‹ Les Tropes de DumarsaisChapitre 11 sur 57 · VI. La Syntaxe · texte numérisé non relu

VI. La Syntaxe

VII. Enfin la conoissance des diférens sens dans lesquels un même mot est employé dans une même langue. La conoissance de ces diférens sens est nécessaire, pour avoir une véritable intelligence des mots , en tant que signes de nos pensées : ainsi j'ai cru qu'un traité sur ce point apartenoit à la Grammaire; et qu'il ne faloit pas atendre que

yj AVER TIS SEMENT, les enfans eussent passé sept ou huit ans dans Tétude du latin, pour leur aprendre ce que c'est que le sens propre et le sens figuré, et ce qu'on entend par M- taphore ou par Métonymie.

On ne peut faire aucune question sur les mots, qui ne puisse être réduite sous quelqu'un de ces sept articles. Tel est le plan que je me suis fait, il y a longtems, de la Grammaire.

Mais, quoique ces diférentes parties soient liées entre elles, de telle sorte qu'en les réunissant toutes ensemble , elles forment un tout qu'on apéle Grammaire ; cependant chacune en particulier ne supose nécessairement que les conoissances qu'on a aquises par l'usage de la vie.

11 n'y a guère que les préliminaires de la syntaxe qui doivent précéder nécessairement la syn-

AVERTISSEMENT. vij taxe; les autres parties peuvent aler assez indiférament Tune avant l'autre : ainsi cette partie de Grammaire que je done aujourd'hui , ne suposant point les autres parties, et pouvant facilement y être ajoutée, doit être regardée corne un traité particulier sur les tropes et sur les diférens sens dans lesquels on peut prendre un même mot.

Nous avons des traités particuliers sur l'ortographe , sur la prosodie ou quantité, sur la syntaxe, &c. : en voici un sur les tropes.

Je rapèle quelquefois dans ce traité certains points, en disant que j'en ai parlé pins au long ou dans la syntaxe , ou dans quelqu'autre partie de la Grammaire; on doit me pardonner de renvoyer ainsi à des ouvrages qui ne sont point encore impri-

vUj AVER TIS S EMENT.

mes, parce qu'en ces ocasions je ne dis rien qu'on ne puisse bien entendre sans avoir recours aux endroits que je rapèle, j'ai cru que puisque les autres parlies suivront celle-ci , il y auroit plus d'ordre et de liaison entre elles , à suposer pour quelque tems ce que j'espère qui arivera.

AT'^ER TISSEMENT.

X EU de tems après que ce Livre parut pour la première fois , je rencontrai par hasard un home riche qui sortoit d'une maison pour entrer dans son carosse Je viens ^ me dit-il en passant, d'entendre dire beaucoup de bien de votre Histoire des Tropes. Il crut que les Tropcs éioient un peuple. Cette aventure me fit faire réflexion à ce que bien d'autres pcrsones m'avoient déjà dit, que le titre de ce Livre n'étoit pas entendu de tout le monde ; mais après y avoir bien pensé, j'ai vu qu'on en pouvoit dire autant d'un grand nombre d'autres ouvi c;ges auxquels les Auteurs ont conservé le nom propre de la Science ou de l'Art dont ils ont traité.

X ylFERTISSEMENT. .

D'ailleurs, le mot de Tropes n'est pas un terme que j'aie inventé , c'est un mot conu de toutes les persones qui ont fait le cours ordinaire des études , et les autres qui étudient les belles-Lettres françoises trouvent ce mot dans toutes nos Rhétoriques.

Il n'y a point de Science ni d'Art qui ne soit désigné par un nom particulier, et qui n'ait des termes consacrés , inconus aux persones à qui ces Sciences et ces Arts sont étrangers.

Les termes servent à abréger, à mettre de l'ordre et de la précision , quand une fois ils sont expliqués et entendus. Seulement la bienséance , et ce qu'on apèle Vapropos , exigent qu'on ne fasse usage de ces termes qu'avec des persones qui sont en état de les entendre ,

'A FER TISSEMENT. aj ou qui veulent s'en instruire , ou enfin quand il s'agit de la doctrine à laquelle ils apartièiient.

J'ai ajouté dans cette nouvelle édition, l'explication des noms que les Grammairiens douent aux autres figures, tant à celles qu^ils apélent figures de dictions y dictionuni figurœ , qu'à celles qu'ils noment figures de "pensées f figurœ sententiaruni.

Cette addition ne sera pas inutile, du moins à une sorte de persones, et pour le prouver, je vais raconter en peu de mots ce qui y a doné lieu.

