MARIA AD CHRISTUM
L'ardent désir de vous voir face à face, Mon cher Epoux, me rend d'amour si pleine Que force m'est que mon regret je face Seule à part moy en ceste basse plaine. Trop fort languy, et si suis toute saine, En souspirant je quiers ce que tant j'ame Pour satisfaire au désir de mon âme.
Le cueur me rid, et si ploure des yeulx, Vostre penser rafreschit ma mémoire :
Car avec vous je désire estre es cieulx, Pour vivre en paix, en triumphe de gloire.
CHRISTUS ADMARIAM
Dame, il est vray qu'en ceste terre bass& Avez souffert labeur, et griefve peine, Mais aujourd'hui tout votre ennuy se passe Car vous laissez la terre sèche et vaine, Et trouverez le conduit de la veine De vif amour qui nos deux cueur enflamme, Et régnerez comme la plus grand dame
Qui oncques fut ne sera sur les cieulx. Mise à ma dextre au divin consistoire, En gros triomphe et estât précieux Pour vivre en paix, en triomphe de gloire.
Levier (Marc-Antoine le), avocat, né à Caen, deux fois couronné au Palinod de Rouen, pour deux odes latines : l'une, de 17.50, sur Rome chrétienne ; Pautre, sur Minorque, en t 756.
Levier (Nicolas-Marc-Antoine le), avocat au Parlement de Paris, docteur ès-loix en P Université de cette ville, agrégé ès-faculté de droit civil et canonique en l'Université de Caen etPun des trente de l'Académie des Belles-Lettres de la même ville, auteur de plusieurs poésies françaises et latines couronnées au Puy de sa patrie en 1776, 1777 et 1778. Caen sauvé de. Pincendie dont il était menacé par les Anglais, sous Edouard; la Cathédrale de Bayeux également préservée des flammes furent les premiers sujets de ses vers en la première et la seconde année; et la Mort d'Assas en 1778, et la Naissance du Dauphin, et des iambes sur Cléopâtre, telles furent les odes et les épigrammes qu'il présenta et pour lesquelles il fut couronné.
Outre ces poésies, on a encore de cet auteur des mémoires sur les Palinods en général lus à la séance publique de l'Académie des Belles-Lettres de Caen, le 20 janvier 1765. Il s'engagea depuis à donner au public un Recueil choisi des meilleures pièces couronnées par ces sortes d'académies depuis leur création. Cet ouvrage aurait beaucoup servi à celui-ci si Pauteur eût tenu parole.
Lorme (Charles-François de), chanoine régulier de la congrégation de France, né à Paris le 3 novembre T706,
était à Saint-Lô de Rouen lorsqu'il présenta au Palinod de cette ville des odes et des hymnes qui y furent très applaudies. Rahab et Suzanne, Benoît XIII et les Vêpres siciliennes furent les sujets de ses pièces lyriques de 1726 à 1732. En cette dernière année, Fauteur professait à Senlis. Deux hymnes, l'une sur la Nativité, l'autre sur V Annonciation, lui firent encore plus d'honneur; la première eut le prix du Prince en 1732, la seconde n'eut qu'un prix secondaire en 1735. Comme ces cantiques sacrés ont une certaine étendue, on les a partagés dans le bréviaire (supplément) de Ste-Geneviève, où elles ont été employées dans les fêtes de Vierge. L'auteur est mort à Auteuil, le 7 août 1752, ancien abbé de sa congrégation.
Lorme (Jean-Pascal de), neveu du précédent et de la même congrégation, naquit à Paris en 1749, et fut prieur de Saint-Lô en 1782, et en cette qualité juge-né du Palinod de Rouen. Si la réputation de son oncle qu'il trouva établie dans ce lycée fut un véhicule pour lui à la considération de la part de ses nouveaux confrères, elle fut aussi un aiguillon puissant pour son assiduité et son équitable sagacité dans les examens et le jugement des compositions.
Lot, prêtre, chapelain du Bureau des Pauvres valides à Rouen, puis curé de Bouquelon et de Flancourt, concourut au Palinod de Rouen en 1759, pour le prix de l'hymne proposé par M. de Missy sur la Conception ; il le remporta par des vers saphiques qui furent très goûtés, et pourraient être employés dans les nouvelles liturgies.
