Chapitre XVE
Du Cap d’Espérance et du lieu St. Martin, ct comme les Barques d'hommes Sauvages approchèrent de nos Barques, et ne se voulans retirer furent espouvantés de quelques coups de passe-volins et de nos dards, et comme ils s’enfuirent à grande hâte.
Le Cap de cette terre du Sud fut appellé Cap d'Espérance, pour l'espérance que nous avions d'y trouver passage. Le quatrième jour de Juillet allames le long de cette terre du côté du Nord pour trouver port, et entrames en un petit port et lieu tout ouvert vers le Sud, où n'y a aucun abri pour ee vent, et trouvames bon appeller le lieu Saint Martin, et demeurames R depuis le quatrième de Juillet jusques au douzième. Et pendant le temps que nous étions en ce lieu, allames le L imdi sixième de ce mois, après avoir oui la Messe, avec une de nos. barques pour découvrir un Cap et pointe de tere, qui en ctoit éloigné sept ou huit lieues du Côté d'Ouest, pour voir de quel côté se tournoit cette terre ;et étant à demie-licuë de la pointe, apperçumes deux bandes de barques d’hommes Sauvages qui passoient d’une terre à l’autre, ct étoient plus de quarante ou cinquante barques, desquelles une partie approchade cette pointe, et sauta en terre un grand nombre de ces gens faisans grand bruit, et nous faisoient signe qu’allassions à terre, montrans des peaux sur quelques bois ; mais d'autant que nous n'avions qu'une seule barque nous n'y voulumes aller, et navigames vers l’autre bande qui étoit en mer. Eux nous voyans fuir, ordonnèrent deux de leurs barques les plus grandes pour nous suivre, avec lesquelles se joignirent ensemble cinq autres de celles qui venoient du côté de mer, et tous s’approchèrent de notre barque sautans, et faisans signes d’allégresse, et de vouloir amitié, disans en leur langue, Na peu ton damen assur tah, et autres paroles que nous n'entendions, (*) Mais par ce que, comme nous avons dit,
(*) Belleforest interprête ceci : Nous voulons avoir ton amitié.” Je ne sçai d’où il la pris, mais aujourd’hui ils ne parlent plus ainsi.—L°Esrarbot.
Fe)
nous n'avions qu'une seule barque, nous ne voulumes nous fier en leurs signes, et leur donnames à entendre qu'ils se rotirassent, ce qu'ils ne voulurent faire, ains venoient avec une si grande furie vers nous, qu'aussitôt ils environnèrent notre barque avec les sept qu'ils avoient, Et parce que pour signes que nous fissions ils ne se vouloient retirer, lâchames deux passe-volans sur eux, dont épouvantés retournèrent vers la susdite pointe faisans très-grand bruit, ct demeurés là quelque peu, commencèrent derechef à venir vers nous comme devant, en sorte qu'étant approchés de la barque, décochames deux de nos dards au milieu d'eux, ce qui les épouvanta tellement, qu'ils commencèrent à fuir en grand'hate, ot n’y voulurent one plus revenir,