‹ Les Trois siècles palinodiques, ou, Histoire générale des palinods de Rouen, Dieppe, etcChapitre 6 sur 16 · V. pour sa vie Huet, Moreri, etc · texte numérisé non relu

V. pour sa vie Huet, Moreri, etc

(1) Le rondeau a bien reparu dans l'édition des Grands Ecrivains de la France (I, cxvi), mais seulement parmi les « pièces attribuées

Mallanday, de Paris, obtint la Palme dans le chant royal au Palinod de Rouen en 1692 ; il avait pris pour sujet un enfant trouvé vivant dans le sein de sa mère au milieu des morts, et sans vie elle-même.

Maltière {VAnge de la), chevalier de Tordre royal et militaire de Saint-Louis, membre de l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, juge-académicien en celle du Palinod de cette ville en 1756. V. sa nouvelle découverte du microscope solaire universel dans le Mercure de mai 1751, p. 1 58 (1).

Mamachi (François-Xavier) , né à Scio ou à Chio, le 2 avril 1702, mort à Lille en 1782, fameux jésuite, et longtemps préfet de leur collège à Rouen au milieu du xvnie siècle, et à ce titre l'un des juges académiciens du Palinod de cette ville. Il avait une grande facilité pour la poésie latine, et plusieurs fois il fit couronner de ses pièces sous d'autres noms, sans qu'on puisse aujourd'hui découvrir cette fraude littéraire. En 1759, il remplaça un régent de troisième indisposé, et donna pour matière de vers aux écoliers un réchauffé d'anciennes poésies sur le faux héroïsme. Dénonciation au Parlement, arrêt en conséquence déclarant la matière pernicieuse, séditieuse, détestable, etc., et lui incapable d'exercer ni régence, ni

à Malherbe, » auquel on la refuse absolument et avec raison, ce semble. Mais tout le monde n'estimera peut-être pas chose « fort indifférente » de savoir si l'auteur était de la famille du grand poète caennais.

(1) La Maltière est né à Rouen en 1730. Guiot, on le voit, ne s'arrête pas au succès que la contrefaçon obtint contre le véritable inventeur. Ses titres ont été définitivement mis en pleine lumière par L. de Duranville, dans un article de la Revue de Rouen en i852.

préfecture. Un plaisant, Augier du Fot, tourna la chose en ridicule et fit imprimer à Paris un arrêt de la Cour d'Apollon qui déclare le P. Mamachi atteint et convaincu du crime de plagiat, et comme tel le suspend à perpétuité de l'exercice d'enseigner la jeunesse dans toutes les Académies du ressort, etc., in-i 2 de 24 pages avec les citations de J.-B. Rousseau, De la Motte, Régnier, Massillon, Rollin, Saint-Evremont, la Bruyère, Bussy Rabutin, Daniel, la Rochefoucauld, Mme des Houlières, Juvénal et Saint Gyprien, etc. (1).

Mancel (Richard) ou Mansel, conseiller au parlement de Rouen, décédé Tan 1547 et gissant à Saint-Godard, avait été en son vivant l'un des Princes et associés du Palinod de Rouen; il en était le cent vingt-neuvième sur la matricule.

(1 ) Les Annales du Séminaire de Joyeuse racontent tout ce grave incident en trois pages in-folio et formulent ainsi la matière de vers dictée le 3 mars : Heroas faciunt quandoque crimina fortunata ; fœlix crimen desivit esse crimen. Quem Gallia probroso nomivte appeUat prœdonemappellabit Alexandrum, modo fort un a sit fœlix. Ad arbitrium fortuna sontes facit et absolvit : prospéra dat pretium crimini, adversa adimit.

