ce fiût.

Telle est, dans ses parties essentielles, cette curieuse fiction, comme

die se lit dans les Pieuses Récréations du R, P. Angelin Ga^ée

mis en français par le sr Remy, Paris, i6a8 ; in-ia.

« S. Dominique, d'un œil foudroyant, lui faisant signe de la main gauche, il lui commande de demeurer là fixe et immobile : Demeure, dit-il, veuille ou non; et tiens cette chandelle. Le pauvre diable obéit, honteux et étonné comme si cornes lui fussent venues à la tête. Il gémit de se voir contraint de servir de chandelier; il murmure entre ses dents, il fait la moue, il darde des éclairs de ses yeux, tire la langue d'un pied. U souffle la chandelle et

être pour le banquet des Princes que fut composé ce badinage, si toutefois la coutume n^en était pas encore abolie. Le jeu finit par demander pardon à S. Dominique. V. Dumesnil ci-dessus.

Mesnil'Bérard (du), sous le nom duquel on trouve dans les Recueils du Palinod de Rouen une ballade en i653sur

Le Ciel où toute chose est pure,

couronnée par Pierre de Becdelièvre, présenta en outre à ce Prince un sonnet honoraire assez singulier : ^

Beau chef-d'œuvre des deux, infâme créature, Oracles des payens, victime des enfers, Qp'adorent les mortels, alors que tu les perds Et que punit un Dieu dont tu venges Tinjure.

Prince orgueilleux du monde, abrégé d*imposture, Malheureux ornement de ce grand univers.

Ce que jamais le crime a fait de plus pervers, Ce que jamais a fait de plus beau la nature ;

ne la peut éteindre. Mais il perd son temps : le saint continue d'écrire et sa chandelle de brûler. Il n'y a plus qu'un petit bout, le voisinage brûle, les ongles se rôtissent. Holà, ho ! monsieur le diable, songez à vous. Que fera-t-il i II veut changer de personnage et jeter la chandelle; mais il ne peut. La comédie se change en tragédie ; le feu lui brûle les pattes. Il grince les dents, il hurle et appelle Tenfer à son secours. Le saint se moque de lui et de ses plaintes ; et voyant qu*il est assez puni, d*un coup de verge il le chasse de la table... •

(pp. 34-25.)

Il faut que cette légende, que les artistes eussent si avidement reproduite, soit demeurée peu connue, puisque le P. Cahier ne la cite point. Toutefois l'historiographe des Frères-Prêcheurs possède une gravure réjouissante par les contorsions de l'infernal chandelier vivant.

IIO

En vain ta vanité promet à ton espoir

Cette âme qu'en ses flancs Anne va concevoir :

Le del condamne ïd ton audace impuissante.

Tu peux voir ses beautés, tu la peux désirer; Mais sache, quand un Dieu se choisit une amante, Qji'un démon n'a pas droit d'y pouvoir aspirer.

Métel, V. Ouville [de) .

Afettrrfrflc(ife), jésuite, remporta le Laurier au Palinod de Rouen en 1672. II y avait présenté une allégorie latine sur le Carix, sorte d^arbre que le feu ne saurait jamais pénétrer.

Michel [Jean], sieur de la Fosse, Pun des auteurs qui ont composé des vers à la gloire d^ Adrien Boccage, et en ont décoré le frontispice de son Recueil des œuvres poétiques sur le subject de la Conception, etc., en 161 5.

Le tribut d'sunidé de J. Michel consistait en des stances très flatteuses pour le rédaaeur.

Michel [le P.), capucin, né à Caen, fut un des auteurs les plus marquants en 1722 au Palinod de Rouen, où lui furent adjugées la Palme pour un chant royal sur Loth, et la Rose pour une ballade sur le Triomphe de V Église,

Midy (Pierre'Nicolas), né à Rouen sur Saint-Candele^Jeune, le 25 septembre 1725, juge-prieur des consuls en cette ville, secrétaire du roi, titulaire de TAcadémie des Sciences, Belles-Lettres et Arts, et juge académicien du Palinod en la même villeen 1765, et depuis conseiller en la cour des Aydes de Paris, connu par deux Lettres sur le grand vocabulaire en un seul vol. in-8<>, Rouen,

Boucher. La première de 70 pages, la seconde, 371 pages, 17676! 1768; la dernière imprimée à Paris chez Moutard. Longtemps auparavant, ce critique avait soumis à celle des juges du Palinod une allégorie latine sur Jeanne de Valois, femme de Louis XII, et cette pièce obtint le Laurier. En 1742, sei^e ans après, il rentra dans la carrière, mais en qualité de poète français, et il fut couronné pour une ode sur ia Levée du siège d'Olmut\; Tannée suivante, il célébra sur la même lyre la Conception même de la Vierge :

Sans participer à roffense, Subir la peine du tombeau ; Sans avoir perdu l'innocence, D*un rédempteur porter le sceau ; D*Eve en un mot être la fille.

Et seule en sa triste famille Du péché ne point hériter; Tel est rétonnant paradoxe Ope j'annonce à tout orthodoxe, Et que j'ose id discuter.

