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CHAPITRE V

L'accroissement naturel de la population américaine et sa natalité.

Nous voudrions pouvoir terminer ces études sur la population américaine par Texamen approfondi de ce facteur si important du développement et de la puissance d'un peuple qu'est sa natalité. Malheureusement, le rapport sur le XW Census constate lui-même que « les documents relatifs aux naissances, sont les plus incomplets et les moins satisfaisants de tous ceux dont traite le présent rapport ». Nombre d'États de l'Union n'ont pas, en effet, de lois ordonnant l'inscription des naissances sur les registres de l'état civil, ou plutôt n'ont même pas de registres de l'état civil et, même" où ces registres existent et où les naissances doivent être déclarées, il est douteux, s'il faut en croire toujours le rapport sur le Census, qu'elles le soient en fait avec une régularité suffisante pour qu'on en puisse tirer des indications sérieuses. Aussi est-on réduit à calculer la natalité par des voies indirectes, qui ne permettent d'atteindre que des résultats approximatifs. L'allure de ce phénomène dans le milieu qu'est l'Union américaine est pourtant si intéressante à connaître que nous devons l'étudier, malgré l'imperfection des moyens qui nous sont donnés.

Une idée qui vient naturellement à l'esprit, c'est

qu'on pourrait, sur les feuilles du recensement, demander à chaque citoyen si un ou plusieurs enfants lui étaient nés au cours des douze mois précédant ce recensement. C'est ce que l'on fait pour les décès ; mais en ce dernier cas on n'obtient pas toujours de réponses, et le rapport sur le Census estime qu'on en obtiendrait encore plus difficilement en ce qui concerne les naissances. Les auteurs de ce rapport connaissent mieux que nous leurs compatriotes et nous devons les en croire, bien que cela ne laisse pas de nous paraître un peu surprenant.

Quoi qu'il en soit, cette question des naissances n'a pas été posée au Census de 1900 ; les bulletins de recensement donnent le nombre d'enfants âgés de moins d'un an et vivant au jour où le recensement a été pris (1®' juin 1900) ; relevant, d'autre part, le nombre des décès et l'âge des décédés, ils permettent, ou devraient permettre, d'en déduire le nombre d'enfants nés durant l'année qui a précédé le recensement et morts durant cette même année. En ajoutant ces deux facteurs : enfants vivants de moins d'un an, et enfants nés et morts dans l'année on devrait avoir le nombre exact des naissances aux États-Unis dans le cours de ladite année ^ Malheureusement, dit le Census aucun des deux facteurs n'est connu avec exactitude : non seulement le second ne peut être déterminé qu'avec une approximation très grossière, vu les lacunes et les erreurs que présentent les bulletins du recensement; mais il y a lieu de croire que le premier, le plus important, nécessiterait aussi d'assez notables corrections.

Prenant, cependant, faute de mieux, ces deux élé-

1. Dans ce total se trouvent bien compris sous la première rubrique : enfants vivants âgés de moins d'un an, quelques enfants nés à, l'étranger, mais ils sont en très petit nombre.

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ments tels qu'ils sont, on voit qu'au 1*^' juin 1900 il existait aux États-Unis 1.912.863 enfants de moins d*un an, et que 136.269 enfants étaient nés et morts au courant de Tannée. Le nombre des naissances aurait donc été de 2.049.132, ce qui donne une natalité générale de 27,1 pour mille habitants, contre 26,9 p. 1000, chiffre déterminé par la môme méthode en 1890. Les résultats par Etats se correspondent assez bien d'un recensement à l'autre, avec des variations qui ne semblent pas anormales, en sorte qu'il y a lieu de penser que la proportion dans laquelle les chiffres sont erronés est sensiblement la môme aujourd'hui qu'il y a dix ans. Cette proportion des erreurs est-elle identique dans les divers États? C'est ce qu'il est plus difficile de dire, et le rapport sur le Census n'émet pas d'hypothèse à ce sujet. Il semble qu'il devrait plutôt y avoir plus d'erreurs par omission (et il ne peut guère se commettre que de celles-là) dans le Sud, où la majorité de la nombreuse population noire et une partie de la population blanche sont illettrées et assez primitives ; peut être s'en commet-il, de môme, en assez grand nombre, dans l'État de New- York et quelques États voisins où s'agglomèrent beaucoup d'immigrants, gens parfois peu éclairés aussi. Au contraire, dans le Centre, le Nord-Ouest et l'Ouest, où les populations sont plus instruites, les déclarations portées sur les bulletins doivent se rapprocher davantage de la vérité.

Il convient de noter, répétons-le, que, dans l'ensemble, le chiffre de 27,1 p. 1000, que nous donne cette méthode de calcul est certainement inférieur à la natalité réelle des États-Unis. Et, en effet, l'analyse de tous les renseignements relatifs à la mortalité conduit le rapporteur du Census à conclure que celle-ci a été, en moyenne, de 17,4 p. 1000 pendant les dix années

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iSOO-lîXK). Ce chiffre est sérieusement établi et ne semble pas comporter d'erreur importante. Mais il en résulte qu'avec une natalité de 27/1 p. i. 000 l'augmentation naturelle de la population ne serait que de 9,7 p. 1.000 par an soit à peu près exactement 10 p. 100 en dix ans. Les 63.000.000 d'habitants qui vivaient sur le territoire de rUnion en 1890 seraient donc devenus, par l'effet de leur croît naturel, 69.300.000 ; d'autre part, au 1*' juin 1900, il se trouvait 2.600.000 individus qui résidaient aux États-Unis depuis moins de dix ans ; en les ajoutant au total précédent on arrive à 71.900.000. Il faut y ajouter encore les enfants nés de ces 2.600.000 nouveaux arrivés; la natalité de ceux-ci est certainement très forte ; nous verrons tout à l'heure qu'elle doit être supérieure à 40 p. 1.000, peut-être voisine de 50, ce qui n'a rien de surprenant car il s'agit d'un groupe de personnes appartenant par leurs origines, aux nations les plus prolifiques de l'Europe, comprenant très peu de vieillards et peu d'enfants ; l'absence de ces deux éléments compcn.se, et peut-être au delà, la prépondérance des hommes parmi eux. Admettons donc, pour leur faire la part belle, que ces 2.600.000 nouveaux immigrés, qui ont résidé en moyenne cinq ans aux Etats- Unis, aient une natalité de 50 p. 1.000 ou 5 p. 100 par an, soit 25 p. 100 en cinq ans. Ils auraient donc produit 650.000 enfants; sur ce nombre quelques-uns sont morts; mais supposons môme qu'il n'y en ait pas, et ajoutons le chiffre brut de 650.000 aux 71.900.000 que nous avons trouvés plus haut; nous n'arriverions jamais ainsi qu'à 72.550.C00 habitants pour l'ensemble des États-Unis en 1900 au lieu de 76.086.000 S soit un déficit do plus de 3 millions et demi. 11 est donc manifeste

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