« Le P. avait dicté Madrinum (sans doute Mandrinum), ajoute une curieuse apostille; et se reprenant, il dit : « Ce mot n'est pas « latin; mettez prœdonem et effacez Madrinum. »

Ce fut un motif de tracasser les Jésuites. Mais ils s'en tirèrent à leur honneur; car un sommaire marginal porte: « Insulte faite au Palais par des clercs de procureur à des écoliers, parmi lesquels se trouvait un pensionnaire de Joyeuse. Satisfaction qui lui fut faite à cette occasion. — Ainsi, conclut le récit même, cette affaire eut au moins le bon effet d'empêcher qu'on ne continuât d'insulter les Jésuites dans les rues, comme on faisait auparavant au sujet du P. Mamachi. »

Manissier (le), professeur d'humanités au collège du Mont, à Caen, Pun des plus célèbres poètes lyriques du Palinod de Rouen. Henri IV, Louis XIV et la famille royale furent les principaux sujets de ses chants. Il y fut surtout l'interprète de la douleur publique à la mort du Dauphin, de la Reine et de la Dauphine ; il ne quitta ce ton lugubre que pour célébrer le rappel de M. de Broglie et nos avantages militaires. On a aussi de lui des stances sur la vie champêtre. Quelques-unes de ces poésies réussirent également au Puy de Caen, et il en fit même l'ouverture en 1777, par une nouvelle ode sur Fontenoi. Son poème sur Louis XIV, couronné à Rouen à 1770, était l'esquisse d'un ouvrage plus considérable imprimé en 1778, en V chants et sous le même titre (1). On en cite les vers suivants dans les Affiches de Normandie de cette année, p. 123.

De la Seine on voyait les valeureux soldats

Chercher sous ce grand roi la gloire et les combats ;

Ce peuple belliqueux que nourrit la Neustrie

Sous les yeux de Louis vint prodiguer sa vie.

Il se souvient encor de ces temps glorieux

Où de sang altérés, ses féroces ayeux

Pour vaincre et conquérir, sortis des flancs de l'Ourse,

Inondèrent la France de leur rapide course.

Nul boulevard ne put arrêter leurs succès,

Leur valeur dans Paris assiégea les Français ;

D'innombrables exploits, le gain de vingt batailles

Menèrent leur armée au pied de ses murailles.

La France pour sauver le trône de ses rois

Laissa couler enfin la Seine sous leurs lois.

Ils firent respecter leur nouvelle patrie ;

(1) Ce doit être son œuvre la plus importante, la Louisiade, dont il y a des exemplaires anonymes sans lieu ni date.

On vit fleurir sous eux l'heureuse Normandie; On vit plus d'une fois ce peuple de héros Pour de nouveaux exploits franchir le sein des flots, Son bras assujettit l'opulente Sicile ; Et dès qu'il eut conquis cette terre fertile Naples dans ses remparts le vit entrer vainqueur Et son sceptre devint le prix de sa valeur. Que dis-je ? il a soumis la superbe Angleterre. Etc.

Mannevillette (Adrien de) présenta en 1 63 1 au Palinod de Rouen une allégorie latine qui fut récompensée de l'Etoile, par Claude le Roux de Saint-Aubin, Prince de cette année. Le sujet de la pièce était le Bonheur de quelques jeunes gens sauvés des ravages du mont Etna.

Manoir- C asti lion (du), de Lislebonne (i), diocèse de Rouen, eut le Laurier au Palinod de Rouen en 1693, pour une allégorie latine sur la sœur de Stilicon.

Manteville (Mathieu de)

O Dieu, o tout, o puyssance invincible

était le premier vers dnun chant royal présenté par cet auteur au Puy de Rouen en 1544 ; et un rondeau qu'il présenta en même temps commençait par :

Du bien et bien de bonté souveraine.

La ballade qui est sous le même nom l'année suivante, débute par un reproche au premier père : .

Par Adam premier vint péché.

(1) Chef-lieu de canton, arr. du Havre, S.-lnf.

Manurre (de) avait pris pour sujet des stances qu'il présenta au Palinod de Rouen, l'histoire touchante d'Eurydice, et il fut couronné en 16 53, sous Pierre de Becde-Lièvre.

Marais, autre qu'Alain Marais inhumé aux Augustins de Rouen en 1623, était avant cette époque le cent trentetroisième sur le tableau de l'association des confrères et Princes du Palinod de cette ville.

