DE L'AMNÉSIE COMME PHÉNOMÈNE ACCESSOIRE OU EXPLICATIF
Sommaire : Amnésie dans l'hystérie. - Neurasthénie. - Amnésie verbale. - Perle de la notion de temps. - Folie dn doute -
Stupeur S«~ VfSanieS- - M;inifi- ~ Môlancoïïe btupeur. — Folie circulaire. — Délire fébrile.
Outre l'intérêt, au point de vue du diagnostic et du pronostic, qu'il y a à rechercher l'amnésie lorsqu'elle n'est pas évidente ou ne lient pas une grande place dans le tableau symptomatique d'une affection, — choses que nous avons suffisamment examinées dans le coin-, de cette étude, - il est encore intéressant de rechercher quel rôle elle peut avoir dans la pathogénie de certains troubles nerveux, et l'influence qu'elle a sur leur évolution.
D'après ce que nous avons dit de l'amnésie hystérique, c'est dans l'hystérie qu'on rencontre le plus fréquemment le type de l'amnésie fonctionnelle. Mais ce n'est pas seulement lorsque l'amnésie se manifeste après Jes états seconds, de somnamhulisme spontané ou hypnotique, les attaques, etc., qu'on la retrouve. Le défaut de synthèse des images passées qui explique l'amnésie, explique aussi les anesthésies, les paralysie* psychiques, l'abasie et l'astasie, le mutisme hystérique, la dyschromatopsie, le rétrécissement du champ visuel, etc. L'hystérie se résume, en effet, dans deux
grands phénomènes : défaut de synthèse psychique et automatisme, celui-ci étant le corollaire obligé de celui-là.
J'ai déjà trop insisté sur le mécanisme de l'amnésie fonctionnelle et sur l'amnésie hystérique pour reprendre l'exposé détaillé de celle opinion, qu'on trouvera tout au long dans le livre de M. Pierre Janet avec lequel je suis complètement d'accord sur le mécanisme psychologique des phénomènes hystériques, en spécifiant bien toutefois que la production de ces phénomènes n'est pas exclusive à l'hystérie, mais peut se rencontrer dans d'autres affections psychiques. C'est ainsi, du reste, qu'on pourra arriver à en saisir la cause intime. Car si, dans une machine, il est utile de connaître la façon dont le mécanisme fonctionne, il n'est pas moins important de savoir quel est le moyen de la mettre en mouvement. Or, là-dessus, nous en sommes réduits à des hypothèses plus ou moins vraisemblables et qui sont avant tout du ressort de la physiologie.
Que le défaut de synthèse soit un phénomène d'épuisement ou d'inhibition, que l'automatisme tienne à une excitabilité plus grande des éléments nerveux, à. un état de faiblesse irritable comme on a dit, c'est possible, mais cela reste à prouver.
Quoi qu'il en soit de l'explication physiologique, le fait n'en subsiste pas moins. Si le défaut de synthèse psychique et l'automatisme se montrent clans leur plus grand développement dans l'hystérie, telle qu'on l'entend cliniquement, il est nécessaire de dire qu'on les rencontre ailleurs.
Et si alors on arrive à découvrir la pathogénie de l'affection où ils se montrent, on pourra espérer arriver à connaître leur véritable cause. C'est pourquoi
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je veux signaler rapidement certains cas où l'on peut rencontrer ces phénomènes.
Dans la neurasthénie, par exemple, qui s'associe si fréquemment à l'hystérie et qui se développe souvent, à la suite des mêmes causes, — comme l'hystéro-neurasthénie traumatique, — on voit, à côté des phénomènes d'épuisement qui caractérisent cet état, un automatisme psychologique très développé. Les neurasthéniques ont sans cesse l'esprit en mouvement, et les idées s'associent continuellement avecune grande rapidité. Souvent même ils ne se contentent pas de penser, ils expriment leurs pensées et ont un verbiage fatigant. Tous ceux qui ont soigné des neurasthéniques savent avec quelle prolixité ils racontent leurs sensations et les explications qu'ils s'en sont faites.
