PREMIÈRE PARTIE
Notre statistique, qui ne comprend guère que des cas observés à la clinique ou dans la pratique de M. le D' Ollier pendant une période de quinze ans environ, s’appuie sur l’examen de cent trente quatre pièces.
Elles se répartissent ainsi :
16 fois, les lésions ont été primitivement synoviales ;
104 fois, elles ont eu un point de départ osseux;
14 fois, nous n’avons pas pu leur assigner une origine certaine.
LÉSIONS D'ORIGINE SYNOVIALE
Voici le bref résurné de ces 16 observations purement anatomo-pathologiques.
i Je dois ici remercier M. le chef des travaux de la clinique, le Dr Mondan, de sou extrême obligeance qui, seule, a pu me permettre de mener à bonne fin tout ce travail, et principalement ce chapitre.
LESIONS D'ORIGINE SYNOVIALE
1. Marie Mom..., onze ans (lésions dont le début remonte à sept ans). Ablation de l’astragale. Astragale mou; cartilage de la poulie décortiqué. Fongosités abondantes dans les articulations tibio-tarsienne et péronéo-tibiale inférieure. Ostéite raréfiante secondaire des surfaces de la mortaise.
2. Ferdinand Borm..., vingt-cinq ans (lésions datant d’un an).- Ablation de l’astragale. Fongosités tibio tarsiennes abondantes et sous-astragaliennes. Astragale sain. Lésions secondaires de la face supérieure du calcanéum.
3. Alfred Mè..., seize ans (lésions datant de six mois). Ablation de l’astragale. Astragale très mou, enveloppé de fongosités très abondantes dans la tibio-tarsienne et la sous-astragalienne. Erosions secondaires de la mortaise.
4. Bor..., trente- trois ans (lésions datant de neuf ans). Ablation de l’astragale. Fongosités tibio -tarsiennes abondantes; astragale friable, entamé dans ses couches sous-chondriques.
5. Marie Fav..., vingt- quatre ans (lésions de deux ans). Ablation de l’astragale. Astragale friable et gros, enveloppé de fongosités dans ses trois articulations.
6. Ser..., vingt-trois ans (lésions de deux ans). Ablation de l’astragale. Fongosités tibio-tarsiennes abondantes. Foyers souschondriques dans l’astragale.
7. Jules Debr..., seize ans (lésions d’un an). Ablation de l’astragale. Astragale friable enveloppé de fongosités dans ses trois articulations. Envahissement très prononcé des gaines tendineuses.
8. Serr..., dix-huit ans (lésions de huit mois). Ablation de l’astragale et du calcanéum. Les deux os mous et raréfiés sont envahis à la périphérie par les fongosités très abondantes des articulations tibio-tarsiennes et sous astragaliennes.
9. Louis Bru..., treize ans (lésions de trois ans). Amputation. Fongosités dans toutes les articulations du tarse. Os mous et raréfiés.
10. Laurent, vingt- sept ans (lésions de deux ans). Amputation. L’astragale est enveloppé de fongosités qui le pénètrent à sa périphérie, ainsi que les surfaces de la mortaise.
11. Jean Ochs..., soixante-trois ans (lésions de dix mois). Abla-
tion de l’astragale. Astragale friable enveloppé de fongosités dans toutes ses articulations.
12. Louis Per..., dix-neuf ans (lésions de dix-huit mois). Ablation de l’astragale. Astragale gros et mou attaqué par les fongosités qui l’entourent, et qui entament également la mortaise et les couches supérieures du calcanéum.
13. Marius Br... (lésions de cinq ans). Ablation de l’astragale. Fongosités péri astragaliennes, tibio-tarsiennes surtout.
14. Marie Coi..., seize ans (lésions de sept mois). Ablation de l’astragale. Quelques fongosités dans la tibio-tarsienne. Astragale gras.
15. Léon Guic.,., vingt-sept ans (lésions de quatre ans). Ablation de l’astragale. Quelques fongosités tibio-tarsiennes. Lésions légères et secondaires de l’astragale.
16. Pierre Boy..., seize ans (lésions de 14 mois). Amputation. Fongosités très abondantes dans la tibio-tarsienne. Envahissement secondaire sous chondrique de l’astragale et de la mortaise.