Marbeuf (Pierre de), sieur de Sahurs, de Rouen, dont a déjà été mention à l'article Faucon de Ris pour son Temple de Justice qu'il lui adressa, était lauréat émérite du Palinod de Rouen, quand il lui dédia cette pièce. Il en avait composé plusieurs autres qui y ont été récompensées de la Tour, de l'Etoile et du Miroir, c'està-dire qu'il avait fait des stances, une allégorie latine et une ode française. Cette ode était sur Narcisse (1620), les stances sur VAnatomie de l'œil (161 7) :

L'œil est dans un chasteau que ceignent les frontières

De ce petit vallon clos de deux boulevards ;

Il a pour pont-levis ses mouvantes paupières,

Le cil pour garde-corps, les sourcils pour remparts.

Il comprend trois humeurs : l'aqueuse, et la vitrée, Et le crystal nageant au milieu de ces deux : Lequel a pour miroir l'iris jointe à l'urée, Pour objet les couleurs qu'il présente à nos yeux.

Les tuniques, tenant ce corps en consistance, L'empêchent de glisser dedans ses mouvements ; Et ses tendons poreux apportent la substance Qui garde et nourrit l'œil et ses compartiments.

Quatre muscles sont droits, et puis deux sont obliques,

Communiquant à l'œil sa prompte agilité;

Mais en développant les petits nerfs optiques,

Les tient fermés [? fermes] toujours en leur mobilité.

Bref, l'œil mesurant tout d'une même mesure, A soi-même inconnu cognoit tout l'univers; Et conçoit dans l'enclos de sa ronde figure Le rond et le quarré, le droit et le travers.

Toutefois ce flambeau qui conduit nostre vie, De l'obscur de ce corps emprunte sa clarté ; Nous serons donc le corps, vous serez l'œil, Marie, Qui prenez vostre jour de nostre obscurité.

Cette même matière est encore traitée en vers latins à la fin de ses œuvres. L'abbé Goujet, qui les analyse ne parle point de ceux-ci, ni même de l'allégorie latine couronnée en 1618. Le sujet était sur une jeune fille préservée d'un malheur arrivé sur la Garonne en 1 5o,2. Il y a aussi un chant royal sur l'Amaranthe, et un sonnet sur le bon Larron, mais qui n'ont pas été couronnés. Le sonnet commence par ses deux vers :

D'un insigne voleur on va faire justice : Pour son dernier larcin il volera les cieux ;

page 99, de ses œuvres in-8°. Rouen, 1628 (1).

Marbeuf [François de), sieur de Sahurs, paraît n'avoir pas été connu de l'abbé Goujet qui, t. XV de sa Bibliothèque française, page 66, s'étend beaucoup sur le pré-

(1) Quelques vers de ce poète se lisent dans les Annales poétiques (XVI, m). Le regretté Emile Lesens avait entrepris, pour la Société rouennaise de Bibliophiles, une réimpression de ce Recueil de vers (1628). Elle a été terminée par M. Héron (1897, pet. in-40).

cèdent. Peut-être n'a-t-il fait que ce qui a été couronné au Palinod de Rouen en 1634 et l'année suivante. C'était une ode française et un chant royal qui eut le premier prix, et il était, comme le porte le refrain, sur

L'enfant sauvé d'une ville abysmée.

L'ode commençait par :

Quand je voy de l'eau des deux La Catalogne inondée.

Marc (Jean), prêtre de Rouen, n'avait d'autre titre dans le Palinod de cette ville que celui de chapelain de l'association. Il est cité comme témoin dans un arrêt de 1 599, concernant les frais de la cérémonie du couronnement des auteurs.

Marc (Louis), huissier au parlement de Rouen, porté le treizième associé sur la matricule des Princes et confrères au Palinod de cette ville au xvie siècle.

Marc, ecclésiastique de Saint-Gilles de Gaen, composa en 1 766 une ode française sur la Sagesse, et la présenta à la fois sur les deux théâtres palinodiques de cette ville et de Rouen. Elle y fut en effet accueillie et couronnée de part et d'autre.

