ACTE IV. SCÈNE IV. l3i
ROBIN COSTEAU
Et je dis du bien de lui, complaisamment, Et, complaisamment, tu m'ccoutes.
LA MIGNOTE, de plus en plus confuse.
Mais...
Oh! n'en rougis pas. Tu le savais aimant; Tu ie sais aujourd'hui risquant tout pour te plaire.
Car c'est pour toi qu'avec colère Il s'est contre sa vie obscure révolté; C'est pour te conquérir qu'il a voulu la gloire, Et, méprisant sa paix calme, mais noire, Surgir dans les périls, mais aussi la clarté; C'est pour toi, pour l'offrir, digne de ta beauté, Un front où la légende a mis un diadème.
C'est pour être aimé de toi comme il t'aime. C'est pour cela, le vaillant louveteau, Qu'avec les cinq sergents il a fait la quintainc. Éclipsé par son coup d'essai Robin Costeau, Et, pauvre passeur de bateau, Est passé, du coup, capitaine!
(^u'il ait, du même coup, pris ton cœur brusquement
l4o LES TRUANDS.
Au vol de son avenliire hautaine, Oh! non, non, n'en sois pas confuse! C'est charmant. Et ne crois pas non plus que j'y trouve un tourment Et t'en juge l'àme incertaine.
La mienne est pure en ce moment Comme une eau vierge de fontaine Qui dans un roc vient de s'ouvrir.
Tu peux aimer mon fils sans que je m'en irrite. C'est en ne l'aimant pas autant qu'il le mérite Que désormais tu me ferais souffrir.
LA mioOte.
Ah! je ne veux pas que tu souffres!
Et quand même, je ne peux pas, je ne peux pas. Tu me disais hier qu'on allait vers des gouffres. Aujourd'hui seulement j'y sens rouler mes pas.
ROBIX COSTEAU.
Non, la Mignote, pas de terreurs ni de hontes!
C'est vers des sommets que tu montes.
Et j'y monte avec toi. Haut les cœurs! Haut les fronts!
Va jusqu'au bout. Ne sois point lâche.
Dans un instant peut-être, et pour plus rude tâche, Vers des pics plus ardus encor nous monterons.