J'alai voir il y a quelque tems un jeune home qui a bon esprit, et qui a aquis avec l'âge assez de lumières et d'expérience pour sentir qu'il lui seroit utile de revenir sur ses pas , et de relire les Auteurs classi-

xij AVERTISSEMENT, ques. Les jeunes gens qui coinencent leurs éludes , et qui en fournissent la carrière , n'ont pas encore assez de consistance , du moins comunément , pour être touchés des beautés des Auteurs qu'on leur fait lire , ni même pour en saisir le sens.

Il seroit à souhaiter que le goût des plaisirs et les ocupatîons de leur état leur laissassent le loisird'imiter le jeune home dont je parle.

Je le trouvai sur Horace. II avoit sur son bureau l'Horace de M. Dacier, celui du P. Sari adon , et celui des T^arïorimi avec les notes de Jean Bon.

U en étoit à rode XIII. du V^. Livre Horrida tempestas.

Horace au troisième vers nunc mare y nunc sylvœ y fait ce dernier mot de trois syllabes sylu-se. M. D acier ne fait aucune.

AVERTISSEMENT, xiij

remarque sur ce vers ; le Père Sanadon se contente de dire qn* Horace a fait ce mot de trois syllabes , et que ce n^est pas la première fois que ce Poète Va employé ainsi. Jean Bon ajoute qu'Horace a foit ce mot de trois syllabes par Diérèse, per Diœresin. Mais qu'est-ce que faire un mot de trois syllabes par Diérèse? C'est ce que Jean Bon n'explique pas, me dit ce jeune home. Y a-t-il là quelque mystère ? Ne vous en dit -il pas assez j lui répliquai-je , quand il vous dit que le mot est ici de trois syllabes? Oui, me répondit-il, si le Comentateur en demeuroit-là; mais il ajoute que c'est par Diérèse, et voilà ce que je n'entends point. Dans un autre endroit il dit que c'est par aphérèse, ailleurs par Epenihèse ^ &LC,

xi^ AVERTISSEMENT,

Je voudrois bien, ajouta le jeune home , que puisque ces 'termes sont en usage chez les Grammairiens , ils fussent expliqués dans quelque recueil où je puisse avoir recours au besoin. Ce fut ce qui me fit venir la pensée d'ajouter l'explication de ces termes à celles des Tropes.

Come les Géomètres ont doué des noms particuliers aux diférentes sortes d'angles, de triangles et de figures géométriques , angle obtus , angle adjacent , angles verticaux , triangle isoscèle ^ triangle oxigojie , triangle scalène^ triangle amblygone,&iQ, de même les Grammairiens ont doné des noms particuliers aux divers changemens qui arivent aux lettres et aux syllabes des mots. Le mot ne paroîtpas alors sous saform.e ordinaire, il prend,

A VE R TIS S E MENT, xv pour ainsi-dire , une nouvelle figure à laquelle les Grammairiens donent un nom particulier. J'ai cru qu'il ne seroit pas inutile d'expliquer ici ces diterentes figures , en faveur des • jeunes gens , qui ea trouvent souvent les noms dans leurs lectures , sans y trouver l'explication de ces noms.

On me dira peut-être que je m'arète ici quelquefois à des choses trop aisées et trop comunes. Mais les jeunes gens , pour qui principalement ce livre a été fait, ne viènent pas dans le monde avec la conoissance des choses comunes , ils ont besoin de les aprendre, et l'on doit les leur montrer avec soin , si l'on veut les faire passer à la conoisscince de celles qui sont plus difficiles et plus élevées , parce que celles - ci suposent

xvj A FER TIS SEMENT.

nécessairement celles-là. C'est dans le discernement de la liaison , de la dépendance, de l'enchaînement et de la subordination des conoissances , que consiste le talent du maître.

D'autres au contraire trouveront que ce Traité contient des réflexions qui sont au-dessus de la portée des jeimes gens , mais je les suplie d'observer que je supose toujours que les jeunes genb ont des maîtres. Mon objet est que les maîtres trouvent dans cet ouvrage les réflexions et les exemples dont ils peuvent avoir besoin , si ce n'est pour euxmêmes , au moins pour leurs élèves. C'est ensuite aux maîtres à régler l'usage de cts réflexions et de ces exemples , selon les lumières , les talens et la portée de l'esprit de leurs disciples.

C'est cette conduite qui écarte

AVERTISSEMENT, xvij les épines , qui donc le goût des lettres ; de-là l'amour de la lecture, d'où naît nécessairement rinstruc'tion, et l'instruction fait le bon citoyen , quand un intérêt sordide et mal entendu n'y forme pas d'oposition.

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