Je franchis l'abîme des âges, Je m'élance au-delà des temps; O sagesse, tes grands ouvrages Etonnent, ravissent mes sens.

Tu parles, et ta voix féconde Enfante les germes du monde

Au sein delà stérilité; Ton souffle anime la matière, Ta voix fait naître la lumière Du milieu de l'obscurité.

Marc (de la), avocat au parlement de Rouen ( i), dans sa Chronologie latine (2) de cette ville a fidèlement marqué à Tannée i486 l'établissement du Puy de la Conception :

Rotomagi, certamen poësos, in quo ut Conceptio Christiparœ Virginis laudibus eveheretur, institutum.

Il cite encore, à Tannée i532, deux des plus célèbres poètes latins qui aient fait honneur au Palinod.

An. i532. Baptista Candelarius (B. Chandelier) et Helias Gemellus (Jumel) Rotomagenses poetœ clari habentur.

Marchand (Pierre le), écuyer, seigneur de Saint- Manvieu et de Rosel, fondateur de Tode française au Puy de Caen en 1627.

Marchand [Jean- Jacques-Alexis le), de Vanval, vicaire-général de Grenoble, né à Rouen (sur Saint- Herbland), couronné au Palinod de cette ville en 1759 pour une allégorie latine sur le Port-Mahon.

Marche (le P. Louis), de Tordre des Carmes, né à Reims le 20 mai 1696, d'une famille honnête et aisée. Il

(1) En 1872, Edouard Frère a réimprimé ses Eloges pour les Bibliophiles normands.

(2) Cette chronique sommaire est, comme Ton sait, imprimée à la suite de G. du Moulin, les Conquêtes... des Norman-François. Rouen, 1 658 ; in-fol. C'est par erreur qu'on nomme parfois l'auteur « de la Mare. »

fit ses premières études en l'Université de cette ville sous des maîtres habiles. A la source d'excellentes instructions, il puisa pour les belles-lettres un amour qui ne s'éteignit jamais. Celui qu'il conçut pour la retraite et la piété le décida dans le choix qu'il fit de l'état religieux. Un de ses frères l'avait déjà embrassé chez les Carmes ; cet exemple donna un nouveau disciple au Carmel. Persuadé qu'il est avantageux de porter dès sa jeunesse le joug du Seigneur, il entrait dans sa dix-septième année, lorsque, après avoir achevé le cours de ses humanités, il offrit à Dieu son premier sacrifice. Il y mit le sceau en prononçant ses vœux le 21 octobre 17 14. Le fervent profès fut aussitôt envoyé à Paris pour prendre des degrés ; mais il fut arrêté dans cette carrière par ceux même qui la lui avaient ouverte.

L'obéissance le conduisit à Rouen pour enseigner successivement la philosophie et la théologie. Le titre de professeur lui donna vers 1725 la qualité de juge-né du Palinod. Dans une Société consacrée à la religion et aux lettres, il se trouva comme dans son centre et son élément naturel, et s'y distingua, tant par son assiduité que par son zèle pour l'intérêt de la Compagnie. Il commença par prononcer plusieurs discours à l'ouverture des séances publiques. Une prédication, alors d'usage, était un tribut offert à la patronne de son ordre et de l'Académie.

Il en méditait un plus spécial pour cette Société même, en composant pour ses Recueils annuels une préface historique qui les a décorés depuis la principauté de M. de Louraille en 1734, jusqu'à celle de M. de Miromesnil en 1765; cette notice instructive avait toujours manqué à chacune des collections poétiques, ou n'avait été qu'imparfaite. Le P. Marche lui donna assez d'étendue pour

faire connaître l'origine et retendue du Puy. Il en avait puisé Tidée dans un ouvrage qu'avait composé sur cette matière M. Alphonse de Bretteville, officiai et chanoine de Rouen, Prince du Palinod en 1614. Mais outre que le nouvel historien sut l'analyser avec soin, il lui donna un nouveau prix en y ajoutant les noms des personnages distingués et recommandables qui avaient donné du lustre à l'Académie depuis le milieu du xvir3 siècle. La modestie de Fauteur, qui voulut garder l'anonyme, fit que dans la suite on attribua ces recherches à l'abbé Saas, l'un des principaux membres de la Société ; mais cet écrit est constamment du P. Marche, et fera toujours honneur à ses lumières, ainsi qu'à son zèle. Le mérite littéraire de ce précis historique l'a fait adopter par le savant continuateur de Moreri dans ses suppléments où il parle de l'Académie de la Conception.