De toute évidence, dans les cas que nous venons d’énumérer, et où le point de départ était manifestement dans les synoviales, les surfaces osseuses sont loin d’être intactes. Mais leurs lésions offrent un aspect le plus souvent très différent des atteintes primitives des os.
On sera frappé de la fréquence considérable du siège péri-astragalien des fongosités qui enveloppent l’os dans toutes ses dimensions.
Le plus souvent, l’articulation tibio-tarsienne et l’astragalo-calcanéenne postérieure sont envahies l’une et l’autre; quelquefois la tibio-tarsienne est prise isolément; assez rarement on note l’invasion de la péronéo -tibiale inférieure, ou de l’inter-astragalo-calcanéo-scaphoïdienne.
Dans les cas graves, les trois articulations de l’astragale sont simultanément infectées. Le périoste même de
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l’os est atteint. Exceptionnellement, toutes les synoviales du tarse sont malades.
Nous n’avons pas à décrire ici les diverses formes des .fongosités tuberculeuses: fongosités rouges, fongosités pâles, fongosités semées de granulations tuberculeuses ou de foyers caséeux, etc. Elles sont connues. Nous indiquerons rapidement l’aspect des lésions osseuses secondaires.
L’astragale dans toutes ses surfaces, le plan supérieur du calcanéum, les couches juxta-articulaires de la mortaise sont leurs points d’élection. Leur aspect d’ailleurs assez uniforme varie seulement suivant le degré de leur développement.
Au début, les cartilages partiellement respectés se dé collent plus ou moins par leurs bords; ils sont semés çà et là, de fines taches bleuâtres, indices de l’existence de petits foyers fongueux tapis entre l’os et le cartilage. Puis, les foyers s’étendent, s’agminent, et les cartilages arrivent de la sorte à se détacher en bloc. D’autres fois, ils sont fragmentés, émiettés, comme dévorés par les fongosités.
Les couches osseuses superficielles apparaissent alors revêtues d’une écorce veloutée de fongosités étalées. Il n’y a pas de séquestre. Les os toujours mous, gras, friables, peu vasculaires sont envahis à la périphérie par de l’ostéite raréfiante.
S’il s’agit de l’astragale, il est le plus souvent ramolli dans sa totalité. Les lésions correspondantes de la mortaise et du calcanéum sont moins étendues, et surtout moins profondes. Si l’on parcourt les observations précédentes qui, toutes, se rapportent aux synovites péri-astragaliennes, on sera frappé de ne trouver aucun rapport entre
l’âge des lésions et leur développement, pas plus qu’entre l’âge des maladies, et la localisation de la maladie. Quant à ce siège à peu près exclusivement périastragalien des synovites tuberculeuses primitives, on se l’expliquera tout, à l’heure, quand on verra combien il est difficile d’indiquer le point de départ de l’affection toutes les fois qu’il s’agit des petites jointures du tarse antérieur.
Quant à établir une comparaison absolue entre la fréquence des lésions primitivement synoviales et celle des lésions débutant dans les os, on n’y peut pas songer. Il faudrait pour en avoir le droit savoir exactement à quoi s’en tenir non pas seulement sur les lésions de l’extrême début, mais encore et surtout sur l’état réel de ces articulations tuberculeuses qui guérissent sans intervention radicale. C’est là un des points sur lesquels insiste notre maître ; lui-même, dans son Traité des rèsectiansy revient avec plus d’autorité que nous ne le saurions faire.
TUBERCULOSES D ORIGINE OSTÉALE
Dans cent quatre cas, nous avons pu trouver dans les os le point de départ de la maladie. — Les lésions varient naturellement d’aspect, de forme, d’étendue suivant le segment osseux incriminé. Il est donc nécessaire de distribuer les observations d’après le siège du mal, et d’étu dier séparément la tuberculose de chaque os en particulier.
TUBERCULOSES D’ORIGINE OSTÉALE
Sur ces 104 cas, on a pu rapporter le foyer initial:
14 fois à la mortaise et aux malléoles :
10 fois au tibia.
4 fois au péroné.
18 fois à l’astragale.
37 fois au calcanéum.
3 fois au cuboïde.
3 fois au scaphoïde.
3 fois à l’un des cunéiformes.
26 fois à l’un des métatarsiens.
1 fois à la première phalange du gros orteil.
Nous pensons qu’on peut regarder ces chiffres comme donnant à peu de chose près une idée assez exacte de la répartition des foyers.