Louer, professeur d'éloquence au collège des Arts en l'Université de Caen, remporta le prix d'allégorie
latine au Palinod de Rouen en 1706. Sa "pièce était sur le mont Hécla .
Louis ou Louys (François), receveur de la ville de Rouen (1), était dans la nomenclature d'un chant royal des Princes, juges et confrères du Palinod de Rouen au xvie siècle au plus tard, car il était le cent dix-huitième éligible à la principauté.
Louraille (2) (Dumoncel de), né à Rouen au commencement du xvie siècle, est auteur d'un chant royal dans un ancien manuscrit in-40 du Palinod de Rouen vers i53o. Cette pièce ne fut que présentée au Puy en 1527, mais sans être couronnée.
Ung loup cruel, ravissant, détestable
Feist des assauts merveilleux et soudains
Tant qu'il rompist maint parc et maint estable
Car ravissant moutons, chièvres et daims ;
Dont les bergers qui furent trop mondains
Sont de longtemps retenus en prison
Par le Seigneur pour en avoir raison.
A leur secours la vierge Marie
Vient présenter son Aigneau de grand prix
Dont par lequel en l'humaine prairie
Humble bergiere au piège a le loup pris.
Ce chant royal se trouve aussi dans des manuscrits de la Bibliothèque du roi, 7584, le quarante-cinquième du
(1) Emery Louis était, en 1484, conseiller du roi et juge à l'Echiquier.
(2) Un Thomas de Louraille, maître d'hôtel du roi, siégea à l'Echiquier en 1462.
Recueil, avec une très belle ligure représentant un loup pris au piège par une jeune bergère.
Louraille [Dumoncel de), né à Rouen, couronné au Palinod de cette ville en 1707, pour une ode latine sur Orphée et une allégorie sur Astyanax. Ces deux pièces sont imprimées dans le Recueil de Tannée.
Louraille{J acques- Alexandre Dumoncel de), seigneur de Louraille, Tonneville, etc., président à mortier au Parlement de Normandie, né en 1694, Prince du Palinod de Rouen en iy3i, mort à soixante-quatorze ans, en 1767, le 9 août, à sa terre de la Rivière-Bourdet (1). La protection de ce Mécène est une des époques remarquables dans Thistoire de l'Académie du Puy, qui depuis plusieurs années manquait de cet aiguillon pour l'émulation (2). C'est lui qui le premier proposa un prix particulier pour l'hymne, et son exemple fut suivi, de
(1) Château de Quevillon, arr. de Rouen, S.-Inf. Les archives de ce château ont fourni à M. Ed. de Barthélémy les principaux éléments de son curieux volume, la Marquise d'Huxelles et ses amis. Paris, Didot, 1881, in-8°.
(2) Il paraît bien d'ailleurs que le premier quart du xvme siècle brille peu dans l'histoire littéraire en général. Un témoignage récemment mis au jour sont les lignes attristées mais convaincues qu'écrivait, au début de la Régence, le savant Huet, tout brisé par la maladie (5 mai 171 6) :
« Si la littérature se soutient un peu en notre pays [à Caen], elle aura un avantage qu'elle perd ici [à Paris] sensiblement : car vous ne sauriez croire jusqu'où va sa décadence. Il faut nous y opposer de tout notre pouvoir. Pour moi j'y persévérerai jusqu'au bout, quand je me trouverais seul dans cette résolution, et que je serais réduit à dire : Mihi cano et Musis. »
(Revue cathol. de Normandie, VII, 373.)
manière qu'à chacun de ses successeurs on traitait un des mystères de la Vierge, ce qui a formé dans la suite une hymnographie parthénique très intéressante pour la liturgie.
Louvel [Richard) présenta au Palinod de Rouen en 1 544 un chant royal dont le refrain était
Sur vieille loy nouvelle loy de grâce, avec un rondeau commençant par
Soubs froid péché je brusle en charité. L'année suivante il ne composa qu'une ballade sur
Un œil lumineux pur et sain.
Louvel [Jacques), d'Hermanville, proche Gaen (1), prétendit d'abord à la fois aux couronnes du Puy de cette ville [de Rouen ?] et à celles du Palinod de Caen en 1759. La Délivrance du Havre fut le sujet d'une allégorie latine qui réussit de part et d'autre, ainsi qu'un dizain sur la même matière à Caen, où l'année d'après il en présenta un second sur la Douceur qui lui valut le même prix. Il y joignit des vers ïambes sur le C\ar Pierre, qui furent également récompensés, ainsi que des stances en 1 761 sur la Fidélité de Caen à ses rois. Devenu professeur à l'Université de cette ville, il fut chargé de faire l'ouverture du Puy en 1773 et 1774.