La compagnie reconnut les services que venait de lui rendre son nouveau titulaire, en lui confiant le soin de publier les pièces couronnées chaque année; et sans avoir le titre de secrétaire, il en remplissait toutes les fonctions dans les séances particulières et publiques. Il eût continué volontiers ses soins toute sa vie, si la Providence n'eût exigé de sa docilité le sacrifice d'une de ses plus chères occupations en l'appelant à Melun pour y conduire une des maisons de son ordre.

Le nouveau supérieur se partagea entre l'exercice du ministère et la culture des sciences. L'un était un devoir sacré qu'il remplissait toujours avec fidélité, l'autre un goût naturel, qui ne le quitta jamais. La réputation qu'il se fit bientôt de directeur éclairé et d'homme de lettres le rendit également cher aux personnes touchées de la gloire des sciences et de la religion. Son zèle éclata surtout dans la restauration des lieux claustraux et la déco-

ration des autels. La maison de Melun lui a des obligations d'autant plus grandes que ces embellissements étaient le fruit de ses épargnes, et non de l'intrigue et du crédit. C'est ainsi qu'il forma une bibliothèque très choisie qui faisait le fond principal et la première richesse de sa communauté. Les mémoires de l'Académie parthénique qu'il avait quittée à regret n'y furent point oubliés, moins parcequ'il les avait enrichis de ses recherches honorables pour son érudition, que parce qu'ils lui rappelaient le souvenir de vrais amis dont il avait partagé les travaux.

Dire maintenant que le P. Marche a occupé jusqu'à six fois les premières places dans la maison qui lui devait son rétablissement, compter les autres titres dont il fut plusieurs fois décoré dans son ordre, ajouter que sa prudence le fit choisir pour aller à Rome négocier les intérêts de sa Province ; c'est prouver à la fois et la justice qu'on rendait à ses lumières, et la capacité qu'il montra dans ces divers emplois. Mais un autre genre d'éloge que l'on ne doit pas omettre, c'est l'oubli de ses talents, une modestie rare. Elle l'emporta sur les égards dus à la Société, dont il n'ignorait pas les droits. Il fit à l'humilité chrétienne le sacrifice de plusieurs productions utiles. Cependant quelques mss. et des poésies fugitives ont échappé à la sévérité de l'auteur; et ces richesses ne sont pas les moindres ornements de sa bibliothèque. On compte parmi ces écrits un exemplaire de la trop fameuse Puce lie d'Orléans, par Voltaire, corrigée et mise en état d'être lue sans dangers pour les" mœurs et la religion (i).

La faiblesse habituelle de sa complexion avait toujours

(i) On peut se demander s'il y a réussi, quand la Harpe avoue « l'impossibilité absolue de rappeler de quelque manière que ce soit rien de ce qui fait frémir à toutes les pages l'honnêteté, la pudeur, la morale et la religion. »

fait craindre pour ses jours; sa mortification, son austère régularité était une nouvelle source de frayeurs. La Providence lui destinait une longue carrière; elle fut de près de treize lustres, dont le terme fut le dimanche veille de Noël 1775, à soixante-dix-neuf ans et demi. Il serait difficile d'expliquer les regrets dont il fut honoré dans la ville et dans sa maison. Il termina une longue et laborieuse vie dans les plus grands sentiments de religion.

Mare (honorable homme Pierre de la), procureur en court laye avant que l'Échiquier fût rendu stable et permanent à Rouen, géra la principauté du Palinod de cette ville en 1489, et y couronna Richard Bonne-Année. Une épitaphe de Guill. de la Mare aux Jacobins de Rouen en ce siècle fait croire que Pierre de la Mare pourrait y avoir sa sépulture.