Le sang de l'Agneau d'alliance

Sans doute fut versé pour tous,

Et Marie à son excellence

A participé comme nous.

Si Dieu ne fût pas mort pour elle,

A notre tache* originelle

Son âme n'eût point échappé ;

La grâce l'en a garantie ;

Mais de ce sang pur de l'Hostie,

C'était l'effet anticipé.

Midy (Louis), du Chauvin, de Rouen, cousin du précédent, ancien officier de cavalerie, résidant à Caen, a

remporté quelques prix de poésies latines et françaises sur le Puy de cette ville, ainsi qu^au Palinod de Rouen. Il commença même par celle-ci en 1762 par une aligne latine sur le Rossolis; sa seconde et dernière pièce qu^il vit aussi couronner par la même société, était des stances sur un Ccsur pénitent (1778), dans le genre de Tabbé Basly et Duruflé, dont on a parlé.

Seigneur, vois mon état et ma douleur amère, De ta juste colère adoucis le transport ; J*ai péché : mais je sais que pour fléchir un père Il suffit d'un remords.

De mes yeux presque éteints les paupières tremblantes Ne s'entr'ouvrent qu'aux pleurs et le jour et la nuit ; Et tu me vois baigner de ces larmes brûlantes Le pain qui me nourrit.

J'ai gémi devant toi, je veux gémir sans cesse Des coupables excès où j*ai pu me plonger ; Crois à mon repentir et laisse à nu tristesse Le soin de te venger.

O monde, ô mer funeste, imprudent qui s*engage Sur tes flots orageux.

Créé pour t'adorer, Seigneur je vais te suivre ; Je renonce à ces biens dont on ne peut jouir, Et je vais avec toi recommencer à vivre Pour apprendre à mourir.

Durant Tintervalle de ces deux victoires, Tauteur militaire se fit connaître par de nouvelles pièces dans les deux langues, au Puy de Caen : par un sonnet sur l'Amour de la France pour ses Rois, en 1776, et par trois allégories

latines qui toutes remportèrent les premiers prix du genre; Tune sur le Camphre, l'autre sur la Rose, la dernière sur S. Martin^ qui d'un signe de croix détourne Tarbre qui menaçait de Pécraser, au témoignage de Sulpice- Sévère [Vita B. Martini, XIII]. Il est aussi auteur dMne ode française sur la Ruine de Jérusalem (non couronnée).

Milard [le P.), prieur des Carmes de la ville de Rouen en i653 et 1681, et Tune et Tautre fois admis aux examens et jugements du Palinod de cette ville en qualité de juge-né.

Mi Ion (Gabriel-Jean-Baptiste), prieur de Saint-Lô de Rouen en 17 33, ny fut que peu de temps; assez néanmoins pour être regretté dans cette maison et de ses confrères académiciens du Palinod. II mourut en 1769, après avoir rempli dififérentes places de son ordre. Il était né à Paris en 1693.

Minfant [Jacques), de Dieppe. Sur quatre pièces qu'il avait présentées en 1544 et années suivantes, n'en vit qu'une trouvée digne'du prix : c'était une allégorie latine ainsi annoncée :

Arguitur rébus Conceptio sancta secutis.

Un chant royal commençant par ce vers :

Dieu vérité, essence, sapience,

avec un rondeau dont la première ligne annonçait la

Vierge, vive d'esprit, vive de corps et d'âme,

furent les seules poésies qu'il mit au concours en 1544.

On lui attribua le chant Royal du fort lyeur. K Marguerite. Il composa aussi pour le Puy de Dieppe (i).

Minfant [Joachitn), de Dieppe, frère du précédent et son rival, soit à Rouen, soit à Dieppe, en français et en latin, aux mêmes années ; chant royal et rondeau en 1544, qui commençaient, l'un par :

Le grand ouvrier de la machine ronde ;

Fautre par :

Au poinct du jour que le soleil de grâce.

une ballade en 1 645, sur le : '

Concept sainct de cause et d'effet,

avec une allégorie latine qui était la paraphrase du Ps. xxn (V. le Supplément).

Miroménil [Armand- Thomas HUe, chevalier, marquis de], premier président du parlement de Rouen, garde des sceaux de France, Prince du Palinod de cette ville en 1765, naquit au château de Latigny, proche Orléans, 23 septembre 1723. Peu de Mécènes ont reçu autant d'encens de la part des poètes de toutes les classes. Les Recueils des deux Puys de Rouen et même de Caen sont remplis de vers très flatteurs pour ce chef en second de la magistrature française (2); une de ces adresses les moins com-

(i) Jacques Minfant a en outre traduit un dialogue de Xénophon (Paris, i35o; in-80). Un demi-siècle plus tôt vivait à Dieppe David Minfant qui a traduit le De Officiis de Cicéron et composé une comédie (la Croix du Maine, i, 424). Comme va le montrer Guiot, ce n'est pas deux, mais quatre écrivains que cette famille dieppoise a comptés.