Loy s (voyez Mouchau).
Lo^ay (messire Hugues de) était de Dieppe, ou du moins concourut au Palinod de cette ville, le i5 août et
(1) Arr. de Caen, Calvados.
le 8 septembre, pour les prix qui s'y donnaient dans les deux solennités qu'on y célèbre dans l'Eglise. Deux de ses chants royaux l'attestent dans le ms. de la bibliothèque du roi 6989 fol. le trente-quatrième et le soixantequatrième. Le dernier est le développement de cette maxime : Ubi est thésaurus tuus, ibi erit [est] et cor tuum [Matth. VI, 21], appliquée au désir de la Vierge de se réunir à son divin Fils dans le ciel. Ces vers finissent par un envoi moral :
Prince du Puy, pour la conclusion, Laissons les biens tous plains d'abusion Qui ne peuvent à la mort secourir ; Et amassons, par ardente ferveur, Ceux qui nous font au royaulme courir Où le trésor est mys avec le cueur.
Mais l'autre composition est bien différente pour l'imagination et pour l'exécution. La vendange avait été à souhait en ce temps-là, et l'auteur en fit un tableau allégorique, tout à fait singulier dans ses détails.
Après que Adam de l'humain Paradis
Fust jecté hors par sa transgression,
Le bon Noé, juste en faicts et en dicts,
Des biens de Dieu print la possession.
Et en la terre en sa succession
Il cultiva la vigne plantureuse,
Et en sourdit une grappe amoureuse
Dont le raisin rempli d'aménité
En sa doulceur si parfaictement pleust
Qu'il la nomma pour sa suavité
La france grappe où le doulx raisin creust.
A ce propos, douze ouvriers bien instruicts Ont composé selon leur portion
Douze tonneaux, et ont esté produicts
Quattre chartiers de grand discrétion;
Ne de son temps, soubs sa corrrection,
Noé ne veist oeuvre plus fructueuse ;
Le raisin meur et le temps désiré
Pour vendanger, il fist du mieulx qu'il peust
Et myst dedans un vaissel azuré
La france grappe où le doulx raisin creust.
La france grappe, en humbles mots préfix,
C'est Marie grappe d'eslection ;
Et le raisin, c'est Jésus, son cher Fils,
En croix pressé par sa dilection.
Le vin requis à la complexion
De Adam navré de playe périlleuse,
C'est son pur sang, ô chose merveilleuse !
Quand la haye de la divinité
Demoura france et le raisin conceupt
Par le vouloir de la divinité
La france grappe où le doulx raisin creust.
Marc et Mathieu, Jean et Luc, mes amys, Sont les chartiers de grand perfection ; Douze tonneaux des apôtres commys Es articles de foy font mention.
Noé, c'est Dieu pour mon invention, Lequel planta la vigne spacieuse, Des saincts Pères en vie gracieuse ; Branches de vigne en soy tant de bien eust Qu'elle apporta en toute dignité La france grappe où le doulx raisin creust.
Ainsi la grappe est à tous bénédicts Boyre immortel ; car sans déception Le vin, si tost que les mots y sont dicts, Est faict vray sang en sa perception.
O de tous deux saincte conception :
Nativité benoiste et glorieuse
C'est la grappe des humains curieuse,
Dont la raison a la soif évité
Pour son bon vin que en croix justice beust.
Or louez donc en sa nativité
La france grappe où le doulx raisin creust.
[envoy]
Prince du Puy, faictes chère joyeuse, Criez mont joie en ceste année heureuse : Tout le vieil vin ne soit habandonné; Car le nouveau jamais si bon ne fust, Comme celluy que nous a huy donné La france grappe où le doulx raisin creust.
Lucas, Pun des premiers associés pour le maintien du Palinod de Rouen, et le quatre-vingt-quatorzième employé sur le catalogue de ceux qui devaient en gérer la principauté, ou en examiner et juger les compositions. Il était assez connu de son temps pour n'avoir pas besoin d'exprimer ses qualités.