Mare (Robert de la) est mentionné pour deux chants royaux dans le Recueil d'Adrien Boccage en 161 5, pages 47 et 56 ; l'un est sur Sennachérib , l'autre a pour refrain :

Au cœur d'un mort une parole vive.

Marescot (Guillaume de), conseiller du roi en ses conseils d'État et privé, maître des requêtes de son hôtel, Prince en i636 au Palinod de Rouen. Le nombre et les talents des auteurs connus et couronnés par ses mains font juger combien dut être brillante la fête de leur couronnement. Cependant on lit dans la Muse normande, de David Ferrand, que l'avarice du maître des Palinods de cette année i636 lit qu'il n'y eut point de trompettes. L'auteur David Ferrand en fit une complainte aux autres maîtres et la récita sur le Puv, le lendemain de la distri-

bulion des prix. Cetie complainte est un chant royal dont le refrain est :

Les Palinods deslogez sans trompettes

C'est presque la seule ligne qui soit en français intelligible : car le reste de la pièce ne l'est qu'au peuple de Rouen, dit purin, dont le poète saisissait parfaitement le patois et l'accent qui le rend si plaisamment grotesque. Quelques vers suffiront pour en donner une idée. C'est la fin de la première strophe :

Jay du grabusà me n'entendement ; Et che qui rend ma muse ainchi muette, Ch'est le dueil d'hier que furent nuitament Les palinods deslogez sans trompettes.

Cette citation, au reste, est moins pourK ridiculiser l'économie du Prince que pour faire connaître les anciens usages du Palinod au jour de la solennité et le lendemain (i).

Marescot [André], né à Duclair au pays de Caux, proche Jumiéges, en 17.. . (2), curé de Saint-Nicaise de

(1) Cette interprétation bénigne est en contradiction avec le titre même de la pièce : « L'avarice du maître des Palinods fit qu'il n'y eut point de trompettes. » {Muse Norm., t. II, p. 120.) M. Héron est du même avis, et nous apprend (Ibid., p. 389) que les frais de la fête, sans y comprendre le festin qui la terminait, montèrent à 5o livres, 4 sous.

(2) André Marescot est né en 1709. Les Marescot étaient une ancienne famille de robe. Leur maison se voit encore au Mesnilsous-Jumiéges.

Le curé de Saint-Nicaise mérita la colère des Nouvelles ecclcsiastiques (1740, p. 200), surtout parce qu'il faisait lire aux jeunes clercs les « comédies impies » des Jésuites.

Rouen, puis chanoine de la Cathédrale, mort le 22 juin 1780, fut couronné au Palinod de cette ville en 1 73 1 sous la principauté de M. de Louraille. L'allégorie qu'il présenta pour en obtenir le prix était sur la Chasteté de Suzanne, et Ton voit dans cette pièce latine le germe des grands talents qu'il développa dans la suite.

V. pour son cousin Phil. P. le journal de Normandie, 1788, i5 octobre (1), et pour André le même journal, 3o juin 1780 (2).

Marests (des), de Rouen, présenta au Puy de Caen, en 1667, un sonnet sur l'Etoile du matin, et y fut couronné. Il peut aussi avoir concouru au Palinod de Rouen.

Marguerite. Ce nom, qu'on ne sait si c'est celui d'un homme ou d'une femme, se trouve en 1544 dans le Recueil in-f° de cette année et de la suivante. C'était sous la principauté de Jacques le Lieur, au Palinod de Rouen ; et le chant royal ainsi signé, fait allusion au nom de ce Prince :

Le fort Lieur qui tout lye et deslye.

Marie (Geoffroy), avocat au Parlement de Rouen, se trouve mentionné dans un arrêt de cette cour en 1594,

(1) Sur Philibert Marescot, docteur en Sorbonne et vicaire-général, voir V Inventaire sommaire des Archives, G. I, p. 3i.

(2) Voici les principaux faits de cet article nécrologique :

Avant même qu'il fut prêtre, l'autorité archiépiscopale confia à l'abbé Marescot la direction des études des jeunes clercs. ( Voir la page intéressante que vient de publier M. Vabbé Favé dans la Normandie, V, 120.)

