LES TROPES D'HOMERE
BXnAlT DE CETTE PlRTlZ DE LÀ. TIE D*H0MÈRE,
Par DENYS D'HALICARNASSE,
Qui roule sur les Tropes ou les Figures de Mots , dont le premier modèle se trouve , suii^ant lui , dans les deux poèmes <f Homère.
Dents d^Halicarnasse est regardé comme l'auteur d'utie -vie d*HoHÈRE, qui est un panëgyrique raisonné de xce grand poète, source primitiye de toutes les belles connaissances ou , comme dit Macrobe , de toutes les inventions divines '.
Nous ne connaissons point de traduction framçaise de ce précieux morceau de littérature ancienne. Nous croyons devoir en extraire ce qui a rapport au sujet de ce poëme » non pas en en donnant une version littérale , mais en prenant la fleur des remarques du rhéteur grec , et en y joignant celles qu'elles ont pu nous suggérer à nous-mêmes» pour compléter l'instruction sur cette partie si essentielle » et si superficiellement traitée jusqu'à présent, de la grammaire et de la rhétorique.
Deitts d'Halicarnasse commence par observer que le
* Divinaruni omnium inventionum origo.
Magrob. , Sttumal.
pLimc regarde aussi HoM t&E comme la source du génie , fontem in" geniorum. âristote avait dit qu*HoiikRK était le seul auteur qui eût tlesptavles viuanies.
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mots par les premiers, auteurs des langues. Les mots que Ton invente lui paraissent semblables à une maison faite à neuf. Ceux qui sont dëriT^s lui rappellent une maison déjà construite et à laquelle on ajoute un pavillon , une façade, etc. Enfin, ceux qui sont composés de mots déjà connus et que l'on incorpore ensemble , peuvent se comparer avec deux maisons contigues dont on fait un seul Bâtiment par la destruction de leur mur mitoyen.
A cet égard , la langue grecque a eu un privilège qui n'appartient qu'à elle seule, c'est quelle a commencé par les deux chefs-d'œuvre d'floMÈRE.
Feu M. l'abbé AtHAon a développé cette importante vérité dans un beau Mémoire sur la prose grecque, première partie. Des mots , de leur choix , de leur arrangement et de leurs figures. ( Académie des inscriptions et belles-lettres, tom. , p.xu 385.)
«( Chez les Romains , chez les Grecs , chez les Orientaux ,. chez les nations du Nord , et vraisemblablement chez tons les peuples de la terre , le vers a long -temps précédé la prose. Avant qu'on eût découvert l'art admirable de fixer «t de peindre les sons articulés de la voix , le seul moyen de transmettre à la postérité les enseignemens utiles et les événemens mémorables , était d'enfermer la parole dans une mesure déterminée, et de lui prescrire des mouvemens cadencés et harmonieux , qui réunissent le double avantage de la faire entrer plus aisément dans la mémoire et de l'y conserver plus long-temps.
» Mais à quelque nation, à quelque siècle qu'appartiennent les monumens de ce genre que le temps a respectés , il n'en est aucun, pour la grandeur des sujets , du plan et de l'ordonnance , pour le succès de l'ouvrage , pour la variété des objets, pour l'abondance et la politesse de la langue, pour l'élégance et l'harmonie des vers ; il n'en est aucun , dis-je , qui puisse être mis en comparaison avec les poèmes
d'HoMÈRB.
d'homére. io5
» Ce poète n'aTait pas seulement enrichi sa langue d'un grand nombre de mots ; mais, par la manière dont il arait su les placer et les arranger , par les fonctions qu'il leur avait prescrites , par la Tërité des représentations qu'il leur avait imprimées , il avait fait du corps de la langue un ensemble régulier et organisé , dont toutes les parties , enchatnées les unes aux autres , conservaient entre elles le rapport qui se fait remarquer dans la composition et la marche de Tunivers. »
Nous n avons pas été si heureux que les Grecs ; cependant, nos premiers poètes, jugeant mal les ressources et le génie de notre langue , avaient Fambition de modeler leurs termes sur les Onomatopées et la formation des mots de la langue d'floMÈRE. Dans leurs drames, ils s'efforçaient de donner à leurs personnages des noms qu'ils composaient de plusieurs autres noms , et qu'ils croyaient rendre plus forts par leur juxta position. C'étaient Faux-semblant » Male-bouche , Bel-accueil , Bonne-compagnie , Je bois-àvous , Je pleige-d'autant , Malin-Touloir , etc.
Ronsard et du Bartâs , tous les deux trés-savans , formaient aussi des mots , tantôt d'après l'analogie , par laquelle RonsARD a cru qu'il pouvait faire planer les monts et mont€igner les plaines , et ou Bartâs a dit de Dieu qu'il sceptre les pasteurs et desceptre les Rois ; et tantôt par des périphrases, uu Bartas en a un grand nombre, qu'il paratt avoir combinées avec la plus grande recherche.
Apollon j porte«|our ; Hernie^ guide-navire ; Mercure , échelle-ciel , inTent* art , aime-lyre.
S'il parle des fruits , il entasse
La figue jette-lait , la cerise pourprée , LVilive appétissante et la prune sucrée.
Quand il apostrophe la terre , il lui donne plusieurs de ces épithètes factices :
Je te salue, 6 terre, ft terre portve-grains , Porte<or, porte-aanté, porte-liabits , porte-humains,
I06 l'Es TAOPSS
Porte-fruits, porte-tours, ronde, belle, immobile, Patiente, diverse, odorante, fertile, etc. , etc.
Il appelle TEurope ,
La terre ingénieuse , «ûpe-lois , port^-toufs , A qui JupÏA donna le nom de «es aaMMirs.
Enfin, il redouUe d'efibrt» pour noLieuM peindre la guerre :
Le guerre vient eprès , casse-lois, easse-mœurs, Rase-forts , yerse-sang , brûle-hôtek , aime-pleurs.
Ces créations malheureuses, quoiqu'elles ne soient dépourvues ni de sens, ni d'esprit, n'ont fait que retarder l'essor et les progrès de la langue française. Cependant il fiiut remarquer que la traduction des poèmes de nn Baetâs en rers latins , conserre ces mêmes tournures baroques et les rend supportables , de manière que la Semaine ^ de ce poète singulier, est encore estimée des savans étrangers, tandis qu'on ne saurait la lire dans son texte français.
La Fontaine est presque le seul de nos poètes du grand siècle qui ait réussi à former , et qui ait fait passer dans le genre badin et naïf de ses Fables , quelques mots composés et quelques épithétes à l'imitation d'HouiiE. Voyez, quant aux mots composés , ces vers que chacun sait par cœur : La cent trotte-menu s*en vient chercher sa perte.