CLASSIFICATION
Les tumeurs de la A^essie comprennent deux grands groupes, les tumeurs primità'es et les tumeurs secondaires. Je ne m'occuperai dans cette première partie que des tumeurs primitives, me réservant de parler des tumeurs nées des organes voisins ou éloignés et qui envahissent secondairement la vessie dans la deuxième partie de cet ouvrage.
Dans ce chapitre je vais essayer d'appliquer à la vessie une classification histologique qui réponde aussi bien que possible aux idées régnantes dans la science sur la spécificité cellulaire. Cette spécificité a été défendue avec talent par Bard et plus récemment par Hillemand, et je ne puis que renvoyer à leurs travaux pour la démonstration de la doctrine qui me sert de point de départ. Dans son livre d'Anatomie Pathologique, Bard prend pour base de sa classification générale des tumeurs l'origine des éléments néoplasiques et l'état de développement plus ou moins parfait auquel ces éléments parviennent dans chaque néoplasme.
Il me semble que l'on peut aller encore plus loin et que, pour certains organes, il nous est déjà permis de mettre en regard la structure du néoplasme avec la structure même de l'organe considérée dans sa période d'accroissement, ou lorsqu'il a déjà acquis son complet développement. Je vais faire une tentative de ce genre pour clnssifier les tumeurs de la vessie, croyant ainsi faciliter leur étude histologique. Je ne parle ici bien entendu que d'une classification
40 TL'MrUIIS PIUMITIVF.S.
Iiistogéiliquc utile pouf l\''tudi! inicroscopiijuo. car, au point de vue cliui(pie, nous étudierons les tuinciu's de la vessie en les classant d'après leurs caractères à \\ri\ un.
IVous avons vu que trois tissus bien différenciés prennent part à la constitution de la vessie adulte : ce sont l'épithélium, le tissu conjonctif et le tissu musculaire lisse. Ces tissus constituent des espèces cellulaires distinctes, mais, ainsi rpie l'a bien montré Hillemand dans une thèse très remarquable (I, la noiion d'espèce implique, pour une cellule comme pour un oro'anisme plus complexe, la l'acuité de se reproduire en donnant naissance à des éléments semblables à la cellule mère ou à une des cellules ancestrales (pii l'ont précédée dans son dévelo])pement.
La morphologie cellidaire des lumeurs de la vessie me iiarait confirmer cette loi de biologie générale.
Je ne puis accepter avec toutes les conséquences qu'elle comporle la loi de Millier modifiée par Bard : « le tissu qui forme une tumeur a son type identique dans un tissu spécifique embryonnaire ou dans un tissu spécifique de l'organisme à l'état de complet développemont ». Bard a bien mis eu lumière le rôle de la spécificité cellulaire dans les néoplasmes, mais je crois (ju'il pousse trop loin les conséquences de cette spécificité en voulant introduire le mot identique dans la formule de la loi de Millier. Il existe en effet toute une série de néoplasmes dont les cellules, loin d'être identiques à des éléments embryonnaires ou adultes de l'état normal, s'en éloignent par des caractères essentiels. Bien n'est plus démonstratif à cet égard que le tissu des épithéliomas carcinoïdcs, car on ne saurait trouver ni chez l'embryon, ni chez l'adulte de tissu identique à celui de ces tumeurs et cela tout aussi bien au point de vue de la morphologie que des propriétés biologiques de ce tissu. Point n'est besoin d'insister sur cette différence au point de vue morphologique. Au point de vue des propriétés biologiques, les différences ne sont pas moins i'raj)pantcs. Dans quel tissu normal voit-on un groupement, je pourrais dire une colonisation cellulaire semblable? Dans
(1) lIiLLEMAM). SprciliriU: icllidairc. Tli. I\nris, 1889.