Nommé à la cure de Saint-Nicaise, « l'une des plus importantes de

concernant un ancien imprimé des statuts de l'association du Palinod provenant de la Bibliothèque du président Monfauld ; la signature de cet avocat se trouvait avec celle du Président à la fin de l'imprimé, avec la qualité de lecteur d'icelle confrairie, qui atteste l'ancien usage de faire lire les pièces des absents par quelqu'un des confrères, dont c'était la fonction.

Marie [Antoine), curé de Raffetot, après avoir fait des observations sur l'histoire naturelle dans la campagne qu1il habitait, mit en vers latins le résultat de ses réflexions. Celles dont il fit part au Palinod de Rouen étaient sur le Hêtre ; et l'allégorie qu'il présenta sur cette matière, lui mérita le Laurier en 1677 (1).

Marinel (Jean le), docteur en médecine à Rouen au xve siècle (2), était l'un des premiers juges du Palinod de cette ville, et le vingt-septième sur le tableau des Princes; avant lui il y avait un Robert le Marinel, conseiller du roi à l'Échiquier de 1474.

Marinier ( Jean-Baptiste ) , de Rouen , remporta en 1 763 un des prix du Palinod de cette ville pour une allégorie latine sur Louis XV.

la ville », il engagea son patrimoine pour secourir les pauvres. Comme chanoine, il réunit un grand nombre de chapelles à la mense des chapelains du chœur. Il rendit aussi des services signalés à l'administration de l'Hôtel-Dieu.

(1) On cite encore de cet abbé Marie un poème latin sur la grande procession du Saint Sacrement. Rouen, 1661 ; in-80.

(2) Est-il de la même famille que le médecin italien Giovanni Marinello, dont on cite un commentaire sur Hippocrate ?

Marius (Char les- Antoine- Jacques), né à Paris le 10 septembre 1723, curé de Saint-Lô, en 1766, mort à Paris le 2 5 septembre 1780, n'a pas été tout à fait dix ans juge au Palinod de Rouen, en vertu de son titre. Il avait de grands talents pour la prédication.

Marot {Jean), né à Mathieu près de Caen (1), en 1463 (et non en 1457), fut un des poètes français qui marquèrent avant et sous François Ier. Était déjà sur le déclin de l'âge, lorsqu'il entra dans la lice du Palinod de Rouen. C'était en i52i, sous la principauté de Guillebert Le Febvre, et pour un chant royal qui fut couronné (2) :

L'humanité joincte à divinité

en était le refrain; et cette ligne palinodique suffit pour [le] démêler parmi d'autres qu'on trouve à la fin de ses œuvres. L'abbé Goujet, qui entre dans de grands détails sur ce poète, ne parle pas de cette victoire tardive du poète de la très magnanime reine de France, Anne de Bretagne. Il est vrai que son héros avait assez d'autres titres à l'immortalité dans la république des lettres. 11 lui fut enlevé peu de temps après avoir cueilli le Lis au Palinod de Rouen, c'est-à-dire en 1 523.

Marot (Clément), fils du précédent, parut avec son père sur le même théâtre palinodique de Rouen et en la même année, mais avec moins de succès. Le chant royal qu'il composa alors (3) avait pour sujet et refrain :

La digne couche où le Roi reposa,

(1) Jal a prouvé que Jean Maret est né à Caen.

(2) Ce chant royal est dans Vidoue, f° 11, v°, aussi bien qu'un autre qui a pour refrain : « La porte close où péché n'eust entrée. »

(3) 11 se lit également dans les Palinods de Vidoue, f° 5-j, v°.

ce qui est représenté dans les miniatures du ms. de la bibliothèque du roi, où est conservée cette pièce, d'une manière très agréable. Le même esprit qui lui avait dicté cette poésie, et conduit sa plume dans la traduction des psaumes, l'inspira de même sur la fin de sa vie à écrire les deux chants royaux sur la Passion, qu'on trouve dans ses œuvres. Ils étaient destinés pour le Puy de la Passion, qui s'établit sur la paroisse Saint-Patrice à Rouen, en i 543 ; ce nouvel établissement réveilla sa muse chrétienne, et c'est alors qu'il composa le chant royal du « Pélican qui pour les siens se tue. » ( V. ses œuvres.)