Lurienne [Georges-Charles dé), chanoine de la cathédrale de Rouen, juge académicien au Palinod de cette ville en 1774, secrétaire perpétuel de cette Société en 1776, né à Rouen, et était entré chez les Jésuites, qu'il quitta vers 1760, à l'époque de leur destruction. Quoiqu'il n'ait été que trois ans l'interprète de la Compagnie, cependant on peut le féliciter d'avoir fait assez pour sa gloire et la sienne personnelle. Les discours d'ouverture pour les séances publiques, les analyses pour les programmes, et surtout les Éloges de plusieurs membres et titulaires de l'Académie seront toujours des preuves non équivoques du zèle éclairé et de l'application constante de l'éloquent et judicieux successeur de l'abbé des Houssayes dans cette
place : outre les Eloges des présidents de Bailleul et Rouville, anciens princes de Hnstitut, il donna encore celui du P. Duclos, prieur des Carmes et du président Groulard, etc. Ce dernier n'a pu être imprimé comme les autres à cause de la Révolution survenue à cette époque. L'abbé de Lurienne est mort à Paris, le lundi 7 juillet, à soixante-deux ans, décapité le jour de S. Thomas de Cantorbéry (1).
Luynes [Paul-Albert de), évêque de Bayeux, cardinal
archevêque de Sens, Prince du Palinod de Rouen
en 1746 (2). On présenta alors à l'Académie une allégorie
latine sur le Mariage de la dernière Dauphine, mère de
Louis XVI, et l'auteur fut couronné; c'est cette même
princesse qui a été réunie à son époux dans le choeur de
la cathédrale de Sens, et reçue par le même prélat
en 17... (3). L'hymne proposée pour prix d'honneur
était sur l'Annonciation, et quelques strophes pouvaient
dans l'intention de l'auteur être appliquées à l'hymen
royal ci-dessus. Quoi qu'il en soit, les sujets des autres
pièces étaient la plupart tirés des événements publics, et
des avantages militaires qu'on remportait alors sous le
maréchal de Saxe. Le Recueil en a été imprimé dans le
temps, et n'est pas un des moins curieux de la collection.
Mort à Paris, le 22 janvier 1788, à quatre-vingt-cinq
(1) C'est-à-dire le jour de la fête de la translation de ses reliques en 1220. Rouen dut aussitôt la fêter, puisque D. Pommeraye la cite en 1228, et nous n'avons cessé de la célébrer qu'au xvue siècle. A Paris, la fête du 29 décembre avait disparu par archaïsme liturgique.
(2) Charles-Albert de Luynes, un de ses ancêtres, fut gouverneur de Rouen en 161 7, « par commission de la reine », dit Farin (I, o,3).
(3) La princesse mourut en 1767; elle avait perdu son mari deux ans auparavant (l'abbé Proyart, Œuvres, IX, 35o et 289).
ans. V. son oraison funèbre par l'abbé Le Gris, chanoine de Sens; transporté à Sens, le 24 janvier, présenté par M. l'abbé Pichot, vicaire à Saint-Sulpice.
Luzerne (de la) n'est connu au Palinod de Rouen que pour un sonnet qui ne fut pas mis au concours, mais seulement honoraire et donné au Prince en i652. Cette poésie, qui n'est pas la seule de l'auteur, était sur le Temple d'Ephèse, respecté par Xercès.
Mai gnart (Guillaume), sieur de Bernières, conseiller du roy nostresire en sa court de Parlement à Rouen, Prince du Palinod de cette ville en 1 5o8 (1), y donna la Palme à Nicolas Turbot, l'un de nos anciens poètes français mentionnés dans l'abbé Goujet. Ce magistrat ne se contenta pas d'encourager les talents ; il voulut encore faire preuve des siens et en faire hommage à la patronne de T Institut qu'il protégeait. La pièce qui fut imprimée avec celle du lauréat est intitulée : Ode ad divam Virginem, G. Maignart juris Cœsarei (2).
Hoïophernes temulentus Expers divi fati veî ominis
(1) Il mourut en i5i4, s'il est bien le Guillaume Maignart inhumé à Sainte-Croix-Saint-Ouen, selon une longue inscription citée par Farin (II, 171). Les Annales poétiques (XVII, 241) mentionnent un oratorien de même nom, mort en i65o, qui a laissé quelques poèmes de piété.
