ACTE CINQUIEME. S
D1D0N, parlant comme en songe.
Plu ton... semble mètre propice...
En en cruel instant... Narbal... ma sœur... C'en es' t'ait... achevons le pieux sacrifice... Je sens rentrer le calme... dans mon cœur.
(Deux vôtres portant le premier autel s'avacçeDt de gauche à droit ', deux autres portant le second s'avancent de droite à gauche et font en se croisant ainsi le tour du bûcher. — Didon, le pied gauche nu, les cheveux épars, après avoir déposé sur l'un des autels sa couronne de feuillage, le suit d'un pas saccadé. Pendant ce mouvement processionnel, Anna est à genoux à droite de la scène et Narbal à gauche. En ire eux le grand-prèlre de Plutou, debout, étend, en la tenant des deux mains, la fourche plutonique vers le bûcher. Didon enfin, saisie d'une énergie convulsive, monte rapidement * les degrés du bûcher. Parvenue au sommet, elle saisit la toge d'Enée, détache le voile brodé d'or qui couvre sa tête et les jetant l'une et l'autre sur le bûcher, elle dit :(
D'un malheureux amour, funesies gages, Dans la flamme emportez avec vous mes chagrins!... (Elle considère un instant les armes d'Énce... se prosterne sur le lit qu'elle embrasse avec des sanglots convulsifs... et prenant l'épée :) Mon souvenir vivra parmi les âges*.
Mon peuple accomplira d'héroïques destins.
Un jour sur la terre africaine, Il naîtra de ma cendre un glorieux vengeur... J'entends déjà tonner son nom vainqueur... Anniball Anniball... d'orgueil mon âme est pleine I
Plus de souvenirs amers !
C'est ainsi qu'il convient de descendre aux enfers!
(Elle lire l'épée du fourreau, se frappe et tombe sur le lit.) TOUS.
Au secours!... au secours!... la reine s'est frappée !
CHOEUR, derrière la scène et accourant.
Quels cris! ah! dans son sang trempée, La reine meurt!... esl-il vrai?... jour d'horreur !...
(Les femmes de la reine, les officiers du palais accourent. Anna s'élance sur le bûcher, presse convulsivement sa sœur dans ses bras, étauebe U sang de sa blessure.) DIDON, se relevant appuyée sur son coude et regardant le ciel.
Ah!
ANNA
Ma sœur!...
DIDON, retombant.
Ah!...
* Consceitdit furibunda tuijos (Virgiie).
** Les anciens trovaieul que les mourants, quelque* instants avant ieui nj'iii, acquéraient la connaissance de i'aveuir.
ANNA
C'est moi, c'est ta sœur qui t'appellet...
DIDON, se relevant à demi.
Des destins ©Qnemis... implacable fureur 1... Carthage... périra!... Rome... Rome.,, immortelle!
(Elle meurt. — Anna tombe évanouie à côté d'elle. Au moment où Didon s*écrie : Rome t apparaît dans une gloire lointaine, au-dessus du bûcher, le Capitole romain au fronton duquel brille ce mot : Roina. — Devant le Capitule défilent des légions et nn empereur entouré d'une cour de poètes et d'artistes. Pendant cette apothéose, invisible aux Carthaginois' on entend an loin la marche troyenne transmise aui Romains par le tradition et devenue leur chant de triomphe. En même temps, à l'avant* tcène, le peuple de Carthage lance son imprécation, premier cri da guerre punique, contrastant, par sa fureur, avec la solennité de la marche triomphale.)
CHOEUR, pondant l'apothéose.
Au pied de ce bûcher qu'arrose un sang royal, Lions-nous tous par un serment fatal :
Haine éternelle à la race d'Énée I Qu'une guerre acharnée Précipite à jamais nos fils contre ses fils t Que par nos vaisseaux assaillis Leurs vaisseaux dans la mer profonde Périssent abimés! que sur la terre et l'onde Nos derniers descendants, contre eux toujours armés, De leur massacre, un jour, épouvantent le monde!