‹ Les trois voyages de Jacques Quartier au Canada en 1534, 1535 et 1540 [microforme]Chapitre 22 sur 82 · Chapitre XXEE · texte numérisé non relu

Chapitre XXEE

Des Caps St. Louis et de Montmorency, et de quelques autres Terres ; et comme une de nos barques ayant heurtée contre un écueil ne laissa de passer outre.

‘ous allames done le long de cette terre qui est, comme nous avons dit, située au Su-Est et Nor-Ouest, et deux Jours après nous vimes un

autre Cap où la terre commence à se tourner vers l'Est, et allames [e long d’icelle quelque seize lieues, et de Rà cette terre commence à tourner vers le Nord, et à trois lieues de ce Cap y a fond de vingt-quatre brasses de plomb. Ces terres sont plattes, et les plus découvertes de bois que nous ayons encore pu voir : il y à de belles prairies et cam. pagnes très-vertes. Ce Cap fut nommé Cap de Saint Louis, pour ce qu’en ce jour l’on célébroit sa fête, et est au quarante-neuvième dégré et demi de latitude, et de longitude, ,.,. Ce jour au matin, nous étions vers l'Est de ce Cap, et allames vers Nor-Ouest pour approcher de cette terre, étant presque nuit, et trouvames qu'elle regardoit le Nord et le Sud. Depuis ce Cap de Saint Louis Jusques à un autre, nommé le Cap de Montmorenci, y a quelques quinze lieuës, la terre commence à tourner vers Nor-Ouest, Nous voulumes sonder le fond à trois licuës près de ce Cap ; mais nous ne le pumes trouver avec cent cinquante brasses, et pour ee allames le long de cette terre environ dix lieuës jusqu'à la latitude de cinquante dégrés.

Le Samedi ensuivant étant le premier jour d’Août, au lever du Soleil connumes et vimes d’autres terres qui nous restoient du côté du Nord et Nord-Est, lesquelles étoient très-hautes et coupées, et sembloient être montagnes, entre lesquelles il y avoient d'autres terres basses ayans bois et rivières. Nous passames autour de ces terres tant d’un côté que d'autre tirans vers Nor-Oucst, pour voir s’il y avoit quelque Golfe ou bien quelque passage. D’une terre à l’autre y à environ quinze licuës, et le mitan est au cinquante et un tiers dégré de latitude, et nous fut trèsdifficile de pouvoir faire plus de cinq lieuës à cause de la marée qui nous étoit contraire et des grands vents qui y sont ordinairement. Nous ne passames outre les cinq lieuës d’où l’on voyoit aisément la terre de part en part, laquelle commence là à s’élargir. Mais d'autant que nous ne faisions autre chose qu’aller et venir selon le vent, nous tirames pour cette raisor v-rs la terre pour tâcher de gâgner un Cap vers le Sud, qui étoit le plus loin et le plus avancé en mer que nous pussions découvrir, et étoit distant de nous environ quinze lieuës : mais étans proches de là, trouvames que c’étoient rochers, pierres et écucils, ce que nous n'avions encore point trouvé aux lieux où nous avions été auparavant vers le Sud, depuis le Cap Saint Jean ; et pour lors étoit la marée qui nous portoit contre le vent vers l'Ouest. De manière que navigans le long de cette côte, une de nos barques heurta contre un éeueil, et ne laissa de passer outre, mais il nous fallut tous sortir hors pour la mettre à la marée,

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DE JACQUES QUARTIER. 2] Chapitre XNMSEN,

Comme ayant consulté ce qui estoit le plus expédient de faire, nous délibérasmes notre retour; du Détroit de St. Pierre, et du Cap de Tiennot.

Ayans navigué le long de cette côte environ deux heures, la marée survint avec telle impétuosité qu'il ne nous fut jamais possible de passer avec treize avirons outre la longueur d’un jet de pierre; si bien qu’il nous fallut quitter les barques et y laisser partie de nos gens pour la garde, et marcher par terre quelque dix ou douze licuës jusqu'à ce Cap, où nous trouvames que cette terre commence à à s'abbaisser vers Sur- Ouest. Ce qu’ayans vus, et étans retournés à nos barques, revinmes À nos navires qui étoient ja à la voile qui pensoient toujours pouvoir passer outre : mais ils étoient avallés à cause du vent de plus de quatre lieuës du lieu où nous les avions laissés, ou étans arrivés fimes assembler tous les Capitaines, mariniers, maitres et compagnons pour avoir l'avis et conseil de ce qui étoit le plus expédient à faire. Mais après qu'un chacun eut parlé, l’on considéra que les grands vents d'Est commençoient à régner ct devenir violents, et que le flot étoit si grand que nous ne faisions plus que ravaller, et qu’il n'étoit possible pour lors de gâgner aucune chose : même que les tempêtes commencoient à s'élever en cette saison en la Terre-Neuve, que nous étions de lointain païs, et ne savions les hazards et dangers du retour, et pour ce qu'il étoit temps de se retirer, ou bien s'arrêter là pour tout le reste de l’année, Outre cela, nous discourions en cette sorte : que si un changement de vent de Nord nous surprenoit, il ne seroit possible de partir, Lesquels avis ouïs et bien considérés, nous firent entrer en délibération certaine de nous en retourner, Et pour ce que le jour de la fête de Saint Pierre nous entrames en ce Détroit, nous l'appellames à cette occasion Détroit de Saint Pierre, (*) où ayant jeté la sonde en plusieurs lieux, trouvames en aucun cent cinquante brasses, autres cent, ct près de terre, soixante avec bon fond. Depuis ce jour jusqu'au Mercredi nous eumes vent à souhait, et cireuimes la dite terre du côté du Nord, Est-Sud-Ouest, Ouest et Nor-Ouest : car telle est son assiette, hormis la longueur d’un Cap de terres basses qui est plus tourné vers Su-Est, éloigné à environ vingt-cinq lieuës du dit détroit, En ce lieu nous vimes de la fumée qui étoit faite par les gens de ce païs au-dessus de ce Cap, mais pour ce que le vent ne cingloit vers la côte nous ne les accostames point, et eux voyans que nous n'approchions d'eux, douze de leurs hommes vinrent à

nous avec deux barques, lesquels s'accostérent aussi Hbrement de nous

(+) Le Détroit entre le Cap Gaspé et Pfsle d'Anticosti

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