Mais on remarque souvent un trouble du langage que Beard a signalé, une véritable dyslalie neurasthénique qui n'est en réalité qu'une amnésie verbale. Les malades qui le présentent trouvent difficilement leurs mots, ils hésitent, cherchent lemotconvenable, en emploient quelquefois plusieurs qui s'en rapprochent soit comme consonnance, soit comme sens. Quelquefois, ils ont une sorte de paraphasie, appelant les objets par un autre nom que le nom propre. Tous ces troubles, qui apparaissent avec les paroxysmes neurasthéniques et disparaissent avec eux, ne sont pas autre chose que des troubles paramnésiques du langage. Mais ce qui s'observe pour le langage s'observe également pour la mémoire des faits et des idées, et on peut trouver chez certains neurasthéniques une diminution générale de la mémoire. L'amnésie porte surtout sur les faits récents et particulièrement sur ceux qui sont survenus depuis le début
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de leur maladie. Ceci explique comment ils redemandent sans cesse la môme chose, comment ils ont l'air d'entendre pour la première t'ois un raisonnement fait pour La vingtième fois pour détruire leurs interprétations des troubles qu'ils présentent. Les faits, les idées ne font qu'une impression peu profonde sur eux par suite de leur état d'épuisement nerveux, en même temps que l'attention, qui est un des éléments de fixation des images est très instable, du fait également de cet épuisement.
Un trouble amnésique que j'ai observé fréquemment chez les neurasthéniques, c'est la perte de la notion du temps écoulé. Les jours succèdent aux jours sans leur laisser grande impression et lorsqu'ils considèrent le temps qu'ils ont passé depuis un événement bien déterminé, ils sont tout étonnés de sa longueur. Le temps qui passe leur paraît long parce qu'une grande quantité d'idées se succèdent dans leur esprit; le temps écoulé leur paraît très court parce que les idées et les impressions journalières n'ont pas laissé d'empreintes. C'est un phénomène très frappant chez des neurasthéniques traités par l'isolement, et qui se manifeste d'une manière très évidente quand la convalescence commence. C'est même un bon signe précurseur pratique de guérison que cette constatation que fait le malade lui-même de son défaut d'appréciation du temps et de la possibilité qu'il a de nouveau de le mesurer exactement.
Certains neurasthéniques présentent également un certain degré de dédoublement de la personnalité, mais ils ne s'aperçoivent du changement qui se produit en eux que lorsque l'état normal revient, probablement parce que, sous l'influence du traitement, ils passent plus rapidement de l'état de maladie cà l'état normal,
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qu'ils n'avaient passé de l'état de santé à celui de maladie. Quoi qu'il en soit, à mesure qu'ils entrenl en con valescence, ils deviennent de moins en moins à même de vous raconter leurs sensations passées, qui leur paraissent alors très lointaines. Il leur semble que ce n'est pas leur moi actuel qui les a ressenties. Parfois même ils se surprennent à sentir en eux deux moi, l'un agissant malgré eux et l'autre en spectateur. Ils ont conscience de leur dédoublement.
On pourrait, comme pour l'hystérie, rattacher à l'amnésie, ou pour mieux dire au défaut cle synthèse, certains phénomènes, atténués il est vrai, de parésiesi d'aboulie, etc. Il serait déplacé, je crois, d'y insister ici et cela nous entraînerait trop loin. Mais étant donné l'état d'épuisement qui caractérise la neurasthénie, étal qui s'associe du reste à un certain degré d'automatisme, il est intéressant d'y relever l'existence de l'amnésie dont la cause s'éclaire d'autant.
Il est tout naturel de rapprocher de la neurasthénie la folie du doute dont un grand nombre de manifestations sont regardées de plus en plus par certains auteurs comme de nature neurasthénique, opinion qui paraît en effet très acceptable.