(2) Cette pièce est la dernière des Palinods de Vidoue, ff. 99-100. Les vers n'en sont point métriques, mais purement syllabiques. Ils
Suis jacens castris somnolentus Prurituque perardens ignis Cxso cadit capite insignis Judith manu, divinis dentibus Manu quid ? Non, sed pede Virginis Cadis serpens tritis capitïbus- Et macula quant Eva fœtibus Inseverat ; arescit in ea Nec prophetia. Canit plus cantibus :
Tota pulchra es, arnica mea.
On trouve de ces espèces d'hymnes ou de proses en latin dans les anciens mystères de la passion, dit Fontenelle dans son Histoire du théâtre français. A.-L. Millin parle assez au long de Guill. Maignard, dans ses Antiquités nationales , n° XXVI, in-40, p. 38, article Vernon, ville natale de ce sénateur éclairé, et théâtre de ses charités. Il portait d'azur à une bande d'argent chargée de trois quintefeuilles de gueules.
Maillard (Jean), curé de Tierville et de Sainte-Candele-Vieil. Cette dernière église était à Rouen, quoique du diocèse de Lisieux; et ce curé était Pun des juges du Palinod de Rouen à la fin du xve siècle. Son inscription parmi les Princes et confrères de cette société était la quarante-deuxième.
comptent dix syllabes avec un repos après la quatrième. En somme, c'est notre vers français de dix pieds.
Les variantes sont intéressantes :
Holofernes, hostis temulentus,
Prurituque prerardent (?) ignis (manque une syllabe)
Inseverat : aruit in eâ
Hœc prophetia. . .
Maillard (Nicolas) devait exister et siéger au Palinod de Rouen, au plus tard vers le commencement du" xvie siècle, étant porté le quatre-vingt-seizième des associés et autres éligibles à la principauté de l'Institut (i).
Maillard (Nicolas), docteur en la Faculté de médecine, et l'exerçant à Rouen au xvie siècle, était aussi un des examinateurs des poésies présentées au Puy et Palinod de cette ville : c'est pour cela qu'il se trouve le cent vingt-cinquième au catalogue de ceux qui composaient cette association.
C'est probablement de lui qu'est le vingtième chant royal du ms. de la bibliothèque du roi 6989, qui est sous le nom de Maillard.
Sathan, mauldict de la guerre inventeur, Et conducteur d'une secte dampnée, S'est mys aux champs comme bellicateur, Incitateur de mortelle menée; Et a tyré par art dyabolique Tous ses souldarts du gouffre plutonique Qu'il estimait hardys, puyssans et fors : Et pour monstrer ses périlleux efforts Tendans avoir victorieuse gloire, Il a cuidé par armes ou par sors Prendre à butin pour luy et ses consors, Le lis croissant en triumphe et victoire.
Ce plaisant lis de tous deffensateur, Restaurateur en grâce illuminée, C'est la Vierge mère du Rédempteur.
(1) Faut-il lui attribuer : Epistolarum D. Hieronymi codicilli très ex editione Nie. Maillard. Paris, 1 5i 2 ; in-8° ?
Mainfray ou Manfroy (Pierre), de Rouen, auteur de deux ballades et de stances couronnées au Palinod de Rouen en 1616 et 1623. Un enfant né d'une femme morte, l'eau féconde en un champ infertile étaient les sujets des deux ballades ; la Conception même était la matière des stances. V. V Histoire du théâtre français, tome IV (1).
Maire (le), du Havre, poète de la fin du xvne siècle, remporta le prix de l'allégorie latine en 1698, au Palinod de Rouen. Le massacre des enfants de Médée était le sujet de sa pièce.
Maire (Denis le), né à Paris en 1688, vint professer au prieuré de Saint-Lô en i 708, et faire en cette qualité la fonction de juge parmi ceux du Palinod de Rouen ; mort en 17 17.
Maistre (Jacques le), chanoine d'Avranches, principal du collège Dubois et restaurateur du Puy de Gaen en 1624. Il y fit cent livres de rente à perpétuité (2).
Malfilâtre ou Malfillatre (François) , dit Clinchamps, né à Caen en 1733 (3), mort à Paris sur Saint-Germainl'Auxerrois, le 6 mars 1767. Le Puy de Caen avait été le berceau de ses talents ; le Palinod de Rouen fut aussi le théâtre de ses succès. Il y fut applaudi quatre années consécutives. En 1755, l'enlèvement du prophète Elle, dans un char de feu, y fut le premier sujet de ses chants ;
(1) Cet auteur dramatique mourut en i63o, à l'âge de cinquante
ans.