(2) Un des faits les plus significatifs à la louange de cet excellent magistrat est que ce « ci-devant », ce « ministre du tyran » ne fut point forcé d'émigrer ; et que, comme le duc de Penthièvre, il put mourir paisiblement sur ses terres, le 6 juillet 1796.

munes et cependant les plus dignes d^être conservées est une française de Charles- Louis Bàllière, Pun des juges académiciens.

Miroménil était bien digne

De nous faire entendre sa voix ; (de la justice)

Parmi nous quel héros insigne.

Mérita jamais mieux son choix ?

Pouvait-elle, aux deux retirée,

Mettre sa balance sacrée

En de plus équitables mains ?

Qyi\ jamais fut plus secourable?

Est-il un mortel plus capable

De prononcer sur nos destins ?

C'est à son tribunal auguste Qpe le pauvre porte ses cris ; Contre une violence injuste Sa bonté soutient ses débris.

On y voit la veuve affligée, De ses persécuteurs vengée, A couvert du riche oppresseur; L'orphdin au sdn des alarmes Y vient lui présenter ses larmes Contre l'avide ravisseur.

(acrostiche en latin de Miroménil. V. les Aff, de Norm., 3o décembre 1774 (i); chronogramme, 3 mars 1775. ibid.)

(i) Par une sorte de fatalité, ce dernier numéro de Tannée manque au volume de 1774 de la Bibliothèque de Rouen, et il a été impossible d'en découvrir un autre exemplaire. Quant au chronogramme, sa longueur et sa singularité ont paru mériter la reproduction de l'article du 3 mars 1775, d'autant plus qu'il ne serait pas impossible que Guiot lui-même en fût l'auteur. Le voici :

CHRONOGRAPHE « Le chronographe ou chronogramme est une composition de mots dans lesquels les lettres numérales doivent former la date ou

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Afissy (Pierre^ean-Baptiste Durand dé\^ év&jue d'Avranches (2), Prince du Palinod de Rouen en 1759. La protection quMl accorda à cet institut fut d^autant plus glorieuse, que la carrière commençait à n^étre plus si fréquentée. Il ranima Témulation, et ses effets durèrent jusqu'à Pélection de M. de Harcourt pour lui succéder dans la principauté. 11 n^eut point d'autre éloge à sa mort que les plus sincères regrets de ceux qui Pavaient connu, et Pépitaphe la plus modeste décore sa sépulture à Missy, près de Caen :

9 Ci git illustrissime et Révérendiss. Pierre J.-Bapt. c Durand de Missy, Evéque d^Avrancbes, abbé de Pabc baye royale de Lieu-Dieu, seigneur et patron de cette « paroisse de Bury, S -Martin et S.-Germain des Varne- « villes et autres lieux; digne par son zèle et ses vertus c des regrets de son diocèse et de sa famille, décédé le c 2 avril 1764, âgé de 72 ans. Priez Dieu pour le repos de c son âme. b

Et à la fin de la séance palinodique, le premier des poètes lauréats, au lieu de jouer sur les noms de Missy et de Midy, comme on eût fait encore un siècle plus tôt, fit le parallèle de ce prélat avec celui qui après Robert Cénalis a le plus marqué sur le même siège :

l'année de révénement dont il 8*agit. Il tient à la science de la cabale, dont l*origine est hébraïque. La science de la cabale ou tradition a été révélée (selon les Juifs) à Mo3rse sur le mont Sinay; cette science, rare parmi nous, n*est plus cultivée que par quelques esprits curieux qui, se fieûsant un jeu de la difficulté, et ne tirant de leur application d'autre fruit que le plaisir et la gloire d'en avoir surmonté les obstacles, n'en veulent pas laisser perdre la mémoire.

« Les totaux de chacune des quatre colonnes suivantes (dans lesquelles la valeur des lettres se mesure sur le rang qu'elles tiennent dans l'alphabet), calculés ensembles CsiO^ donnent l'année 1774» tems auquel, suivant l'ordre du destin marqué dans

Vous qui d*un accueil favorable Honorez mes faibles accents,

les oracles cabalistiques, Monseigneur de Miromesnil devait être nommé Garde des Sceaux de France.

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Prélat illustre autant qu'aimable, Daignez agréer mon encens.

Du grand Huet vous remplissez la place.

De la foi, comme vous, il fut le grand appui; Vous l'êtes des arts comme lui.

Notre Gumel fut son Parnasse ; Vous vous plaisez à marcher sur sa trace, Son âge fut égal à celui de Nestor ; Puisse votre carrière être plus longue encor. [P,^N. Midy]

Uapoplexie empêcha reffet du vœu; mais il a^en était pas moins sincère ; et ce prélat (i), avec son compatriote, M. de Cérisy, était un des plus honorés et des plus chéris à Rouen comme dans leurs résidences épiscopales. Il y avait même tant de ressemblance entre ces deux évéques, quMl n'y aurait presque que le nom et les dates à changer dans reloge historique qu^a fait de Pévêque de Lombez Pabbé des Houssayes^ pour faire complètement celui de révêque d'Avranches.

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