CLASSIFICATION. TISSU ÉPITHÉLIAL 41
quel tissu trouve-t-on cette faculté de reproduction indéfinie et cette tendance auxtransformations régressives ? Il existe donc dans la série des tissus néoplasiques des types qui ne sont pas identiques à ceux de la série des tissus normaux. Par conséquent, dans l'état actuel de nos connaissances, la nécessité d'une classe de tumeurs épithéliales atypiques s'impose, tout aussi bien au point de vue de l'anatomie pathologique qu'au point de vue de la clinique. La constitution de ce groupe de tumeurs atypiques n'est point, comme on pourrait le croire, en contradiction avecla théorie delà spécificité cellulaire. Nous ne savons pas si les cellules des carcinomes peuvent revenir en se reproduisant àlaformeépithéliale dont elles dérivent. Sila possibilité d'une telle reversion atavique venait à être démontrée, ce serait un argument déplus en faveur de la spécificité cellulaire. Si au contraire les cellules épithéliales carcinomateuses ont perdu pour toujours la faculté de revenir dans leur descendance à leurs formes ancestrales, elles n'en seraient pas moins des cellules épithéliales ; elles constitueraient alors une variété détachée de la souche commune, une nouvelle espèce.
Avec Bard je pense qu'il importe de considérer dans une tumeur si elle répond au type embryonnaire ou au type adulte d'un tissu et pour ce faire je vais essayer de mettre en regard des types cellulaires néoplasiques, les types normaux de la vessie aux différents âges. J'examinerai successivement les trois tissus, épithélial, conjonctif et musculaire.
A. TISSU ÉPITHÉLIAL
En étudiant les proliférations do l'épithélium vésical on peut distinguer dans les tumeurs qui en dérivent trois types distincts dans la forme des cellules et dans leur arrangement réciproque.
1° Dans le premier type^ les cellules épithéliales forment un revêtement dans lequel tous les éléments sont de forme cylindrique, mais les plus superficiels, ceux qui limitent la surface libre, présentent un plateau cuticulaire terminal. Ce tyq)e épithélial peut
42 TrMr.uns primiïivks — ci.assificatihx
être rapproclir de. répithélium de l'intcstiu d'où naît rallaiitoïdu et derépithéliumdes villosités choriales; c'est pourquoi je le nommerai type allantoïdiiii. On le rencontre à l'état patlioloc-ique dans certains états verru(jucux de la vessie et dans quelques papillomcs.
2" Dans le deu.virnie type^ les cellules é])itliélialcs reproduisent la structure de l'épilhélium de la vessie adulte. C'est le type vésical adulte^ qui comprend trois variétés répondant toutes trois à des formes normales de l'épithélium vésical. Ces variétés sont :
a) Variété de revêtement commune, dans laquelle les cellules épithéliales sont cylindriques, allongées, étagées en plusieurs couches stratifiées et les cellules limitantes sont de forme aplatie. A cette variété correspond la très grande majorité des papillomes vésicaux.
L) Variété de revéteiiicnt ii protoplasma clair, dans laquelle la majorité des cellules sont plus ou moins polygonales et possèdent un gros noyau entouré de protoplasma clair. Ces tumeurs, qui sont surtout des papillomes, donnent exactement l'aspect de l'épithélium vésical décrit ])lus liant dans ci'rtains cas, surtout au niveau du trigone.
c) Variété glandulaire, qui comprend les adénomes reproduisant la structure des glandes de la vessie.
3° Dans le troisième type, les cellules épithéliales présentent les formes les plus variées et les groupes qu'elles constituent n'ont pas une texture harmonique comparable à celle de l'épithélium de la vessie pris à un stade quelconque de son développement : c'est le groupe à prolifération épithéliale atypique, qui comprend les cancers.
Comme on le voit par cet exposé, en proliférant, l'épithélium de la vessie peut reproduire sa forme adulte ou une de ses formes ataviques. Je ferai remarquer encore qu'un grand nombre des tumeurs que je fais rentrer dans le type de revêtement commun se rapprochent plutôt de l'épithélium de la vessie du fœtus ; je n'en ai pas fait un classement à part pour ne pas trop multiplier les divisions
TISSU COXJONCTIF. — TISSC MUSCULAIRE 43
et parce que les caractères différentiels ne sont pas assez tranchés entre l'épithélium de la vessie chez le fœtus et chez l'adulte. Poursuivons cette étude sur les néoplasies des autres tissus.
B. TISSl" COMONCTIF
Nous avons vu que ce tissu, d'abord muqueux dans ses phases embrvonnaires, devient bientôt fibrillaire et plus riche en cellules et se constitue enfin en tissu adulte.
Dans les néoplasies nous trouvons :
1° Type vésical embryonnaire : myxome ou fîbro-myxome, sarcome.
2° Type vésical adulte: fibrome papillaire.
3" Comme annexe aux tumeurs du tissu conjonctif je décrirai les angiomes.