(2) Le Maistre, mort en i63i, était né en i55o, dans le Cotentin.
(3) Cette date doit être reportée à 1 735, d'après Jal.
il y manque l'occasion de dire quelque chose de flatteur à l'ordre religieux chez lequel il se présentait pour être couronné. L'année suivante fut remarquable par la prise de Minorque; il en chanta le conquérant sur la même lyre; en 1757, à l'occasion de l'accident arrivé au roi, ce fut Malherbe qui déplorait la mort de Henri IV; sa dernière ode était sur le Système de Copernic.
Ces productions annonçaient une âme forte et sensible, avec un esprit capable de traiter les plus grands sujets, Aussi essaya-t-il de s'élever jusqu'à la majesté de l'épopée, après avoir fait ses preuves dans le genre gracieux. Le sujet du poème qu'il méditait et dont il avait tracé le plan était la Découverte du Nouveau-Monde ; ouvrage peut-être où l'on eût trouvé la solution du fameux problème sur la possibilité d'avoir la tête épique en France : c'est l'espérance qu'en donnaient ceux qui connaissaient particulièrement l'ami de Dorât, d'Arnaud, de la Harpe, etc., etc. ; la preuve d'ailleurs en existe dans d'excellents morceaux répandus dans une tragédie qui ne porte pas son nom, et dans quelques fragments de traduction en vers français des plus beaux endroits de Virgile, fragments" que l'on a dit que s'était appropriés un des célèbres de notre littérature moderne. Malfilâtre a laissé en outre un poème en IV chants intitulé : Narcisse dans Visle de Vénus. On y a trouvé un second La Fontaine pour l'aisance du style et la naïveté des images; aussi avait-il dans ses mœurs toute la candeur et la crédulité de ce grand homme.
La carrière de Malfilâtre fut moins longue de moitié, et la plus grande partie ne fut semée que de malheurs. Ils y prirent leur source, pour la plupart, dans ses propres vertus. Simple, généreux, aussi éloigné de soupçonner dans les autres un défaut de droiture, qu'incapable
cTen manquer lui-même, il donnait aveuglément sa confiance, se livrait à tous les conseils, rendait service à tous ceux à qui il pouvait être de quelque utilité, et ne consultant jamais Tétat de sa fortune, il n'écoutait que son cœur et sa bienfaisance naturelle. 11 finit comme le père de l'apologue français avec des sentiments de religion aussi grands et aussi sincères; à son exemple il exigea de ses amis de ne pas laisser paraître plusieurs de ses ouvrages après sa mort. Elle l'enleva au milieu des plus cruelles douleurs. On lui parlait un jour de la manière dont avait fini Montesquieu. « Mon brave, dit-il à un tiers présent à ce récit, voilà comme nous ferons alors, vous et moi. » On a répandu dans le temps à la gloire de M. d'Alembert, qu'ayant appris la maladie de M. Malfilâtre, il était allé lui offrir sa bourse : mais on allait faire le convoi. V. la France littéraire, le Nécrologe des hommes illustres, etc.
A l'ouverture du Puy de Caen, en 1777, l'abbé le Manissier disait dans son invitation aux poètes :
Caen présente à vos yeux plusieurs dignes modèles ;
Celui qui, s'élevant sur de rapides ailes,
Suivit de Copernic le vol audacieux
Peut éclairer vos pas au temple de mémoire :
La mort n'a point flétri ses lauriers et sa gloire,
Vous allez imiter ses accords gracieux.
D'autres encore ont jeté pareilles fleurs sur le tombeau de Malfilâtre.
Malherbe [François], de Caen. Un ms. de la bibliothèque du roi 6989 in-fol., qui ne renferme que des poésies relatives au Palinod de Rouen ou de Dieppe, offre un rondeau sous le nom de Malherbe. Ces vers
étant inconnus à tous les éditeurs de ses œuvres, un abonné aux Affiches de Normandie y fit insérer en 1 776, page 19, une lettre d'information sur la légitimité de cette pièce. Comme il n'y a point eu de réponse, on a pris le silence public pour approbation, et Ton continue encore ici à la donner à cet auteur.
Rondeau où la Vierge réfute Une disjunctive improbable, Faisant sa contraire probable Qui évidament la confute.