‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 80 sur 83 · ALFONSE X, ROI · texte numérisé non relu

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entouré de troubadours.

méridionale de la fin du x siècle et visiter ses derniers foyers.

Toulouse était, à cette époque. une capitale intellectuelle, dont l'influence rayonnait au loin. Et quand il s’y fonda une des premières associations littéraires qu’ait connues le monde moderne, on y retrouva comme un écho vivant de toute la littérature du Midi. Or cette littérature, qui était devenue surtout satirique, didactique ou morale, avait subi une autre évolution. Le sirventés s'était transformé, la chanson aussi, et pour ainsi dire parallèlement. Pendant que Montanhagol, Guilhem Anelier et Guilhem Figueira ou Peire Cardenal s’attaquaient aux mauvais prêtres et aux moines ambitieux et cupides, d’autres troubadours, comme Folquet de Lunel ou Guiraut Riquier, chantaient une femme idéale, dont le culte naissait et se développait, celle qui est « bénie entre toutes les femmes », la Vierge, la « Vierge de Miséricorde ».

Le nom de la Vierge apparaît rarement, au xn siècle, dans les poésies religieuses des troubadours. Peire Cardenal, le violent satirique qui compare les Frères-Prêcheurs aux vautours avides de « chair puante », est un des premiers à écrire en l’honneur de la Mère du Christ‘. Après lui le nombre

1. Voir la belle poésie : Vera vergena... Anthologie des Troubadours, p. 166.

de ces compositions va en augmentant jusqu’à la fin du x siècle.

Ce fait est une preuve de l’influence exercée par les disciples de saint. Dominique. La confrérie du Rosaire, ou une confrérie semblable, avait été fondée en même temps que l’Inquisition, et le culte particulier de la Vierge s’était rapidement développé. On connaît les causes de ce développement. Ce culte se présentait avec un charme et une grâce que celui de la Trinité ou même celui du Christ n'offraient pas au même degré.

La Vierge était l'intermédiaire entre les hommes et son fils, le Christ. « Dieu était trop redoutable pour qu’on pt arriver jusqu’à lui; le Saint-Esprit était une abstraction inaccessible à l’esprit de la foule. Jésus, en dépit de son amour sans bornes et de son sacrifice volontaire, était trop souvent invoqué comme Juge. » « La Vierge, dit Pierre de Blois, est la seule médiatrice entre l’homme et le Christ. Nous étions des pécheurs et nous redoutions de faire appel au Père, car il est terrible; mais nous avons la Vierge, en qui il.n’y a rien de terrible, car elle est la plénitude de la grâce et de la pureté'. » C’est ainsi que les poésies à la Vierge se multiplièrent sous l’œil bienveillant de l'Eglise,

1. LEA, Hist. de l'Inquisilion, trad. Reïinach, Ill, p. 597; cf. J. ANGLADE, Le troubadour Guiraut Riquier, p. 285.

De LL.

jusqu’au jour où clles devinrent la seule poésie permise ou du moins la seule qui eût des chances de plaire.

COXTRE-SCEAU D’ALFONSE DE POITIERS (Croix DE TOULOUSE).

Seulement la littérature méridionale n'avait plus la vie nécessaire pour créer les formes nouvelles qui convenaient à ce genre nouveau; la lyrique religieuse prit la forme de la lyrique profane. La transformation ne fut pas difficile. Ce ne fut qu'un jeu pour les troubadours de chanter la Vierge, la Dame, Dona, par excellence. La lyrique courtoise, si raffinée, n'eut pas de peine à s’habituer à cette direction nouvelle.

Elle en eut d’autant moins que les troubadours

de la décadence avaient exagéré la théorie de l’amour courtois, au point qu'il n’avait plus rien de terrestre; il devenait de plus en plus spirituel et même mystique avec Montanhagol et ses contemporains. Ces chansons à la Vierge furent un produit normal de cette époque; elles marquent le terme de l’évolution à laquelle aboutit la théorie amoureuse des troubadours!.

Demandons-nous maintenant dans quels centres a fleuri cette poésie ainsi transformée. La poésie religieuse brillait à Narbonne, avec Guiraut Riquier ; elle était représentée à Lunel par le troubadour Folquet; elle florissait surtout à Béziers, où vivaient Bernart d’Auriac et Matfre Ermengaut.

Mais un des centres littéraires les plus importants du Midi languedocien était alors Rodez. Rodez avait été, déjà pendant le xrri° siècle, un centre poétique. Les comtes ne dédaignaient pas de «tensonner » avec les troubadours, et ils leur offrirent asile jusqu'au commencement du xiv* siècle. C’est autour du comte Hugues IV et surtout de Henri II que se rencontrèrent la plupart des troubadours de la décadence; et c’est là qu’eut lieu un des premiers concours académiques du Moyen âge.

1. Voir les poésies à la Vicrge de Peire Cardenal et autres dans J. ANGLADE, Les Troubadours, pp. 210, 218, etc.

Quatre troubadours y prirent part. Il s'agissait d'expliquer une poésie allégorique sur l’amour due à un troubadour de l’époque classique, Guiraut de Calanson:. Guiraut Riquier y obtint le prix. Sa composition nous a été conservée. Elle est intéressante surtout parce qu’elle nous montre les préoccupations morales et religieuses de la dernière société méridionale où l’on se soit intéressé, à la fin du x siècle, à la poésie. Riquier distingue trois sortes d'amour : l'amour naturel (amour des parents), l’amour des amants, et l'amour divin. C'est ce dernier qui a ses préférences ; il souhaite de voir le palais élevé, où il jouira « de la paix sans fin, de l’amour sans restriction, des biens parfaits sans dommage, du plaisir sans tristesse et de la joie sans désirs ».

Or n'oublions pas que cette interprétation d’une poésie profane obtint le prix sur toutes les autres compositions : l’amour divin l’emportait définitivement sur l’amour péché. C’est un fait sur lequel il importe d’insister, si on veut juger la société méridionale de la fin du xx siècle et du début du xive et si l’on veut comprendre l'esprit qui animait les fondateurs du Consistoire du Gai Savoir*.

C'est l’esprit qui animait ce que nous avons cru

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