Je ne crois pas qu'on ait fait jouer un rôle à la mémoire dans cette forme d'aliénation mentale. Je crois cependant qu'il y a lieu de lui accorder une certaine attention, au moins dans certaines formes où il y a non pas crainte, comme dans le délire du toucher, — l'agoraphobie, la claustrophobie et toutes les phobies variées qu'on a décrites, —mais véritablement doute, hésitation à être certain qu'une chose est ou non arrivée. Nous avons déjà vu que cette certitude est un des caractères
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du souvenir parfait, et nous avons vu que, clans les cas où cette certitude faisait défaut, il y avait paramnésie de certitude. Or, la folie du doute rentre dans cette catégorie de troubles de la mémoire.
Il y a, du reste, à distinguer plusieurs formes dans la folie du doute, formes qu'on n'a pas suffisamment distinguées à mon avis, et qui sont confondues dans la description d'ensemble qu'on en fait habituellement :
■1° Le doute peut exister à l'égard de choses à venir, d'un parti à prendre, d'un choix à faire. Dans ces cas, il ne saurait évidemment être question de troubles de la mémoire, puisqu'il s'agit du futur et non du passé. Tel est le cas des individus qui sont abouliques parce qu'ils sont incapables de se décider dans un sens plutôt que dans l'autre ;.
2° Le doute peut porter, au contraire, sur des faits passés. C'est le cas le plus fréquent, où le sujet se demande s'il a réellement fait une chose ou non, comme, par exemple, lorsque ayant écrit une lettre il se demande s'il y a mis ce qu'il voulait et la rouvre à plusieurs reprises, avant de l'envoyer, pour s'en assurer. Dans ces cas, la mémoire est certainement atteinte. Si le souvenir de l'acte accompli était absolument net dans l'esprit, il n'y aurait pas de doute sur sa réalité passée. C'est tantôt la mémoire visuelle, tantôt la mémoire auditive ou la mémoire motrice qui est intéressée, tantôt toutes à la fois. En même temps que ces différentes mémoires sont trop faibles pour entraîner la localisation précise du souvenir dans le temps — et qu'il y a paramnésie de localisation, par conséquent — il y a en même temps paramnésie de certitude, car ainsi que je le disais plus haut à propos de la paramnésie dans l'alcoolisme, ces deux formes de paramnésies, bien que
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coïncidant ordinairement ensemble, ne sont pas la conséquence l'une de l'autre. Ici l'indépendance est manifeste, car on peut voir des douteux qui sont capables de Idéaliser complètement leur souvenir, et qui cependant ne sont pas certains de l'acte auquel il se rapporte : qui n'ont, en un mot, que de la paramnésie de certitude;
3° Enfin il peut arriver qu'on doute, non pas d'avoir fait une chose, niais d'avoir été capable de la l'aire. On s'imagine alors l'avoir faite et on n'est pas capable de se prouver parle souvenir de sa conduite, de ses actes, de ses sentiments, qu'on ne l'a pas faite. Tel est le cas d'une de mes malades qui, dès qu'elle entendait raconter un crime ou tout autre fait moins grave, s'imaginait immédiatement qu'elle en était l'auteur. Bien que son intelligence fût parfaitement nette, et qu'elle se remémorât tout ce qu'elle avait fait au moment même où cet événement s'accomplissait, pour se fournir à elle-même un alibi, elle n'y parvenait pas, d'où un état d'angoisse extrême. Or, dans ce cas encore, la mémoire était en défaut. Si le souvenir de ses actes passés avait été assez net, assez précis, il aurait entraîné la certitude chez cette dame. Au contraire, le doute continuel qu'elle éprouvait montre bien qu'elle n'était pas sûre de sa mémoire. C'est encore à une paramnésie de certitude qu'on a affaire dans ces cas-là.
La folie du doute portant sur le passé me paraît donc avoir pour origine les troubles de mémoire.
La constatation de l'état de la mémoire dans les vésanies est très difficile à faire le plus souvent. Dans les états d'excitation maniaque, il y a exaltation de la mémoire comme de toutes les autres facultés. Mais dans les cas de manie franche avec grande excitation