Marquet ou Marquier, curé de Saint-Laurent de Rouen, possédait en sa bibliothèque un ms. in-f°, couvert de velours vert, et doré sur tranche, où étaient un grand nombre de chants royaux sur la Conception pour le Puy de Rouen ; sur l'Assomption et la Nativité pour le Puy de Dieppe. Les armes de François Ier sont à la tête du volume avec sa devise Nutrisco et extinguo. Ce Recueil est de 1 5 14, suivant la date du premier chant royal qui eut le second prix en cette année au Palinod. L'abbé Guiot fit acquisition de cet ouvrage, puis, vu ses déplacements, il en fit honneur à l'Académie dont il avait été le secrétaire.

Marquet (Julien), de Versailles, au Séminaire de Joyeuse, auteur d'une allégorie latine sur Calpurnius

(1) M. P. Le Verdier a publié, en 1891, dans le tome 1er des Mélanges de la Société de l'Histoire de Normandie, des « Documents relatifs à la Confrérie de la Passion », laquelle remonte en réalité à 1374, et devance ainsi de plus d'un quart de siècle l'institution parisienne de même nom.

pour laquelle il remporta le Laurier, symbole du premier prix.

Martin (Pierre), religieux de Bon-Port, et prieur de Notre-Dame du Val ( i ) .

L'abbaye de Bon- Port, proche Pont-de-P Arche, était encore assez loin d'être le berceau de F Anti-Lucrèce, quand elle avait un poète français parmi ses profès, et que ce cénobite concourut aux prix du Palinod de Rouen en 1626, et années suivantes. Pierre Martin y débuta par une ode française sur V Alcyon. Celle par où il finit, en i632, fut moins heureusement partagée, et au lieu du Miroir d'argent, il eut pour accessit PAnneau d'or. Elle était sur le Buisson ardent. L'année précédente, il réussit dans la ballade; celle qu'il présenta était sur

Le trésor exempt de la flamme,

et ce trésor était celui de la Sainte-Chapelle de Paris, qui dans l'incendie du Palais, fut alors conservé. Il s'était aussi exercé dans les stances dès 1626, et il remporta le Soleil. Elles sont remarquables par les comparaisons, à commencer par Pastre père du jour :

Oui, la Vierge est un jour que la grâce céleste Rend de ses feux divins .plus beaux que le soleil. Non; ce n'est point un jour, c'est une nuict funeste Qui assoupit les sens d'un languide sommeil.

Qu'ai-je dict, une nuict ? C'est une paix tranquille

Qui bannira le mal,, attirant le bonheur...

Une paix ? C'est plutôt une guerre civille

Qui ne promet que sang et n'annonce qu'horreur.

(1) Ce prieuré de Veules (arr. d'Yvetot, S.-Inf.) fut possédé plus tard par Farin, l'historien de Rouen.

Guerre! Non : je me trompe, une vie éternelle; Vie? non : je dis mieux; un passage au trépas; Car si c'est une vie, est-elle si mortelle ; Mais si c'est une mort, d'où viennent ses appas ?

La guerre en ses exploits n'est jamais si heureuse ; Non ; mais aussi la paix est sans calamité ! Jamais il ne fut nuict si claire et lumineuse, Non; mais aussi le jour n'a point d'obscurité.

Vierge, suggérez-moy quelque nouvel exemple; Je ne peux rien nommer qui ne soit imparfaict ; Ne m'en suggérez pas : mon âme vous contemple, Nuict et jour, guerre et paix, mort et vie en effet.

Vous êtes néanmoins en effects dissemblable : Pour le ciel un beau jour, pour l'enfer, une nuict ; La paix pour les humains, la guerre pour le diable, Une vie en la grâce, et la mort au délict.

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